Archive for janvier, 2015

Penser, parler, et être libre. Deux poids, deux mesures ?

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Cela fait aujourd’hui une semaine, jour pour jour, que des déséquilibrés fous de dieu se sont introduits dans les locaux d’un organe de presse satirique en France pour y effectuer le massacre que l’on sait (et dont je parlais un peu ici la semaine dernière). Plusieurs évènements se sont enchaînés, allant d’évènements graves, et tristement prévisibles (des forces de police prises pour cible par les terroristes et autres sympathisants d’yceux, les terroristes en questions abattus après une prise d’otage), aux évènements qui auraient pu être futiles mais se sont révélés d’agréables surprises pour le cynique que je suis, parfois, dans ce genre de cadre médiatique (près de 4 millions de personnes en France dimanche, et des slogans réclamant plus de liberté et de tolérance plutôt que ceux auxquels ont aurait pu s’attendre, plus de sécuritaire ou de rejet du bouc émissaire facile à montrer du doigt). On a tout de même eu le droit à des choses inquiétantes. Un boom prévisible des requêtes internet cherchant à se FN-iser un peu, au cas où. Des politiques de tout bord cherchant à récupérer l’affaire pour se mettre en avant, chacun cherchant à être « encore plus Charlie » que le voisin, certain n’hésitant pas à parler de la nécessité d’un Patriot Act à la française (ou comment ne RIEN comprendre au message du peuple dimanche dernier). Jusqu’à l’indécence quand un ancien président au nom de son ego encore plus enflé que le mien n’a pas hésité à bousculer le protocole défini et à jouer des coudes entre d’autres chefs d’état pour arriver au premier rang pendant quelques instants et être sur l’une des photos amenées à faire le tour du monde. A vomir.

L’une des meilleures choses à retenir de ces évènements tragiques est qu’ils ont remis le dialogue autour de la liberté d’expression sur le devant de la scène. Fidèle lecteur, habituée lectrice, tu sais que c’est un peu l’une de mes marottes (si ce n’est *LE* concept idéaliste auquel je me sens le plus accroché dans ma vie) et j’ai pendant de nombreuses années été presqu’un extrémiste du « on DOIT pouvoir dire tout, et tout le temps, et à n’importe qui ». Voir ce débat mis en avant, et des personnalités ainsi que des anonymes à travers le monde scander les principes d’une liberté d’expression inviolable m’a forcément fait plaisir. Et puis le retour de bâton prévisible s’est abattu sur ma liesse lorsque pour des propos totalement déplacés (voire carrément abjects) un certain humoriste anti-sioniste habitué des tribunaux en France se retrouve actuellement en garde à vue. Depuis, nouvelle effervescence sur les réseaux sociaux, et ceux qui hier scandaient l’inviolabilité de la liberté d’expression s’empressent ce matin de féliciter le travail de la justice en France, contents de voir Dieudonné incarcéré pour ses propos. Tu le vois venir gros comme une maison, le déséquilibre dont je vais te parler, là, maintenant, tout de suite, curieux lecteur, intriguée lectrice ?

Mais avant de te mettre le nez dans le discours à deux vitesses des chevaliers blancs anonymes d’Internet et de cette espèce d’ostracisme public et de bien-pensance écoeurante qui fait vibrer le pouls des flux électroniques sociaux, en espérant que tu n’en fasses pas partie, il faut que je t’avoue une chose. Depuis mes derniers billets sur le sujet, j’ai moi même évolué vis à vis de ce que je pense. Si, si, je te promets, incrédule lecteur, bouche bée lectrice. J’ai beau être un égocentrique histrionique assumé, et avoir des idées bien arrêtées sur la vie, l’univers, et le reste (42), dont je peux débattre avec fougue et ferveur de la plume ou de la langue en face à face, je me considère néanmoins comme intellectuellement intègre et je me remets sans cesse en question à titre personnel et idéologique. La vie est un chemin où chaque pas est une nouvelle information, un nouveau savoir, une nouvelle donnée, et si à un moment donné je défendrai telle ou telle position bec et ongles, je la défends aussi vis à vis de moi même et mes idées ne sont pas gravées dans le marbre, dans un coin de mon cerveau. Depuis de nombreuses années, j’ai toujours été un extrémiste de la liberté d’expression, mais depuis quelques mois (un peu avant l’affaire Charlie, tout à commencé lors d’un repas avec deux amis autour d’une flamm’ et de quelques bières, même si les évènements récents m’ont aidé à ancrer mes nouvelles positions dans le réel et à tester leur cohérence) je conçois qu’il n’est pas forcément mauvais que la loi définisse un certain cadre à la liberté d’expression.

Ne t’emballe pas et ne monte pas sur tes grands chevaux, outré lecteur, choquée lectrice habituée de mon discours habituel. Ma position est toujours bien plus laxiste que la loi française actuelle, je te rassure. Mais. Oui, il y a maintenant un « mais« . Voici ma Nouvelle Version ™ de ce que la liberté d’expression devrait être dans une société utopique (et plus précisément dans MA société utopique). Déjà, et c’est SENCÉ être le cas en France, les limites de la liberté d’expression devraient toujours être répressives et non préventives. En gros, on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, sans être inquiété par la loi en amont mais devoir en assumer les éventuelles conséquences légales en aval. En pratique, actuellement en France, c’est dans les textes mais concrètement ce n’est pas toujours appliqué, et pour des raisons fumeuses certains fonctionnaires ont pu récemment faire interdire, par exemple, certaines représentations du dernier spectacle de Dieudonné avant qu’elles aient lieu, « par sécurité », « pour préserver l’ordre public », et j’en passe, dans une version hallucinante d’un Minority Report idéologique, on te tape dessus pour ce que tu allais probablement dire, et sur les probables réactions du public face aux probables réactions des anti… Bref, hallucinant au XXIème siècle selon moi, je sais que tout le monde ne partage pas cet avis, mais c’est mon opinion.

En revanche, si j’affirme toujours qu’on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, je reconnais que même vis à vis de la loi (et non plus seulement vis à vis d’un contexte social, qui était ma position précédente), la liberté d’expression n’est pas un blanc-seing lavant l’auteur d’un propos de ses conséquences légales. Et pour moi il y a deux cas où des conséquences d’un cadre légal doivent être considérées dans une société idéale. Le premier cas est la manipulation délibérée d’une information présentée comme factuelle. On tombe ici dans l’exemple classique du négationnisme qui est interdit en France par exemple, mais sans forcément se cantonner à la seconde guerre mondiale. Si un historien se met à publier un livre sur Charlemagne par exemple où il affirme que ce dernier organisait des partouses dans son palais et s’est suicidé pendant l’une d’elles en se plantant une dague dans la gorge, et qu’il le présente comme factuel, il devrait y avoir des conséquences légales pour conserver une trace de réalité historique. L’autre cas nécessitant des conséquences selon moi (et c’est sur ce point que la conversation mentionnée plus haut a commencé à faire fléchir mes positions autrefois inébranlables) est l’incitation à commettre un crime ou un délit. Quand une personne (que ce soit un politicien célèbre ou un blogger anonyme) incite quelqu’un à aller voler la voiture de Michel ou à aller égorger Samantha, la loi devrait prévoir des conséquences en cas de mise en application par autrui de cette injonction.

C’est sur ce point, par exemple, que je me démarque de l’actuelle législation française punissant l’incitation et l’apologie de divers crimes et délits (avec toute une ribambelles de circonstances aggravantes en fonction du lieu, de la portée du message, et de celui ou celle qui le profère) et qui me semble trop répressive. C’est « grâce » à la portée de cette loi que Dieudonné a passé la nuit en cellule, accusé d’avoir fait l’apologie de l’un des preneurs d’otages dans un statut Facebook (était-ce une apologie délibérée, était-ce de la provoc, le statut en question peut-il vraiment être considéré comme une apologie ou comme une tentative d’humour pas drôle et d’ailleurs retirée par le principal intéressé au bout de quelques minutes…? Ça sera à la justice de trancher, et ce n’est pas le propos ici), pour la plus grande joie des forces armées de la morale et du bon goût. Moi ça me donne plutôt envie de vomir. Si je concède que la loi doit punir une incitation à un crime ou un délit lorsque ce délit est en effet commis (la fin de cette affirmation est importante, pour moi quelqu’un qui dit « vous devriez tuer Samantha » n’a pas à être inquiété si personne n’a essayé de tuer la dite Samantha depuis que les propos ont été proférés), je trouve que punir au nom de la loi quelqu’un faisant juste l’apologie d’un crime (sans l’avoir incité) est complètement hallucinant. Si Bob assassine Nicolas, quelqu’un qui va dire « ouais, bravo Nicolas » ou « Bob c’est mon nouveau héros » ne devrait pas avoir à être inquiété par la JUSTICE et par la LOI. En revanche, qu’il soit en conséquence ridiculisé pour cette apologie sur internet, que ses amis se détournent de lui, ou que sa famille lui crache à la gueule pour ses propos de mauvais goût, c’est « normal ». Mais jusqu’à preuve du contraire toute personne a le DROIT d’être un connard, le DROIT d’avoir des idées de merde (sinon il n’y aurait pas tant de voix FN aux diverses élections), et puisqu’on a le droit de PENSER ces choses de merde, on devrait aussi avoir le droit de les DIRE sans être inquiété, voire ARGUMENTER pour une modification en conséquence de telle ou telle loi si on la trouve inique. Ne serait-ce que pour éviter les effets sous-marins, les groupuscules secrets se réunissant dans l’ombre pour dire du mal de X ou encenser Y, et tout simplement parce que ça permet aussi de faire un tri sélectif de ses contacts. J’ai beau être contre la peine de mort, j’ai déjà sans sourcillé appliqué la « peine de merde » à certains de mes contacts pour infraction répétée au bon sens et diffusion éhontée à répétition d’idées nauséabondes. Je suis trop gentil (ne ris pas) pour le faire systématiquement, mais quand c’est argumenté avec véhémence ou répété à longueur d’année, j’atteins de plus en plus rapidement mon point de saturation. Mais c’est une « peine » sociale. Quand je retire Jean-Michel de mes contacts Facebook et que je supprime son numéro de téléphone de mon GSM, il n’y a pas de conséquence légale. C’est juste que je trouve que c’est un gros con. Mais si j’affirme toujours que ce droit à l’apologie, morale ou amorale, devrait tomber sous le sens, je suis maintenant plus strict vis à vis de l’incitation au crime ou au délit, même dans le cadre de ma sacrosainte liberté d’expression : si Jean-Michel affirme « Va tuer Robert parce que c’est un homo » et qu’un déséquilibré l’écoute et s’exécute, ce déséquilibré devrait finir devant les tribunaux, mais Jean-Michel aussi.

Se pose ensuite la notion de proportion, et le type de peine encourue. Comme la légitime défense, je trouve qu’il faut raison garder, et que la peine doit être proportionnée aux actes. Même dans le cas d’une incitation flagrante au délit ou au crime (« Va tuer Robert! »), la personne principale à juger pour le crime lui-même est son auteur, et si je considère que l’incitateur devrait être puni par la loi, il faudrait que ce soit une peine d’intérêt général, ou juste une amende proportionnelle à la gravité du crime ou du délit, et du degré auquel cette incitation a été menée à bien. Foutre quelqu’un en taule pour quelque chose qu’il a pensé ou dit… quelle que soit le niveau d’horreur ou d’inconscience des propos, c’est juste complètement stupide à mes yeux (je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais c’est mon opinion personnelle, et sur ce point elle n’a pas bougé… Après tout tu viens ici pour connaître mon opinion, alors laisse moi aller jusqu’au bout, indigné lecteur, outrée lectrice). Dans un cas très particulier je peux reconnaitre un certain degré lorsque l’incitation devient un ordre, dans un système hiérarchique (ex : un général d’armée qui ordonne a ses hommes d’abattre Robert sans raison valable), et encore. Et encore. Nul n’est censé ignorer la loi, et un ordre contraire à la loi devrait être systématiquement ignoré par un subalterne, même à l’armée. Mais je n’ai jamais été très copain avec les militaires, et je pense qu’on ne se comprendra jamais sur ce point.

Tout ça pour dire. Pour dire que si j’ai trouvé le statut-éclair de Dieudonné complètement déplacé, pas drôle, et carrément de mauvais goût (et que le bisounours que je suis préfère croire qu’il s’en est rendu compte de lui même et que c’est pour ça qu’il l’a supprimé presque immédiatement), je trouve ça absolument effarant et lamentable qu’il ait été placé en garde à vue pour ça. On ne devrait jamais incarcérer quelqu’un pour une parole, aussi odieuse soit-elle. Mais je trouve encore plus lamentable que certains des « Charlie » d’hier, défenseurs de la liberté d’expression, crayon géant à la main, défilant dans les rues en chantant « liberté », se félicitent aujourd’hui de la peine encourue par l’humoriste, ou applaudissent virtuellement en apprenant que certains des jeunes et moins jeunes ayant ouvertement et cette fois sans doute possible applaudi les terroristes sur Twitter ou Facebook soient aujourd’hui recherchés et mis face à leurs propos devant la justice, sans voir combien leur propos est aujourd’hui à deux vitesses, ni voir la vitesse à laquelle ils ont changé leur fusil d’épaule lorsqu’ils ont dû faire face au côté obscur de la morale. Même si j’admet que – surtout pour les internautes mentionnés plus haut pour lequel aucun doute ni prétention comique n’est possible – au regard de la loi française, l’apologie de crimes étant punie, c’est tristement compréhensible de faire appliquer cette loi, même si je la trouve atterrante. Je trouve néanmoins terriblement cynique de voir cette loi appliquée dans le cadre du combat de la liberté d’expression, et de voir tant de gens réclamer de la prison plutôt qu’une amende. C’est « facile » de défendre la liberté d’expression de quelqu’un qu’on approuve ou qui est, tragiquement, devenue une victime d’un zélote avide de sang. Facile de s’indigner quand quelqu’un use de force pour faire taire quelqu’un d’autre, parfois de manière définitive. Mais c’est beaucoup plus difficile, et pourtant autrement plus important, de défendre aussi la liberté d’expression de ceux qui s’en servent pour dire des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, voire pour dire des choses odieuses, moralement indéfendables, voire criminelles (et d’utiliser plutôt son propre cerveau et son propre comportement pour donner une réponse intellectuellement juste à un ramassis d’excréments). Mais mon avis est clairement tranché (et si tu n’es pas d’accord, véhément lecteur, implacable lectrice, soit gentil de bien vouloir me jeter tes étrons fumants en pleine djeule si tu le souhaites, mais de ne pas me mettre en prison) : si vous vous prétendez un minimum intellectuellement cohérents, il ne peut pas, ou en tout cas il ne devrait pas, y avoir deux poids et deux mesures.

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(pour mémoire, voici un lien vers l’un de mes articles de 2009 sur le sujet, et un autre de 2010 avec une thématique similaire avec notamment un essai traduit de Neil Gaiman sur le droit de dire des choses horribles)

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La citation du jour: « Le blasphème est un droit extrêmement précieux »
La chanson du jour: Motorcycle Emptiness, Manic Street Preachers, « Living life like a comatose, ego loaded and swallow, swallow, swallow… Under neon loneliness, motorcycle emptiness, […] everlasting nothingness »

Même si vous avez parfaitement le droit de trouver que ma société idéale serait trop tolérante du droit de dire de la merde, la vie est belle !

Où est Charlie ?

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Sans déconner, tu le fais exprès, monde de merde ?

Je reste silencieux pendant presque deux ans, je reviens timidement, et en moins de deux semaines tu me balances le gros évènement de merde qui tape pile là où ça fait mal dans mes valeurs et dans ce qui compte pour moi ? J’aurais tendance à dire, « vaut mieux en rire », mais curieusement, là, j’ai le sourire qui a du mal a venir.

Je n’ai jamais été un grand « fan » de Charlie Hebdo. J’aimais beaucoup Cabu, et avec Wolinski c’était un peu du pile ou face. J’ai acheté Charlie seulement une fois dans ma vie, il y a quelques années, quand ils avaient sorti leur numéro spécial Mahomet « Charia Hebdo », pour soutenir la démarche de liberté d’expression dans l’indignation générale, à l’époque, certains media et politiques qui affirmaient qu’ils feraient mieux de s’abstenir, à l’époque (les mêmes, avides de temps-caméra, qui sont des « fans de la première heure » depuis ce matin), et les menaces d’attentat, déjà à l’époque. Parce qu’en général quand on fait du bruit, dans les media, et qu’on cherche à limiter la liberté d’expression (déjà TRÈS limitée, en France, malheureusement, contrairement à ce qu’on croit… Il y a toujours quelques dizaines de livres interdits à la vente, chaque année, et depuis quelques mois le droit de censurer des pans du web sous décision de l’Intérieur, sans avoir à le justifier, à le faire valider par un juge, ou ne serait-ce qu’à publier la liste pour savoir ce qu’on nous interdit de voir, au cas où ça ne serait pas légitime… que du bonheur !) j’ai tendance à soutenir la démarche inverse, à mon échelle (oui je sais, fervent lecteur, admirative lectrice, on ne dirait pas comme ça, mais mon échelle est tout de même réduite).

Sauf qu’aujourd’hui, les menaces ont été mises à exécution, et des détraqués au cerveau trop mal lavé d’intégrisme plutôt que de raison et d’humanisme ont fait une descente à Charlie pour y descendre, justement, une bonne partie de l’équipe, et agents des forces de l’ordre cherchant à les protéger ou arrêter les coupables. Cabu, Charb… Y’a pas de mots, bordel. Un acte totalement stupide, qui ne sert à rien qu’à donner plus de visibilité à un message que les fanatiques voulaient taire, qu’à attirer la haine par effet de bord sur une minorité déjà bien malmenée chez nous, qui ne sert à rien qu’à faire souffrir, et à vouloir faire peur. Manque de bol, ça ne fera probablement peur qu’à ceux qui avaient déjà peur, ceux qui ont tout aussi peu de culture ou de jugeote et qui ont l’amalgame facile.

Dans un monde libre et sain, on devrait devoir pouvoir tout dire, même ce qui dérange et ce qui blesse. SURTOUT ce qui dérange et ce qui blesse, parce que ça pousse à se remettre en question, toujours, tout le temps. Quand on est gêné, blessé, ou pas d’accord avec une idée, on se contente de l’ignorer (il y a déjà plein de gens qui non-achetaient Charlie, c’est facile, il suffisait de se non-abonner ou de non-aller au buraliste du coin pour le non-choisir sur l’étalage), voire au mieux, si l’on est convaincu de sa propre bonne foi, on y répond avec une idée contraire mieux argumentée, et on la défend, debout, avec la même conviction que ceux de Charlie gardaient en eux. Face à ce genre d’étron fumant de l’actualité, il ne devrait y avoir qu’une seule réponse, un mouvement qui fait bloc, des gens qui se rassemblent, bras dessus bras dessous, qu’ils soient blancs, blacks, ou bronzés, catholiques, musulmans ou pastafariens, croyant, athées ou agnostiques. A la mémoire de journalistes, de dessinateurs et de policiers abattus par des zélotes qui préfèrent la violence au dialogue.

J’aimerais croire à une belle réponse collective de la France, comme celle de la Norvège après la fusillade d’Utøya : « Nous ne devons pas abandonner nos valeurs face au terrorisme. La réponse à la violence est encore plus d’ouverture, plus de démocratie, mais pas de naïveté. ». J’aimerais y croire, naif lecteur, espérante lectrice. J’aimerais y croire, mais le cynique amer misanthrope qui se cache au fond de moi et à tendance à pointer encore plus fort le bout de son nez face à ce genre d’évènements est plutôt convaincu qu’après les manifestations timides de ce soir, la réponse française sera plutôt un renforcement de la « sécurité », quelques militaires qui paradent en famas pour faire plaisir à mémé, quelques caméras de surveillance en plus, une loi votée en urgence saccageant encore un peu plus de nos libertés individuelles au profit d’une illusion de sécurité ne trompant que les plus naïfs (ou les fanatiques politiques, dont certains ont au moins autant de mauvaise foi et d’aveuglement que les fanatiques religieux ou les Apple-addict), une recrudescence des anti-muslim et des anti-roms (ouais, je sais, rien à voir, mais vous allez voir qu’ils vont nous trouver un lien, dans le PMU du coin), des prêcheurs du « c’est toujours les islamistes les terroristes » (depuis 2009, sur 109 attentats en France, il y en a 5 par des islamistes. Moins de 5%, donc, mais ce sont ceux dont les media parlent le plus et le plus longtemps, ça fait vendre, plus qu’un attentat en Corse ou dans le midi…), et encore 10% de plus à la France Marron-Marine à la prochaine élection. J’aimerais me tromper. Mais j’en doute. Il suffit de voir, déjà maintenant, les commentaires des courageux anonymes d’internet dans les commentaires des articles traitant de l’affaire sur le Point, le Figaro, et autres remugles électroniques cachant la lie de la population française, la France de la mesquinerie, du rejet, et de l’intolérance, cette France qui grandit un peu plus chaque jour, chaque fois que les journaux remuent la merde, chaque fois qu’un Cabu se fait fusiller. Cabu, putain… l’un des premiers souvenirs illustrés de mon enfance est le nez immense et pointu avec lequel il avait immortalisé Dorothée.

Je termine cet article avec une citation de l’une des victimes, Charb, en 2012: « Je suis sous protection policière depuis un an, depuis l’affaire “Charia Hebdo”. C’est lourd au quotidien, surtout à Paris, d’être sans arrêt sous surveillance. Mais je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » La vie l’aura pris au mot. Fauché, avec ses collègues, par la vague nauséabonde de l’illettrisme et de l’intégrisme vicieux qui se repaît des esprits faibles pour en faire des moutons à tuer.

Fauchés, certes, mais comme ils l’avaient voulu : debout.

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La citation du jour: « J’peux quand même pas pleurer devant ma fille… »
La chanson du jour: Mourir pour des Idées, Georges Brassens, « Des idées réclamant le fameux sacrifice, les sectes de tout poil en offrent des séquelles et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand il les voit venir, avec leur gros drapeau, le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente »

Même si c’est le genre d’article qu’on aimerait ne jamais avoir à écrire, la vie est belle !

 

‘Pinouyirre, tout ça tout ça, le retour

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Poussiéreux lecteur, fossilisée lectrice, bonne année à toi!

Je sais que cela fait longtemps que je ne t’ai plus vraiment donné de nouvelles, mais on va faire comme si de rien, lève donc ton verre et trinquons. 2014 était bien partie pour être l’une des plus belles années de ma vie, le genre d’année magique à laquelle on repense lorsqu’on est vieux et fripé, tout ridé, à moitié paralysé dans un fauteuil, et quand les perspectives de sourires se cherchent en regardant derrière soi plutôt que devant. Que nenni ! Oui, il y a eu de très beaux et très intenses moments, notamment durant la première moitié de l’année, mais malheureusement contrebalancés par une descente aux enfers assez fulgurante durant les deux derniers trimestres. Au final, j’aurais tendance à dire que tout finit (toujours) par s’équilibrer, mais disons qu’en 2014, plutôt qu’un long fleuve tranquille, ma vie a plutôt ressemblé à ça:

 


J’ai touché le fond, en septembre dernier. Vraiment. J’ai même commencé à creuser. Et puis je me suis souvenu des paroles de Bill Hicks. « It’s just a ride« . Quand la descente va si vite et qu’on s’approche du sol avec le vent dans la figure, c’est difficile de ne pas hurler, surtout la première fois qu’on teste une telle descente. Et puis un jour, un déclic, on se rend compte qu’on est encore sur le manège, et que finalement, quelque part, tout a l’air déjà calculé, et on peut se dire que tout ira bien, et profiter du voyage. Ceux qui ont eu la chance de partager une ou plusieurs journées en ma compagnie dans un parc d’attraction (littéral, pas figuré) savent que j’ai un tic assez amusant sur les manèges à sensation : j’ai le fou rire. Certaines personnes ont peur, d’autres lèvent les mains, d’autres hurlent… moi je me bidonne nerveusement. Une journée réussie dans un parc pour moi, c’est quand j’ai mal aux abdos le soir. Du coup j’ai décidé d’utiliser ce tic aussi dans la vraie vie (dans le manège figuré, pour ceux qui suivent), et j’ai pu donner le coup de talon dont j’avais besoin pour rebondir.

Et j’ai rebondi. J’ai pu voir un certain nombre de choses qui avaient échappé à mon champ de vision dans ma vie, certaines choses que j’avais oublié et retrouvé avec plaisir, d’autres que je ne soupçonnais pas et que je m’évertue depuis à éradiquer, et enfin quelques bonheurs et quelques blessures cachés au fond, en général un peu emmêlés, et que j’ai décider d’assumer et d’accueillir les bras ouverts. Et tel le phénix, je me suis reconstruit brique par brique, comme je le fais toujours lorsque je trébuche et que je casse quelques bouts de moi. Au creux de la vague, je me suis fait bercer et porter par un torrent de soutien et d’amitié venu des quatre coins de France (et même ailleurs), avec une force que je ne soupçonnais pas, et sans ça je ne sais pas où je serais aujourd’hui. Tout comme je ne sais pas non plus où je serais sans ma meilleure amie et les soirées passées à se soutenir l’un l’autre quand nous n’avions que des larmes en guise de mots, même si à cause de ça je me retrouve maintenant à (re) (re) donner sa chance à Harry Potter auquel je suis pourtant allergique. Ça se paiera, jeune fille, ça se paiera !

L’une des choses que je suis le plus content d’avoir retrouvé en touchant le fond est l’une des raisons pour lesquelles je reviens ici. Pas l’écriture, non, je n’ai jamais cessé d’écrire. Mais l’amour littéro-narcissique de ce que j’écris. J’ai souvent dis (même ici) que j’étais au meilleur de mon écriture quand j’étais au plus mal dans ma vie, et force est de constater qu’il y a en effet un surplus d’émotions quand je vais mal qui arrive à couler de mes doigts sur la feuille ou l’écran, et qui me plait (j’ai toujours eu un faible pour les poètes maudits et les écrivains torturés). Mais maintenant que ça va mieux, (si si, inquiet lecteur, concernée lectrice, ça va mieux, promis !) je surfe encore sur cette vague où j’apprécie mes mots et j’ai bien l’intention de la mettre à profit. C’est ma seule et unique bonne résolution de 2015: produire, chaque semaine, 5 000 mots destinés à la publication. La majorité ira (normalement) dans les divers projets littéraires en cours (certains vieux projets en jachère dépoussiérés, d’autres plus nouveaux), mais je me laisse le blog comme porte de sortie pour avoir un autre moyen de m’exprimer sans forcément être à 100% dans ces projets là et néanmoins tenir ma résolution.

Alors voilà, heureux lecteur, fébrile lectrice, me revoilou. Je ne sais pas encore à quel rythme, ou sous quelle forme, mais en tout cas il est fort probable que je ne passe plus deux ans sans rien produire ici. Tu peux rebrancher ton flux RSS, ou me suivre sur Twitter ou Facebook. Après les heures les plus sombres de sa vie, et la renaissance tel l’oiseau mythique, le baron de Senquisse is back, baby!

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La citation du jour: « Mais comment je peux matcher avec des canons pareils ? »
La chanson du jour: Anything Could Happen, Ellie Goulding, « Letting darkness grow, as if we need its palette and we need its colour, but now I’ve seen it through and now I know the truth »

Même si y’a des hauts et des bas, la vie est belle !

 

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