Paul de Senquisse
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Posts by Paul de Senquisse
‘y pourront rien changer
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Hier soir, lorsque je me suis endormi, les premiers sondages post-dépouillage donnaient une victoire du « Remain » Britannique dans le referendum visant à les interroger sur leur maintien ou non dans l’Union Européenne. Ce matin, au réveil, les estimations s’avéraient erronnées, et ce que j’avais prédit il y a deux ans dans une fiction dystopienne et que la plupart des analystes politiques croyaient impensable s’est produit: le Royaume Uni a pris le chemin de l’éloignement de l’UE.
Royaume Uni, ou plutôt Royaume… Désuni. Moins de six heures après l’annonce des résultats, le premier ministre écossais (Nicola Sturgeon) annonçait la tenue probable d’un nouveau referendum sur l’indépendance écossaise, le pays ayant voté massivement (près de deux tiers) pour le maintien, et ne voulant pas être retiré de l’Union contre son gré. De la même manière, en Irlande du Nord, de plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer haut et fort que s’ils se retrouvent contraints à quitter une union, ils préfèreraient quitter l’union du royaume plutôt que l’union européenne…
Caressant ma misanthropie dans le sens du poil, le résultat de cette élection, et surtout son découpage (voir plus bas) reflète bien le climat délétère actuel de toute la classe politique, pas seulement à l’échelle de la France. Certes, l’Europe de Bruxelles est devenu une immense machine à gaz capitalovore, mais… La faute à qui? En France, et dans la plupart des pays de l’union, les élections européennes sont très globalement ignorées et snobées par la population, se retrouvant à des taux d’abstention record, et élisant par défaut des représentants issus des classes politiques les plus extrèmes que personne (sorti de leurs fans) ne voudrait voir approcher le pouvoir local ou national, mais qui sont envoyés sans remords aux postes d’eurodéputés. Les partis nationalistes sont une part non négligeable des décideurs de la construction européenne, et les gens s’étonnent que ça fonctionne de plus en plus mal?
Le pire provient de la récupération politique nationale de l’usine à gaz Bruxelloise. Certes, l’UE est massivement imparfaite. Mais en dépit de cette imperfection, elle est un bouclier solide au niveau international d’une vieille Europe complètement dépassée au niveau industriel, technologique, et humain. Je ris toujours jaune lorsque je vois passer ces memes lancés par le FN, ces images qui comparent les prix actuels en Euro et les prix en Franc il y a 20 ans, ignorant totalement le concept de l’inflation, et passant sous silence la comparaison avec l’inflation des pays hors-UE, avec lequel toute personne dotée d’un minimum de recul et de connaissance mathématique pourrait comprendre que sans l’Euro, les prix en francs en 2016 seraient encore beaucoup, beaucoup plus élevés à l’heure actuelle sans l’effet bloc de la monnaie unique. Mais ça, monsieur Dupont et madame Michu, ils ne sont pas capables de le comprendre « à froid », et ils ne prennent pas le temps d’y réfléchir. C’est tellement plus simple de taper sur le cheval boiteux et de cliquer « share » quand on vous chatouille l’indignation, même si elle est basée sur du vent et de la manipulation populiste plutôt que sur des faits. Entre ces manipulations grossières, et les politiciens de tous pays et de tous bords (gauche, droite, centre, indépendants) prompts à sortir le « c‘est pas moi, c’est l’Europe » comme bouc émissaire magique de leurs propres échecs et mesures lamentables, il est compréhensible qu’à force de manipuler le peuple dans ce sens, il finisse par le croire.
Car dans un monde où on préfère l’Euro de Foot aux précis de philosophie ou de science politique, où les média cherchent à faire du chiffre et privilégient l’émotion à l’intellect, la réaction à la réflexion, et où une large partie des quelques éclairés restant à même de voter ne se déplacent même plus pour le faire, on se retrouve avec des décisions aux conséquences graves prises et votées par les couches les plus manipulables de la société, les gens sans éducation digne de ce nom, ou les personnes (trop) âgées complètement larguées par une époque qui n’est plus la leur, dans laquelle ils ne se reconnaissent plus, et qui leur fait peur (on en revient au rôle des media…). L’image la plus édifiante de ce « Brexit » restera ce tableau effroyable de la répartition des Remain/Leave par tranche d’âge, où l’on comprend que l’avenir entier des jeunes générations britanniques a été sacrifié contre leur gré par ceux qui n’y comprennent plus rien, et qui ne seront probablement plus là pour en subir les conséquences:
S’il a un peu remonté depuis, ce matin le Dow Jones a ouvert avec une baisse record de 19.82%… Et ce n’est que le début. Lorsque les écossais et leurs réserves de pétrole quitteront le Royaume Uni pour rester européens (ce qui, soyons honnête, est plus que fort probable), la dégringolade économique prendra une nouvelle claque. Ce matin la Livre était à un taux historiquement bas, comparable à celui de la récession britannique de 1985. Avec le départ de l’Écosse, la catastrophe économique pourrait ramener ce qui reste du royaume à l’âge sombre des années pré-Thatcher (la Dame de Fer avait beau être bourrée de défauts et avoir certaines idées bien rances, on a trop vite fait d’oublier qu’à elle seule elle a sorti les britanniques d’une situation économique bien pire que celle connue actuellement par la Grèce et en a fait l’une des plus grandes puissances économiques mondiales).
Bref, la malédiction de 2016 continue d’infecter toutes les choses qui me sont chères. Actuellement dans un processus de revente de ma maison en vue de changer d’air, voire de pays, London était l’une des trois destinations possibles de mon exil. L’avantage, c’est que maintenant je n’ai plus qu’à choisir entre deux…
Une petite pensée émue pour tous mes ami(e)s de l’autre côté de la Manche qui ont probablement, aujourd’hui, une boule au ventre encore plus grosse que la mienne…
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La citation du jour: « J’aime pas les gamins »
La chanson du jour: Changing of the Guards, Bob Dylan, « But Eden is burning, either brace yourself for elimination or else your hearts must have the courage for the changing of the guards »
Même si je reste néanmoins amoureux de London, la vie est belle !
»a parlé de vous !
0L’année est terminée.
Non, ce n’est pas un autre poisson d’avril, et non, je n’ai pas bu. Je ne parle pas ici de l’année administrative, mais de l’année scolaire, pour ma pomme en tout cas. Si cela fait longtemps que j’ai arrêté d’être prof à plein temps (j’ai quitté ce monde en claquant la porte, et sans regrets, même si le remplissage des bulletins me manque autant que mes remarques cyniques sur lesdites bulletins manquent à mes anciens collègues), le rectorat me fait toujours régulièrement les yeux doux, et depuis quelques années je m’occupe des cours d’anglais d’une promo d’étudiants en bac+3. Si cette année a été une année toute particulière pour moi (pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas ici), avec une translation de la plupart de mes cours sur le créneau désertique du samedi matin pour ne pas entrer en conflit avec mes nouvelles obligations professionnelles, elle est maintenant terminée, le troupeau d’étudiants en question étant parti vers les vertes pâtures d’un long stage professionnel.
Je n’ai jamais été un prof très conventionnel. Mes relations avec mes élèves non plus. Du temps où j’étais prof à plein temps, mes « séjours linguistiques » organisés à London ressemblaient plus à des barathons, enchainant concerts dans des pubs et boites branchouilles un verre à la main plutôt que de sages visites de la relève de la garde à Buckingham. Si j’ai été prof, et si je continue à faire semblant de l’être quelques heures par an, c’est avant tout parce que je sais que je le fais bien, mais aussi pour le contact humain. J’aime partager mes connaissances d’une manière ludique ou au moins pas trop chiante, et j’aime tisser des liens avec des gens dignes d’intérêt. J’ai encore aujourd’hui des liens très forts avec certains anciens élèves. Une des filles de la toute première classe à qui j’ai enseigné (a l’époque où j’avais moins de 5 ans de différence d’age avec mes étudiants…) est aujourd’hui une grande amie, et même si la vilaine a déménagé très loin, dans cette ville splendide qu’est La Rochelle (je la comprend un peu, du coup, surtout que c’était pour emménager avec un mec génial, en plus), on reste en contact et on se voit dès que possible. C’est un exemple parmi d’autres où la relation traditionnelle prof/élève a été peu conventionnelle, post-partum. Parfois le contexte était très différent, et si tu me suis depuis longtemps, fidèle lecteur, assidue lectrice, tu te rappelles peut être de la petite graine ou du petit renard, il y a 6 ou 7 ans de cela.
Mais si j’ai maintenant un peu plus de 5 ans de différence avec mes élèves, une chose ne change pas. Je hais le formalisme artificiel. Je trouve que beaucoup trop de gens confondent formalisme et respect. Le respect, c’est important, et essentiel pour qu’une relation, qu’elle soit privée ou professionnelle, se passe bien. Le formalisme, ça peut être sympa, surtout en poésie, mais en pratique je m’en tamponne un peu, voire parfois ça m’agace. Je préfère qu’on me respecte sans être formel plutôt qu’on soit formel sans me respecter. C’est pour ça que cette année, comme chaque année, j’ai encouragé mes étudiants à m’appeler « Paul » plutôt que « monsieur » dès le premier cours, même si d’année en année ceux qui « osent » le faire sont de moins en moins nombreux (c’est débile: c’est mon nom).
Il y a pourtant quelque chose qui m’énerve encore plus que le « monsieur », mais contre lequel je ne peux pas trop râler pendant l’année: le vouvoiement. Je *DÉTESTE* le vouvoiement. Oui, je sais, ça peut te surprendre, fidèle lecteur, régulière lectrice. Tu me connais, tu sais que j’ai un ego de la taille d’un stade olympique, que du sang bleu coule dans mes veines, et que j’ai une si haute opinion de moi même que j’en ai le vertige parfois, mais pourtant… Je pense que ça vient encore de cette différence entre le formel et le respect. Tu sais combien j’abhorre l’hypocrisie, et je me souviens de tout le vitriol que mes copains et moi mettions dans nos cyniques « vous » balancés aux professeurs acariâtres et incompétents que nous avions face à nous au collège ou au lycée (on en a tous eu). Alors si ce vous n’est qu’un outil artificiel, à quoi sert-il? Dès la seconde, j’allais systématiquement voir tous mes professeurs en début d’année, et je leur demandait si je pouvais les tutoyer. Certains s’offusquaient, d’autres se marraient, mais en pratique j’avais toujours entre 30 et 50% de « oui ». J’ai tutoyé beaucoup de mes profs, souvent mes préférés d’ailleurs, mais ça ne voulait pas dire que je ne les respectait pas, bien au contraire. Et ceux que je respectait le plus ? Je les appelait par leur prénom. Avec ma mémoire de poisson rouge, beaucoup de profs incompétents ou fades ont glissé dans l’oubli de mes souvenirs. Mais je n’oublierai jamais Bruno, mon prof de math de terminale, par exemple.
Peut être ce rejet du « vous » est-il aussi dû au fait que je sois tombé amoureux de l’anglais quand j’avais 15 ans. En anglais, « tu » se dit « you » , et « vous » se dit… « you » . Et ça ne pose de problème à personne, d’autant que je vous garantis qu’on fait très vite la différence entre les deux. Comment? Avec le ton et le contexte. Parce que quand on nous parle, on se rend très vite compte si notre interlocuteur nous respecte ou non. Pas besoin de changer artificiellement l’article pour ça. Le « vous », comme le « monsieur », ça prend mon syndrome de Peter Pan à rebrousse-poil, et j’ai l’impression de prendre une ride à chaque fois que j’en entend un. Parfois, quand le courant passe, l’étudiant passe du « vous » au « tu » naturellement, sans avoir besoin de formaliser le changement, au moins lors des discussions privées, en interclasse ou sur les réseaux sociaux. Il y en a eu quelques uns, cette année. L’un d’eux est même passé au « tu » *pendant* les cours et je ne l’ai jamais repris. Mais s’il y a un truc qui m’agace et, pour être honnête, me blesse un peu, c’est quand après la fin des cours ou de l’année, ceux ou celles qui gardent contact n’arrivent pas à se débarrasser du « vous ». C’est juste complètement pénible, et ça me rend triste, surtout après que j’ai clairement signifié que je n’aimais pas ça. C’est comme les quelques rares personnes qui utilisaient encore mon patronyme de naissance après mon changement de nom légal, sachant que c’était quelque chose qui m’était pénible et douloureux. Comme ces gens qui continuent à utiliser l’article usant du genre de leur sexe de naissance face à un transgenre, sachant que ça les blesse. Je n’irai pas dire que l’emploi du vous en dehors du cadre professionnel me « blesse », mais c’est quelque chose qui m’est réellement pénible.
Je ne dis pas qu’il faut rejeter le « vous » en boucle. Dans le domaine professionnel, il peut aider à créer cette distance artificielle dont certains ont besoin pour être cadrés (pas que dans le domaine de l’éducation). Et en poésie, surtout en poésie amoureuse, le V velouté du « vous » permet de faire de jolies choses en français (pensez à la javanaise de Gainsbourg… « J’avoue j’en ai bavé, pas toi? » ça claquerait moins, quand même…). Mais sorti d’un tel cadre, j’ai beau aimer ma langue maternelle tout aussi fort que ma langue d’adoption, je trouve que sur ce point, les anglophones ont tout compris. Puisque nous sommes en France, gardez donc ce « tu » et ce « vous » qui font partie de notre patrimoine linguistique, mais faites l’effort de l’adapter avec pertinence à votre contexte, ne vouvoyez pas artificiellement quelqu’un que vous ne respectez pas, n’ayez pas peur de tutoyer quelqu’un même si vous le respectez, et surtout, si vous le respectez, écoutez un minimum cette personne et si le « tu » ou le « vous » la gênent vraiment, utilisez plutôt l’autre pronom…
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La citation du jour: « Je veux une partie des bénéfices »
La chanson du jour: La javanaise, Serge Gainsbourg, « J’avoue j’en ai bavé, pas vous, mon amour ? Avant d’avoir eu vent de vous, mon amour… »
Même si je me prend une ride à chaque « vous », la vie est belle !
Enfin de la vraie musique sur Tears of the Night
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Depuis la disparition de David Bowie en janvier, l’un de mes plus grands repères musicaux est désormais figé dans le temps, et sorti des inévitables inédits, collectors, et albums post-mortem de tout artiste ayant vendu plusieurs millions d’album, il n’y aura plus de « nouveau » Bowie à l’avenir. Entre ça et la carrière de U2 qui s’est virtuellement arrêtée (en tout cas qui aurait mieux fait) à « How to dismantle an atomic bomb », Amanda Palmer occupée par son bébé, The Cure qui ne produit plus grand chose et vit de ses tournées, je me suis dit qu’il était temps de me trouver de nouvelles icônes musicales pour rythmer mon quotidien.
Vous avez été nombreux à me contacter pour me remercier de la playlist alternative que j’avais compilée dans mon article hommage à David Bowie pour proposer une autre approche que les tubes incontournables passant en boucle à la radio depuis sa mort. Puisque vous avez semblé apprécier ma sensibilité musicale, j’ai donc décidé de partager avec vous ma playlist actuelle. Ce sont tous de grands artistes (ou jeunes artistes en devenir) qui ont un potentiel fort et pourraient bien s’avérer être les nouveaux Bowie du vingt-et-unième siècle. Talent, originalité, voix puissante ou mélodieuse, les titres que je vous propose aujourd’hui ont a mes yeux dépassé le stade de « musique ». Ils méritent l’étiquette « Art », avec une majuscule s’il vous plait. Mais trêve de blabla, place au son !!!
1 – Lady Gaga – David Bowie Tribute
Je ne pouvais pas ne pas commencer par le magnifique hommage à Bowie offert par Lady Gaga durant les 58ème Grammy. Vous vous souvenez sans doute combien j’ai été touché et ému par sa performance si vous me suivez sur les réseaux sociaux et que vous avez lu mes commentaires en direct, tout comme le fils de David Bowie lui même qui a laissé éclater sa joie sur Twitter.
2 – Johnny Halliday
Mon père a récemment acheté un CD de ce jeune artiste français. Je ne peux pas vraiment vous conseiller de chanson, c’est vraiment musicalement neuf et avant-garde, je n’ai pas retenu les titres, mais en l’entendant chez mon père mon oreille a reconnu les graines d’un talent potentiel. Surveillez le, peut être que d’ici quelques années ça donnera quelque chose de bien.
3 – One Direction – What Makes You Beautiful
Ah, One Direction. C’est si bien chanté, si bien dansé, si bien joué… Oui, je sais, vous connaissez sans doute déjà l’incontournable « What Makes You Beautiful » que j’ai inclus dans cette playlist, mais comment passer à côté de ce chef-d’oeuvre planétaire, avec des paroles venant du coeur (probablement écrites à tour de rôle par tous les membres du groupe, et pas du tout du tout calculées au millimètre près par un groupe de publicistes pro du marketing jouant sur des concepts simples et racoleurs).
4 – Kendji Girac – La Bohème
Kendji Girac est l’étoile montante de la chanson française. Avec « La Bohème », il nous offre une reprise d’un obscur artiste arménien peu connu (il a sans doute eu un succès d’estime de son temps) et prouve combien il est capable de sublimer une bouse musicale pour en faire un véritable tube.
5 – Christophe Maé
Tout. Tout Christophe Maé. Partout. Tout le temps. En boucle. Je suis love.
6 – Rebecca Black – Friday
Nous sommes malheureusement sans nouvelles de Rebecca Black après sa diffusion de « My Moment ». Peut être telle une étoile brillant trop fort, elle s’est brûlé ses propres ailes sur son feu intérieur. Mais même si Rebecca nous manque beaucoup, son « Friday » a changé le visage de la musique à tout jamais. Fun, fun, fun, fun. Looking forward to the weekend.
7 – Nickelback
Cette liste ne serait pas complète sans la présence d’un titre de Nickelback… mais lequel choisir? Après plusieurs heures de torture mentale, la réponse s’est imposé à moi comme une évidence: TOUTES. Nickelback plus qu’un groupe, c’est une expérience de vie. Il faut donc s’imprégner de leurs albums en intégralité, tous, en entier, à la suite, quitte à avoir les oreilles qui saignent un peu.
8 – Maitre Gims – Uzi
Tout le monde a remarqué Gims avec ses opus fantastiques comme « Bella » ou « J’me tire », mais c’est dans Uzi que le maitre révèle toute sa verve et la puissance de son message. Ici on ne parle pas d’amour mais de paix, avec des phrases qui font réfléchir comme « Chez moi y’a pas de courant, comment péter un fusible ? » ou cet appel à la fraternité, « Mais j’sais qu’en faisant du mal, j’ai fait du bien et ça peu d’gens l’savent ». Cette chanson a le potentiel d’être un Imagine à la française. Je kiffe ma race.
9 – Patrick Sébastien – Une petite pipe
Spécial dédicace à ma BFF Lola qui m’a fait (re)découvrir cet artiste merveilleux. Quand on a entendu « le petit bonhomme en mousse », on se dit qu’une certaine forme de sommet, de zénith, a été atteinte, et on a tendance à tourner son dos à l’artiste pour ne pas être déçu d’une chanson suivante qui serait de facto moins bonne (cf. Psy et ses difficultés à enchaîner après Gangnam Style). Cette chanson, contenant un message subtil et un humour léger (« Placée au bord des lèvres ou coincée dans les dents, Ca fait tomber la fièvre, mieux qu’un tranquillisant ») prouve que le « grand Pat’Seb’ » a encore de beaux jours devant lui.
10 – Justin Bieber – Bigger than life
Si vous me connaissez personnellement, vous vous attendiez forcément à ce final. J’ai commencé cet article en parlant de Bowie, et il devrait être clair pour n’importe quel mélomane que le seul artiste en activité aujourd’hui capable de rivaliser le Thin White Duke en originalité, en profondeur, et en polymorphie musicale, c’est Justin. Belieber dès la première heure, je suis résolument fan, et je songe d’ailleurs à me tatouer son visage sur la fesse gauche. Mais quelques mots du Biebs valent mieux que de longs discours, voici donc l’un des extraits les plus poignants de cette chanson merveilleuse, d’une profondeur stylistique et littéraire inégalée, tel un tremplin vers les étoiles: « Madly in love Madly in love babe Madly in love (Madly in love) (Madly in love) (Madly in love) Madly in love (Madly in love) (Madly in love) (Madly in love) »… Wow!
Vous me pardonnerez en revanche, aimables lecteurs, tolérantes lectrices, contrairement à celle de Bowie, de ne pas upload cette playlist sur mon compte Deezer, en public.
Même un premier avril, je tiens à ma réputation…
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La citation du jour: « Comme quoi finalement la déontologie ca fait chier »
La chanson du jour: How can I tell you, Cat Stevens, « It always ends up to one thing honey, and I can’t think of right words to say »
Même si bad timing et déontologie contribuent aux actes manqués, la vie est belle !
‘est pas forcément un bon film de comics
1Fidèle lecteur, régulière lectrice, tu sais sans doute que je suis un aficionado des comic books, et je suppose que tu t’attends à lire ici en détail mes retours précis et détaillés sur le bad buzz cinématographique de la semaine. Je vais devoir te décevoir, du moins pour les détails.
En effet, je n’ai pas été voir Batman v. Superman « Dawn of Justice » le jour de l’avant première. J’ai même décommandé la sortie ciné prévue ce week end. Dès mardi, les critiques assassines en ligne, le score lamentable sur rotten tomatoes et autres consorts, et la twittosphère écoeurée ont refroidi mes ardeurs et fait soulever mon éternel sourcil inquisiteur. Je suis donc parti à la chasse aux spoilers pour voir ce qui semblait gêner monsieur Internet encore plus qu’un Man of Steel (qui était déjà bourré de problèmes, en dépit d’un film plutôt efficace et visuellement joli) ou qu’un Iron Man 2. Oui, j’ai lu des spoilers avant d’aller voir le film, mais je te rappelle que ça ne me dérange pas des masses. En effet, il y a des choses que j’ai lues qui ont achevé de me convaincre que même si BvS:DoJ pouvait être un film au moins divertissant, ça ne serait quoi qu’il arrive pas un « bon film de comics » .
Quand les super-héros ont commencé à envahir Hollywood via les X-Men de Singer et le Spider-Man de Raimi après des années de films de Superman ou de Batman à la qualité discutable et disséminés au compte-gouttes autour des années 80, le fan de comics que je suis a voulu soutenir le mouvement et contribuer à leur succès pour qu’Hollywood en produise d’autres. Du coup, pendant longtemps, j’ai été systématiquement voir au cinéma TOUS les films de comics, même ceux annoncés comme particulièrement mauvais, parce que pendant longtemps ce n’était pas un format particulièrement viable pour les producteurs, et un risque financier que beaucoup ne voulaient pas prendre. J’ai donc été voir dans les salles obscures même des films universellement conspués comme X-Men 3 ou Rise of the Silver Surfer. Puis Iron Man est arrivé, la boite de Pandore était ouverte, et une licence de comics est plus ou moins devenu maintenant l’assurance d’un retour sur investissement même si le film est un four. Même « Fant4stic » qui est sans doute l’un des pires films de comics de tous les temps a généré 160 millions pour un budget de 120. Aujourd’hui, les super-héros à Hollywood n’ont plus besoin de moi, et j’ai donc commencé à être plus sélectif avec mes sorties ciné (surtout que pour être honnête, je préfère regarder un film chez moi, sur mon canap et sur mon grand écran, plutôt que dans une salle). J’ai zappé des films comme Wolverine Origins, ou plus récemment Ant-Man, soit parce que je savais à l’avance que ça allait être daubissime dans le cas du premier (après l’avoir vu: je confirme), soit parce que je savais que ça serait plutôt cool mais que je pouvais attendre la sortie du BluRay dans le cas du second (après l’avoir vu: je confirme). C’est aussi une manière pour ma part (même si ma place n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des millions que rapportent ces films) de soutenir les « bons » films de comics et de décourager les « mauvais ». Je zapperai très probablement BvS:DoJ pour les mêmes raisons.
Mais qu’est-ce qu’un « bon » film de comics selon moi? Car en effet, après visionnage d’un nouvel opus aux super-pouvoirs avec ou sans collants moulants, mon opinion (et celle de nombreux auteurs de critiques en lignes sur les sites spécialisés des comics) n’est pas forcément en ligne avec celle de mes amis, voire avec celle des critiques cinéma purs et durs. Un film comme « The Dark Knight Rises », par exemple (le troisième Batman de Nolan) a été globalement beaucoup moins bien reçu que les deux premiers, mais il a surtout été beaucoup plus polarisant, et il est intéressant de remarquer qu’à quelques exceptions près, ceux qui ont beaucoup aimé cette bouse infâme ne sont pas particulièrement des fans de comics, ou sont des lecteurs sporadiques, alors que les drogués des fascicules mensuels américains comme moi ont quasi-universellement rejeté cette daube cinématographique. La raison en est simple à mes yeux : un bon film de comics n’est pas forcément un bon film, et un bon film n’est pas forcément un bon film de comics (corollaire: parfois, un film a tout a fait le droit d’être un mauvais film ET un mauvais film de comics, et on en revient à Wolverine Origins…). On peut trouver que Dark Knight Rises est un bon film, ou apprécier la vision de Nolan sur l’ensemble de la trilogie, mais pour moi il est impossible de se prétendre être un « vrai » fan de Batman et d’aimer DKR.
Pour être un « bon film de comics », le film doit respecter la source un minimum. Et je dis bien « un minimum ». Je suis loin de me considérer comme un extrémiste. Je ne demande pas forcément que le film soit la copie conforme de la source jusqu’à reproduire à l’écran les cases du comic book comme Sin City ou Watchmen (même si Watchmen fait sans doute partie de mes films de comics favoris, et partage pourtant son réalisateur avec Dawn of Justice). Je connais des gens qui ont détesté les X-Men de Bryan Singer juste à cause des costumes (*facepalm*). Et je suis sans doute l’un des rares fans de Hellblazer a avoir plutôt apprécié le Constantine avec Keanu Reeves. Reconnais-le, gentil lecteur, aimable lectrice, j’ai donc de la marge avant d’être considéré fermé d’esprit. Alors qu’entend-je par « respecter la source un minimum » ? J’explique. L’une des raisons pour lesquelles je continue à lire des comics et apprécie toujours autant ce medium plus de trente ans après avoir commencé à en lire est qu’en grande partie, ce sont de bons exercices de styles autour de grands archétypes de personnalité ou de fonctionnement. Les amateurs de Jung, Campbell, Davies et assimilés peuvent s’en donner à coeur joie avec ces périodiques. Du coup, en général, pour les héros connus il est facile de résumer l’essence du personnage en deux lignes. Allez, quelques exemples pour la route? Superman? Superman est un extraterrestre orphelin élevé par une famille rurale américaine qui lui a inculqué ses valeurs, à qui le soleil donne le pouvoir de voler, d’être fort et invulnérable, et qui défend la vie, la justice et le bien sans jamais mentir ni tuer. Captain America? Captain America est un ancien avorton ayant appris la valeur et les conséquences de l’usage de la force en étant faible, devenu surhomme lors d’une expérience visant à créer un super-soldat pour combattre les nazis durant la seconde guerre mondiale, ranimé à l’époque moderne après une longue hibernation il défend ses valeurs de justice et du rêve américain dans un monde de plus en plus cynique sans jamais les compromettre. Iron Man? Iron Man est un génie mécanique et ingénieur obsédé par la technologie et le futur, qui après avoir subi de première main les dégâts causés par les armes de destruction massive qu’il a lui même conçu décide de mettre son intelligence au service du bien via une armure sans cesse améliorée et renouvelée dont il ne partagera les plans avec aucun gouvernement. Je m’arrête là pour les exemple, si vous en voulez d’autres, vous n’avez qu’à commenter un nom de héros et je vous donnerai mon résumé.
Pour être un « bon film de comics », un film doit avant tout respecter cette charte, cette ligne de conduite claire vis à vis du personnage. Tant que le personnage incarné ne dévie pas de cette ligne, tout le reste peut être ignoré sans soucis, même si c’est « important » dans les comics. Le Spider-Man de Raimi a décidé d’introduire directement Mary-Jane comme intérêt amoureux du héros. Et ça marche, même si Gwen Stacy est un élément extrêmement important de l’histoire du personnage dans les comics, parce que « il sort avec Gwen Stacy » ne fait pas partie de l’essence de Spider-Man en deux lignes. La meilleure preuve sont les abominables Amazing Spider-Man de Mark Webb qui, eux, ont utilisé Gwen Stacy, et sont de bien plus mauvais « films de comics » que les Spider-Man de Raimi sans Gwen. N’en déplaise aux extrémistes, les deux premiers X-Men de Singer sont selon moi de très bons « films de comics » en dépit de l’absence de costumes colorés, parce que globalement les personnages utilisés répondent tous à cette charte de conserver l’essence archétypale des héros. Constantine avec Keanu Reeves est selon moi acceptable même s’ils ont changé un blond britannique en brun américain avec une seule expression faciale, parce que outre l’apparence physique extérieure, l’essence du personnage (« un maître occulte torturé et arrogant avec un ego surdimensionné qui prend souvent les mauvaises décisions et qui cause quasi systématiquement par effet de bord la mort de ses associés ») est respectée. Et sans vouloir entrer dans les détails des spoilers de Batman v. Superman vu que le film est sorti depuis moins d’une semaine et que je vais partir du principe que beaucoup d’entre vous ne l’ont pas encore vu, cette charte n’est pas remplie, allant jusqu’à inverser des axiomes essentiels des personnages. Comme, finalement, Man of Steel. Celui là est sorti en 2013 et nous sommes en 2016, je me permet de spoil, donc si ça te gène, saute le paragraphe suivant (je spoil aussi un peu Dark Knight Rises, je préviens).
Je n’ai pas rejeté en bloc Man of Steel, contrairement à la majorité des fans de comics. J’ai d’ailleurs trouvé la première moitié absolument fabuleuse, et le film globalement visuellement très réussi. Mais si pour moi c’est un plutôt bon film quand on cherche avant tout un divertissement, c’est néanmoins pour moi un très mauvais « film de comics ». Je ne parle pas de la scène ridicule de la mort inutile de Jonathan Kent (ça, c’est tellement mal filmé, mal joué, et scénaristiquement stupide que ça compte tout autant dans la case « mauvais film » que dans la case « mauvais film de comics »). Je ne parle pas non plus du plus gros facepalm de toute l’histoire des retcons de comics (« It’s not an ‘S’… ») qu’on se tape maintenant à toutes les sauces, jusque dans la série télé Supergirl. Non, je parle de la fin du film. Depuis juin 1938 quand le personnage a été créé, Superman n’a jamais tué un humanoïde de manière délibérée dans la continuité « normale » du personnage (c’est arrivé dans certains Elseworlds, notamment le fameux futur d’anticipation d’Alan Moore, et encore, c’était plus une exécution d’une peine de mort décidée par un tribunal extra-terrestre. Mais là n’est pas le sujet). Quel que soit le contexte, quelle que soit la situation, même si elle semble désespérée, Superman ne tue pas. C’est un AXIOME du personnage. L’une des raisons pour laquelle j’ai toujours trouvé ce personnage pas vraiment réaliste, soit dit en passant, et un peu « cucul la praline » pour citer Quenta, mais ça fait partie des choses qui le définissent. Donc un Superman qui brise délibérément la nuque de Zod à la fin de Man of Steel, même pour sauver un civil, même quand il ne semble pas y avoir de plan B, c’est peut être une scène dramatique, ce n’est peut être pas ce qui fait un mauvais film en tant que film, mais c’est clairement ce qui fait de Man of Steel un très mauvais « film de Superman ». Le personnage d’Anne Hathaway dans Dark Knight Rises est un excellent personnage de film, qu’elle joue merveilleusement bien, et qui colle très bien à l’univers de Nolan. Mais le fait qu’elle fasse demi tour pour aider Batman en fait une très très mauvaise Catwoman, dont l’un des axiomes est « altruiste mais égocentrique, elle aidera volontiers son prochain sauf dans un contexte de risque démesuré pour sa personne ». Et il y a dans Batman v. Superman plusieurs exemples aussi anti-axiomatiques des personnages qui, aussi divertissant puisse t’il être, et aussi badass les scènes avec Wonder Woman puissent-elles visiblement être, en font de facto un très mauvais « film de comics ».
J’attends d’un film de comics qu’il me divertisse et me permette de voir à l’écran un grand spectacle autour d’un personnage que j’apprécie depuis sa source papier. Je ne veux pas d’une tentative artistique de se réapproprier un personnage ou d’en modifier le concept de base. Il y a les films « normaux » pour ça, et les univers alternatifs de certains comics one-shot ou en série limitée. Au cinéma, je préfère qu’un film de comics soit un film moyen mais bon « film de comics » plutôt qu’un excellent film qui soit un mauvais « film de comics ». Des exemples de bons « films de comics » ? The Dark Knight. Watchmen. V for Vendetta. X-Men. Iron Man. Thor. Avengers. Deadpool. Fantastic Four (oui oui). Kick Ass. Captain America 2. Green Lantern (sans déconner). Tous ne sont pas des « bons films » (vous avez tous remarqué Green Lantern dans la liste, et toute personne considérant Green Lantern comme un bon film devrait arrêter de boire), mais ce sont tous de « bons films de comics ». Mais s’il y a de bons « films » parmi Dark Knight Rises, Man of Steel, Thor 2, Fant4stic, The Amazing Spider-Man ou Avengers 2, ce sont tous globalement de mauvais « films de comics ». C’est indubitablement le cas de Batman v. Superman, même si c’est peut être un « bon film ». Je me ferai ma propre opinion à ce sujet, clairement. Mais j’attendrai probablement la sortie Netflix.
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La citation du jour: « J’ai dormi 4 heures par terre c’était moins fou »
La chanson du jour: Closer, Tegan and Sara, « All I want to get is a little bit closer, All I want to know is, can you come a little closer? »
Même si la patience n’est clairement pas l’un de mes points forts, la vie est belle !
»art du mot juste
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Gentil lecteur, adorable lectrice, si tu me suis depuis un certain nombre d’années, tu sais que je suis dans le camp des vils bougons qui aiment à répéter que « le piratage, c’est le Mal ™ … » Si je n’ai jamais vraiment fait d’article directement à ce sujet depuis les 12 ans que je blog, cette petite phrase est un leitmotiv que vous avez sans doute dû remarquer une paire de fois au fil du temps. En même temps, je ne suis pas forcément objectif. Depuis de nombreuses années maintenant, je vis quasi-exclusivement de ma plume, donc je ne vais pas cautionner un comportement destructeur vis-à-vis de mon propre gagne-pain. Néanmoins, en dépit de mon métier je reste un idéaliste, et j’ai toujours mis certains bémols à la petite phrase. Comme les gens qui n’ont vraiment pas de moyens ni d’accès simple à des médiathèques par exemple. Le piratage c’est le Mal ™ , certes, mais avoir un accès nul à la culture pour des raisons financières réelles (si c’est juste pour pouvoir s’acheter des Nike ou une appleWatch à la place, pas d’excuses), c’est encore plus le Mal ™ .
Parfois, c’est politique, aussi. Par exemple, je pirate quasi-systématiquement une version ePub de tous les livres que j’achète en version papier. Parce que pour des raisons mi-politique éditoriale des grands groupes, mi-lois à la con sur l’exception culturelle, des sites comme Amazon (ou autres) sont incapables de fournir des offres « livre papier + numérique » sur le même modèle que les coffrets DVD/BluRay + Version Numérique qui sont peu ou prou devenus la norme. Du coup, vu que je préfère l’objet livre pour ma bibliothèque, mais que je préfère objectivement lire sur iPad, je pirate. Mais uniquement des choses que j’ai déjà acheté sur un support réel, donc. J’ai mes limites morales à la filouterie.
Alors pourquoi cet article, et quel est le rapport avec les ninja ? Avec les ninja, aucun, mais ça sonnait bien dans le titre. Pour le reste, et bien depuis quelques semaines, j’ai revu passer de nombreux posts et articles anti-piratages dans mon feed Facebook (ce qui est Bien ™, et qui prouve que mes contacts sont des gens bien), mais qui avaient tous le tic de ressortir la vieille trope du « Le piratage, c’est du vol » . Et ça, c’est le Mal ™
Reste assis, incrédule lecteur, dubitative lectrice, j’explique. Oui, j’ai beau être résolument dans le camp des anti-piratage, il y a peu de choses qui m’énervent plus sur ce sujet que ce slogan à la con. Déjà parce que même si la tendance est à la baisse, on a souvent à se taper un petit clip long plein de musique angoissante et de clichés à deux balles affirmant que « le piratage c’est du vol » au lancement de beaucoup de DVDs et BluRay achetés légalement. Non seulement c’est globalement inutile, puisque logiquement, si la personne a acheté ledit BluRay ou DVD c’est qu’il n’a pas piraté le film, donc c’est pourrir l’expérience d’une personne avec un bon comportement, alors que les vils pirates peuvent commencer leur visionnage en un clic. Mais surtout, assidu lecteur, fidèle lectrice, tu sais combien je suis amoureux des mots et de leur sens. Si, si, tu sais, sinon c’est moi qui ne sais pas ce que tu fais là, en fait ? Et je n’aime pas lorsqu’on essaie de niveler la langue vers le bas, fût-ce pour une bonne cause.
Un vol, selon mon ami Robert, Dictionnaire Culturel pour les intimes, est « le fait de s’emparer du bien d’autrui, par la force ou à son insu ; action qui consiste à soustraire frauduleusement le bien d’autrui. » Et comme tu l’auras remarqué de toi-même, appuyé de ma mise en gras, on parle ici de « s’emparer » et de « soustraire« . Une notion absolument essentielle au contenu sémantique du mot « vol » est que lorsqu’on vole quelque chose à quelqu’un, ce quelqu’un se retrouve fort dépourvu, et sans ce fameux bien volé. Et c’est là que le bât blesse, car jusqu’à preuve du contraire, faire une copie illégale d’un fichier électronique n’a jamais détruit le fichier source. Personne n’est lésé de sa possession. Alors oui, c’est Mal ™ , oui, c’est retirer à l’artiste les quelques rares miettes qu’il récupère du prix de vente, c’est retirer la large part des taxes de l’état sur le prix de vente, c’est retirer la démesurément grosse part réservée au revendeur et à l’éditeur sur le prix de vente, c’est moralement sale (sauf si vous êtes sans le sou et avide de culture), mais CE N’EST PAS DU VOL, BORDEL.
Alors je vous entends dire que « c’est pareil », que « c’est pour choquer », et que « il faut bien faire un parallèle pour que les gens comprennent » . Et là, vous m’avez presque convaincu, dites donc. J’ai dit « presque » . Ah, si seulement il existait un mot, un seul en français, qui aurait le sens de « reproduire ou copier une oeuvre littéraire, artistique, industrielle au préjudice de l’auteur/de l’inventeur »… Si ce mot existait, nous ne serions pas « obligés » de violenter le mot « vol » pour faire entrer dans sa sémantique le piratage informatique.
…
OH WAIT.
…
Il existe, en fait, ce mot, et depuis l’an 1268 en français, même, selon mon ami Robert. La définition ci dessus est celle du mot « Contrefaçon » . Vous savez, quand on copie violemment quelque chose sans que l’auteur d’origine ne puisse tirer profit de son travail. Et ça correspond plutôt pas mal au piratage informatique, non ? (même si en pratique, de nos jours, ce n’est plus vraiment l’auteur qui profite de telles ventes, mais plutôt les revendeurs, l’état, et les gros mastodontes qui se battent pour les lois « d’exception culturelle » qui font plus de mal que de bien à la culture, et qui pourrissent l’expérience de leurs consommateurs avec des « LE PIRATAGE C’EST LE VOL » sur tous leurs produits non piratés).
Du coup je continuerai à lever le pouce virtuellement lorsque je vous verrai promouvoir les comportements culturo-responsables (ce qui me donne envie de faire un autre article sur la notion de copyright, le nouveau mécénat, le crowdfunding, et le pay-as-you-like qui sont à mes yeux le meilleur avenir de la culture, mais ça sera pour un autre article), mais par pitié, puisque vous refusez de violenter l’industrie culturelle, merci de refuser également de violenter la langue et la sémantique des mots. Oui, le piratage c’est le Mal ™ . Mais le piratage, ce n’est PAS du vol. C’est de la contrefaçon.
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La citation du jour: « Tu vois, tu dis, ‘une pizza, des pizzoth’ »
La chanson du jour: Moonlight Mile, The Rolling Stones, « When the wind blows and the rain feels cold with a head full of snow, with a head full of snow […] but I’m just about a moonlight mile on down the road. »
Même si je ne vais probablement pas être beau à voir jeudi prochain, la vie est belle !
Nombril #83 : Ria
0J’ai rencontré Ria il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine, du temps où nous étions joueurs de WoW. Elle est Britannique, donc elle a le mauvais goût d’aimer la Marmite, mais sorti de ça c’est vraiment quelqu’un d’adorable et qui a toujours eu une oreille attentive. Si elle vivait en France (où elle a appris le sens du mot « margelle »), elle est depuis retournée au pays des buveurs de thé. A good friend from the other side of the Channel 🙂
Le nom sur la boite aux lettres
2Bordel, que cet article était difficile à écrire.
Plus de deux mois à le pondre. Écrire, ré-écrire, tout effacer, recommencer, changer d’angle d’approche, changer le contenu, se demander si c’est trop, ou pas assez, ne plus avoir envie de l’écrire, puis avoir envie de déjà l’avoir posté… Bref. Au final, une part de moi a fini par convaincre le reste de l’esprit que si c’était si compliqué, c’est que c’était important de le finaliser. Dont acte.
Si vous me connaissez personnellement, où si vous avez su lire entre mes lignes depuis mon retour à une quelconque semblance de fréquence ici il y a quelques mois, l’histoire tirée d’un film de Hugh Grant que j’avais longuement mentionnée ici depuis de nombreuses années s’est du jour au lendemain transformée en mauvais épisode de Punk’d au plus bas de la forme d’Ashton Kutcher. Le lait tombe. Adieu veau, vache, cochon, couvée. Après un mariage dont je reste malgré tout putain de fier, une journée que j’ai mis des mois à mettre en scène et à orchestrer les animations, et dont beaucoup de gens me parlent encore aujourd’hui, la belle dame en blanc est partie sans laisser d’adresse moins de trois mois plus tard.
Vous devinerez aisément que ce n’était pas très facile à vivre pour moi. J’étais, de surcroit, en dépression nerveuse sous traitement (qui n’avait rien a voir avec tout ça, mais du coup, ça n’a pas aidé…), donc c’était encore moins simple pour moi de réussir à comprendre, les quelques rapides explications que j’ai pu arracher à l’époque étant relativement floues, et souvent contradictoires. J’étais au fond du gouffre, on m’a tendu une pelle pour que je creuse. Et j’ai creusé. Creusé-hé. Elle ne s’appelait pas Aline, mais j’ai tout fait pour qu’elle revienne. Me heurtant à un mur, après avoir bien creusé, j’ai remonté mes manches, je me suis accroché à ma pelle, et je me suis mis à grimper hors du gouffre, mi-Phoenix, mi-Chris Sharma…
C’était long, et pénible, et merveilleux aussi pourtant. Noyé sous des vagues de soutien et d’amour de mes proches, amis, famille, et même distantes connaissances. Je me suis reconstruit, petit à petit, comme toujours quand je tombe. J’ai essayé de tourner la page, même si j’avais toujours laissé nos deux noms, sur la boite aux lettres.
Cela a pris quelques mois, mais j’allais mieux. Beaucoup mieux. Retrouvé ma confiance et mon assurance. Vaincu ma dépression. Prêt à mordre à nouveau la vie à pleine dents.
Puis elle est revenue en pleurant.
Je ne sais pas s’il est possible de t’imaginer la situation, ancien lecteur, jeune lectrice, mais j’avais l’impression d’être dans la quatrième dimension (Oui, Jean, c’est le temps). C’est elle qui était partie sans chercher à sauver les meubles, c’était sa décision face à laquelle je n’avais pas eu mon mot à dire, c’était moi qui avait pris en pleine face ce violent départ sorti de nulle part… et pourtant ce soir de décembre, c’était moi qui était debout, la tête haute, et elle en larmes devant ma porte. Et devant la boite aux lettres qui portait toujours son nom.
Contre les avis alarmistes de ma meilleure amie, de mon conseiller cubain à l’autre bout de la France, de mon tendre ami parisien fraichement papa, et des quelques rares personnes au courant, nous nous sommes remis ensemble. Oui, tu te doutes bien de ce qui va arriver ensuite, malin lecteur, presciente lectrice, mais j’ai toujours eu du mal à dire « non », quand j’aime, et après tout nous n’avions pas encore divorcé, et quitte à ce que tu me trouves stupide ou cliché, pour moi ces mots échangés entre elle et moi faisaient sens, et rien que pour ça, amoureusement, humainement, et spirituellement, je me devais d’essayer. J’ai ouvert ma porte. Plus parce que j’en avais besoin, mais parce que j’en avais envie. Et j’étais content que son nom soit toujours sur la boite aux lettres.
Tenter de renouer des liens qui ont été tellement abîmés, il faudrait être aveugle pour croire que c’était une affaire gagnée d’avance. Mais nous avions visiblement tous deux envie d’y croire. Sous ma façade cynique et de plus en plus misanthrope, j’ai toujours été un incurable romantique. La seule chose que je lui ai demandé de me promettre, lucides que nous étions sur les risques d’une telle décision, est qu’en cas d’échec, nous en parlerions ensemble et prendrions une décision en adultes. Quant à elle, elle m’a demandé de taire notre tentative de recoller les morceaux, sur mon visage « extime » des réseaux sociaux et sur Tears bien sur, mais aussi face à nos amis, nos familles, nos proches. Vous savez combien l’hypocrisie m’horripile, et je me refuse à mentir, j’ai donc transigé en promettant de ne rien dire de moi même, mais de ne jamais mentir à une question directe. Fort heureusement, mes amis sachant combien cette situation m’avait affecté, et au vu de mon sourire retrouvé depuis quelques mois, se sont évertués à ne jamais ne serait-ce que mentionner son nom en ma présence (sauf un, l’officier de police judiciaire, déformation professionnelle sans doute…) et le « secret » était sauf, hormis les quelques personnes à qui elle avait choisi d’en parler, ma meilleure amie, et la boite aux lettres.
Ce qui devait arriver arriva. Les premières semaines étaient vraiment géniales et m’ont empli d’espoir quant à la réussite de notre nouveau projet de vie commun. Puis tout s’est dégradé. J’ai eu l’impression de la sentir de plus en plus distante, d’être le seul à m’évertuer pour que ça marche. Je n’étais pas particulièrement malheureux… mais je n’étais pas heureux. Je sentais comme une dissonance. Le jour où j’ai voulu lui en parler, elle ne m’a pas laissé commencer. Elle m’a annoncé qu’elle partait, à nouveau, et que je n’avais pas mon mot à dire. En dépit de sa promesse d’en parler en adulte, dans ce cas. J’aurais pu, j’aurais du le voir venir, mais le culot et la promesse rompue ont annihilé tout élan de tristesse en moi, remplacée par un rire cynique et une colère noire. Oui, de la colère. Un sentiment que je pensais avoir réussi à purger de moi il y a plus de dix ans, quelque chose que je n’avais plus ressenti depuis le lycée, mais dont visiblement quelques graines restaient planquées dans un coin de mon crâne, prêtes à germer. J’ai pourtant ravalé et mon rire, et ma colère, je n’ai pas dit grand chose, je n’avais plus rien à dire. Elle est repartie, emportant ses affaires et ses promesses, et me laissant seul avec son canapé offert, et la boîte aux lettres qui la narguait toujours avec son nom.
Les mois qui ont suivi ont été des montagnes russes émotionnelles. J’ai essayé de comprendre, j’ai arrêté d’essayer de comprendre. J’ai essayé de lui parler, j’ai essayé de l’ignorer. J’ai essayé de lui ouvrir ma porte, j’ai fermé ma porte à clef. J’aurais aimé qu’elle revienne, j’aurais aimé ne plus jamais la revoir. Je lui ai écrit ce que j’avais sur le coeur. Je ne sais toujours pas ce qu’elle a dans le sien. J’ai petit à petit arrêté d’attendre des réponses, ou d’espérer son retour. Mais il restait toujours son nom, sur la boite aux lettres.
En dépit de ce va-et-vient de sentiments, je n’avais pas perdu tout le travail que j’avais effectué sur moi quelques mois auparavant. J’étais blessé, et vexé, et en colère, et déçu, mais j’étais toujours DEBOUT, et la tête haute. Je me suis remis à sortir, j’ai étreint d’autres bras. J’ai revu la petite princesse, et cela a sans doute terminé d’achever mon deuil, même si là encore, cette histoire a fini par tourner au vinaigre. Puis la date administrative du divorce est tombée, et d’un mouvement du poignet, j’ai officialisé son désir de mettre un terme à notre histoire. Quelques secondes qui effacent plus de cinq ans d’illusions. Je suis rentré, accueilli par ma boite aux lettres, avec son nom dessus. Et j’ai éclaté de rire. Et j’ai pleuré. Et je me suis dit que j’allais devoir changer ça.
Alors je me suis dit que pour finir la catharsis, il fallait que ce changement de nom soit tout aussi officiel que ma signature sur les papiers du divorce. Et j’ai voulu l’officialiser ici, ma maison virtuelle, écho du changement de ma maison physique. Alors j’ai commencé à écrire cet article, fin décembre. J’en ai fait de nombreuses versions. Certaines avec beaucoup plus de détails. D’autres avec beaucoup moins. Pas particulièrement par pudeur, vous me connaissez, ma vie est un open-bar, mais plus pour elle. C’est mon ami Fred, que je ne remercierai jamais assez pour le surnom de SMEF qu’il lui a trouvé pour moi, qui a achevé de me convaincre il y a deux jours, en me disant qu’après tout je n’avais plus de comptes à lui rendre, qu’il était clair que j’avais besoin d’en parler, et que je devais aussi peut être un peu penser à moi, après avoir tant pensé à elle pendant toute cette pénible procédure. Alors j’ai grâce à lui écrit à nouveau cet article, dans une version épurée de tous détails intimes ou de références nominatives, et en ce mardi pluvieux, je suis enfin prêt à le publier, à tourner cette page finale, et à reprendre le cours normal de mes articles et de ma vie. Mais avant de cliquer sur « Publier », je me suis levé, je suis sorti, et j’ai fait quelque chose que j’aurais dû faire il y a plus d’un an:
Il n’y a plus son nom, sur la boite aux lettres.
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La citation du jour: « Oh je pense que je perd autant de poils/cheveux que ton chien »
La chanson du jour: Freebird, Lynyrd Skynyrd, « For I must be traveling on now ‘Cause there’s too many places I’ve got to see. »
Même si certaines cicatrices sont indélébiles, la vie est belle !
Goodbye, Thin White Duke
1Il y a des matins où l’on se demande pourquoi on s’est levé.
Il y a quelques jours, je m’excusais sur Facebook de mon absence d’articles ces dernières semaines, parce que l’article que j’étais en train de préparer était un article assez difficile et douloureux, émotionnellement parlant. Rattrapé par l’actualité, je ne pensais pas avoir autant raison, même quand cet article se retrouve remplacé par celui-ci, tout aussi difficile et douloureux. Ce n’est pas mon réveil qui m’a sorti du royaume de Morpheus ce matin, mais une avalanche de « ping » sur mon portable. SMS, messages directs. Le monde s’était réveillé un peu avant moi, et avait déjà appris la nouvelle. David Bowie est mort.
A l’instar de Lennon – qui a eu la « décence » de mourir juste après ma naissance, bien avant que je sois pour la première fois touché par ses mots et ses notes, et m’épargnant donc le terrible coup au ventre que j’ai reçu ce matin – David Bowie est une part incontournable de ma vie, inspiration et modèle artistique, musical, intellectuel, depuis plus de vingt ans. Bowie était un artiste complet et polymorphe, un diamant aux mille facettes, et quelques soient les bonheurs et les épreuves que j’aie eu à traverser, il y avait toujours l’une de ces facettes pour coller avec perfection à mon état d’esprit du moment, pour m’accompagner, en permanence, dans ma vie. Faire tourner les chansons des années Deram pendant mes instants babacool hippie. Ecouter Station to Station en boucle pendant mes années coke. Outside à fond dans les enceintes pour canaliser et extérioriser ma noirceur intérieure sans danger. Heathen dans les moments tristes pour faire renaître l’espoir. Le DVD de The Hunger pour un besoin de poésie sur l’amour et la mort. Il y avait de multiples Bowies, et il y avait toujours un Bowie adéquat.
Il serait difficile d’essayer d’exprimer de manière exhaustive tout ce que cet artiste représente pour moi. Mais visiblement, la plupart d’entre vous le savaient déjà : j’ai reçu ce matin presque autant de messages de soutien d’amis, de connaissances, et de ma famille, que lorsque j’ai annoncé publiquement mon divorce. Aujourd’hui est un jour difficile, mais l’empreinte qu’à laissé Bowie sur moi est de toute manière indélébile, et même la mort qui nous attend tous n’effacera pas cette marque, ni son oeuvre. Ni les moments magiques, serendipity, d’entendre une de ses chansons dans un haut parleur en marchant en ville juste après un coup dur. Ou le privilège d’avoir assisté à l’un de ses concerts privés, avec moins de 1500 personnes dans la salle, il y a une dizaine d’années. Le plaisir de découvrir un nouvel album de qualité, trois jours avant sa mort. Et pour ceux qui douteraient encore de son talent, relisez avec d’autres yeux la citation de la chanson du jour, dernier single de l’artiste, sorti quelques semaines avant sa mort, et vous verrez que même ce dernier voyage n’est pour Bowie qu’un autre prétexte pour créer une oeuvre d’art, même avec sa propre mort…
La meilleure manière pour moi de rendre ici un dernier hommage à Bowie est évidemment à travers son oeuvre. Je suppose que toutes les radios du monde, aujourd’hui, vont jouer Ashes to Ashes, ou Let’s Dance, ou Space Oddity, ou Life on Mars… Vous n’avez pas besoin de moi pour ça. Alors mon hommage sera plus obscur : je vous partage ici mon « Top 15 des chansons de David Bowie qui ne passent pas à la radio ni sur MTV« . Des singles oubliés, des perles cachées sur les albums, des faces B éclipsées par leur face A, des extraits d’albums qui n’étaient pas assez « grand public » pour être aussi visibles que Space Oddity ou Under Pressure, sa collaboration mémorable avec Queen. Il serait impossible pour moi de réellement les classer par préférence, l’ordre sera donc chronologique…
1 – Conversation Piece (1969)
Cette chanson, l’une des moins connues, est inversement l’une de mes favorites de Bowie. Peut être même ma favorite, mais certainement dans mon top 3. Enfouie sur la face B d’un single peu connu (Prettiest Star), ré-enregistrée en 2001 lors des sessions pour l’album (jamais sorti) Toy, cette histoire triste d’un auteur ayant du mal à réconcilier son intellect et la vacuité du monde a bien évidemment fait mouche dès la première écoute.
2 – Cygnet Committee (1969)
Une chanson (une saga ?) de près de 10 minutes, sur le premier album éponyme post-Deram de Bowie. Réflexion sur le zeitgest hippie, l’espoir qu’il portait, et ses dérives face à la nature humaine. L’ironie de Bowie quand il se moque de ces travers, singeant les contradictions du mouvement dans l’une des phrases les plus cyniques de son oeuvre, « I believe in the Power of Good! I Believe in the State of Love! I Will Fight For the Right to be Right! I Will Kill for the Good of the Fight for the Right to be Right… ». Bowie ne comprenait pas comment certaines personnes prônant l’amour pouvaient également parler de révolution et de violence sans sourciller. Moi non plus.
3 – The Width of a Circle (1970)
Si le petit bijou, mais flop commercial, qu’est l’album « The Man Who Sold The World » a reçu une meilleure visibilité grâce à Kurt Cobain et la reprise de Nirvana, cet album renferme une autre chanson de 8 minutes (Bowie était friand de chansons longues à texte, à l’époque) qui peut être vu comme un point de départ de ses réflexions spirituelles et mystiques à travers son art. Premiers balbutiements également des changements de styles et de rythmes en cours de chanson qui deviendraient récurrents dans son oeuvre.
4 – Oh! You Pretty Things (1971)
Encore un écho de l’intérêt grandissant de Bowie pour l’occultisme et la spiritualité, qui tournera à l’obsession dans le milieu des années 70. Cette chanson obscure du magistral Hunky Dory annonce à elle seule l’une des métamorphoses à venir de Bowie. C’est dans les notes acidulées de cette chanson que naissent les graines du personnages de Ziggy, et de la création du Glam Rock.
5 – Drive-In Saturday (1973)
Encore une chanson « annonce » de Bowie, perdue dans l’album Aladdin Sane, son clin d’oeil aux histoires de dystopies qui continuera dans son projet d’adapter Orwell en comédie musicale, et les sons de saxo à l’américaine qui préparent le terrain pour l’album Young Americans. Accessoirement, si vous avez du mal à comprendre la différence entre « beau » et « charismatique », je vous encourage à regarder la vidéo de cette chanson tirée de son passage dans l’émission de Russell Harty en janvier 1973. Magique…
6 – 1984 (1974)
Dans ses années cocaine, Bowie passait son temps à faire des tournées, à faire la fête, et surtout à écrire, partout, tout le temps, et à faire des milliers de projets. L’un d’entre eux était une adaptation du 1984 d’Orwell en comédie musicale, mais la veuve de l’auteur a finalement décidé de lui refuser les droits après négociation. La comédie musicale ne verra jamais le jour, mais beaucoup des chansons déjà écrites par Bowie seront le squelette de l’album Diamond Dogs, dont celle ci.
7 – Station to Station (1976)
Sans doute le plus gros challenger de Conversation Piece pour le titre de ma chanson favorite de Bowie. Dernier opus des années coke avant la désintox et l’Allemagne, cette chanson de plus de 10 minutes est la plus longue de la carrière de Bowie, et à mes yeux son « Bohemian Rhapsody » à lui. Références occultes, doubles-sens, changements de rythme, influence marquée par Kraftwerk, cette chanson est un bijou. Et encore un bel exemple de l’ironie de Bowie lorsqu’il chante « It’s not the side-effects of the cocaine, I’m thinking that it must be love », quand de son propre aveu l’album entier de Station to Station n’est rien d’autre qu’un effet-secondaire de la cocaine, écrit quasiment d’une traite sous l’influence de la neige nasale au zénith de son histoire d’amour avec elle, quand sa prise quotidienne était devenue excessive et pathologique.
8 – Sound and Vision (1977)
Cette chanson est sans doute la plus connue de ce top 15. La perle de l’album « Low », premier opus de la trilogie berlinienne de Bowie, est écrit par un Bowie malade, ruiné, presque anonyme, et en train – comme souvent – de se reconstruire pour mieux renaître. Par le son, et l’image.
9 – Beauty and the Beast (1977)
C’est par cette chanson improbable que commence l’album « Heroes ». Encore une chanson annonce, qui laisse entrevoir les recherches sur les assonances et la déstructuration musicale qui seront le centre de l’album Ashes to Ashes quelques années plus tard. C’est avec ce genre de chansons que David Bowie se met à nouveau à incarner le zeitgest de l’époque et offre à une nouvelle génération les codes artistiques de la New Wave.
10 – Teenage Wildlife (1980)
Je me suis forcé à ne pas mettre plus d’une chanson d’un album dans ce top 15 (sinon j’aurais eu du mal à ne pas faire un top 30 ou un top 50…), et j’ai longuement hésité entre Scary Monsters (and Super Creeps) et celle-ci pour l’album au clown triste qui a été ma première obsession de l’artiste. J’ai finalement opté pour Teenage Wildlife pour le message de liberté sauvage qu’il incarne, quand Scary Monsters n’est en un sens que la réponse au Beauty and the Beast de Heroes.
11 – The Buddha of Suburbia (1993)
Après une longue traversée du désert musicale, séduit par les tentations de la musique grand public dans son album Let’s Dance, et ayant enchainé des flops commerciaux durant la seconde moitié des années 80 et l’aventure Tin Machine, beaucoup de gens avaient tournée le dos à Bowie. Alors comme souvent, il s’est réinventé, et à bientôt 50 ans il donna à nouveau une leçon à tous ses confrères musicaux en prouvant qu’il était toujours un artiste non seulement pertinent, mais d’avant-garde, et en avance de plusieurs années sur le reste du monde. Si beaucoup ont en tête l’album Outside pour illustrer ce retour en force (sans doute, objectivement, le meilleur album de sa carrière), ce retour était déjà annoncé un petit peu avant Outside dans cet album mineur de 1993, écrit pour servir de bande originale à une série oubliée de la BBC, où l’on trouve ce titre avec Lenny Kravitz à la guitare qui sonne le renouveau de l’artiste.
12 – The Voyeur of Utter Destruction (as Beauty) (1995)
Outside. Difficile de choisir un seul titre. Ce sera celui là, dans le personnage du Minotaure/The Artist, un serial killer essayant d’expliquer au monde ses actes et sa vision du beau. Esthétique dérangeante. Sublimation et malaise. Bowie.
13 – The Pretty Things Are Going to Hell (1999)
« Hours… » n’est pas le meilleur album de Bowie mais on y trouve quelques bijoux, comme cette chanson electro/rock où l’on retrouve encore le tiraillement de Bowie avec le bien et le mal, le refus de vieillir, et l’importance du beau.
14 – Sunday (2002)
Cette chanson est arrivée post-9/11, et d’une certaine manière les paroles s’en font l’écho, même si elle a été écrite avant le drame, et si le sens initial était celui (là encore, thème récurrent chez Bowie) de la perte de la jeunesse et des illusions. « For in truth, it’s the beginning of an end and nothing has changed… and everything has changed… »
15 – I’d Rather Be High (2013)
Pour finir, cette chanson du pénultième album de Bowie, qui prouve que même à plus de 65 ans, après une retraite forcée par une attaque cardiaque en pleine tournée en 2004, il était toujours capable d’écrire mieux que personne, et que l’âge n’avait rien usé de sa fibre libertaire anti-guerre.
Voilà pour le top 15 (vous pouvez retrouver cette playlist sur Deezer en cliquant ici). Impossible de résumer un tel artiste en quelques lignes, mais pour ceux qui ne connaissaient de lui que les tubes toujours d’actualité sur les ondes ou les chaînes musicales, j’espère que cette petite rétrospective vous encouragera à découvrir d’autres facettes de ce génie polymorphe et indémodable, qui aura laissé son empreinte de manière durable dans le paysage artistique des nombreuses décennies de sa longue carrière, et dont l’héritage sera transmis dans la culture et dans l’inspiration pour sans doute encore de nombreuses, nombreuses années. Comme le dit le poème, « il est dans l’eau qui coule, il est dans l’eau qui dort. Il est dans la salle, il est dans la foule… Il est pas mort. » Cette journée est une triste journée, mais aussi une journée hommage. C’est un jour pour porter une robe, ou un costume impeccable. Un jour pour se raser les sourcils. Un jour pour relire Orwell ou Crowley. Un jour pour se remplir les narines de poudre blanche. Un jour pour abandonner son vaisseau et partir nager dans les étoiles. Un jour pour envoyer de l’amour à ce qui est différent. Un jour pour offrir une fellation à une guitare. Un jour pour se maquiller en clown triste. Un jour pour refuser de vieillir, comme Peter Pan. Et surtout, un jour pour voir le rayon de soleil qui se cache toujours, toujours, quelque part, dans un monde tout gris. Parce que la vie est belle, même quand elle est moche.
Bonne année à tous. Bye bye David…
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La citation du jour: « C’est à toi que j’ai pensé ce matin »
La chanson du jour: Lazarus, Bowie, « This way or no way You know, I’ll be free Just like that bluebird Now ain’t that just like me »
Même si certaines pertes sont de véritables tragédies, la vie est belle !
Mon vol magique avec Luxair
0Gentil lecteur, fidèle lectrice, si tu as bien suivi mes pérégrinations sur ce blog depuis quelques mois, tu sais que je me suis rendu à Nouyorque récemment. C’était carrément magique. Ce qui était carrément moins magique, c’était le retour, en fait. Ça mérite une petite histoire, dis donc…
Le voyage du retour était prévu en deux parties. Un Nouyorke-Paris, enchainé avec un Paris-Luxembourg. Et arrivé à Paris, voilà que l’aventure commence. Alors que je n’avais qu’une seule envie, regagner mes pénates, il s’avère qu’un problème technique fait annuler mon vol. Pas de bol. Pas grave, me dis-je, Luxair va sans doute me ré-affréter sur le prochain vol.
C’était bien mal les connaitre. Après avoir attendu près de 90 minutes à l’aéroport, on finit par me dire que tous les vols de la journée étant complets, m’assurer un vol de remplacement était impossible. Super-Luxair arrive donc à la rescousse avec une magnifique solution de remplacement : un Paris-Luxembourg en bus. Oui oui, les gros bus, bien lents, bien moins confortables qu’un avion. Beaucoup d’autres passagers commencent à s’énerver, je garde mon usuel calme olympien, et j’essaie même de leur expliquer que de crier comme des putois sur le pauvre agent venu nous donner la nouvelle, c’était un peu tirer sur le messager, et ça ne changerait rien à la situation. Allez, zou, montons dans le bus, non ? Non.
Non, parce que tu comprends, cher lecteur, jolie lectrice, le bus il faut encore attendre une heure de plus avant qu’il arrive, tu comprends. Parce que remplacer un vol de moins d’une heure par 5 heures de bus n’allait pas encore mettre les gens assez en retard dans leurs obligations professionnelles.
Une heure passe. Le bus affrété pour remplacer le vol Luxair arrive. Donc on y monte, guillerets, avec nos bagages, tranquille, non ? Non.
Non parce que tu comprends, nos bagages, ils sont restés bloqués à la douane. Parce qu’il n’y a pas de douane à la porte d’embarquement où nous attendions le bus. Et que je suppose que DEUX HEURES ET DEMI D’ATTENTE c’était sans doute insuffisant pour faire l’aller-retour vers le poste de douane où nous attendaient nos bagages avant que le bus n’arrive, probablement. Non, mes bagages seront livrés le lendemain chez moi, m’assure t’on, par un livreur spécial pris en charge par Luxair. Je garde encore, tant bien que mal, le sourire.
Mes bagages arrivant « le lendemain sans faute » sont arrivés CINQ JOURS PLUS TARD. Heureusement rien de périssable ou d’indispensable dedans, j’ose à peine imaginer si mes clefs de voiture ou de maison avaient été à l’intérieur…
BREF. Tu vas me dire, prévenant lecteur, admirable lectrice, que c’est à ça que sert le service client, et que je recevrais probablement une compensation, non ? Non.
Déjà, il faut savoir que le service client Luxair, c’est le parcours du combattant. Pour une remarque enregistrée le 16 octobre, sorti d’un accusé de réception automatique, la réponse a été… rien. Inquiet, au bout de dix jours, je finis par appeler (à mes frais, évidemment) le numéro de téléphone du service client, où après une loooooooooooongue attente on me dit qu’on ne peut rien pour moi par téléphone (alors à quoi sert ce numéro, en vrai ?), mais qu’il est « normal » que ma demande n’ait pas été traitée, qu’ils ont « un peu » de retard sur les demandes. Je garde (avec de plus en plus de mal) mon sourire et ma bonne humeur au téléphone, et je raccroche. Le 9 Novembre (donc plus de 3 semaines après l’enregistrement de ma requête), je reçois enfin une réponse de Luxair pour me dire… exactement ce qu’on m’a dit au téléphone, qu’ils ont du retard de traitement, mais qu’ils vont me répondre « bientôt ». Je souris encore, mais jaune, un peu, quand même.
Nous sommes aujourd’hui le 17 décembre, soit deux mois et un jour (DEUX MOIS ET UN JOUR) après l’enregistrement de ma plainte. Et je reçois enfin une « vraie » réponse de Luxair. Une lettre avec des excuses très probablement pré-formatées, et m’expliquant que selon la loi, la panne étant technique, ils n’ont pas à me dédommager.
Bien. Certes. Alors je veux bien que la loi soit ainsi faite. Mais quand, suite à l’annulation d’un vol, une compagnie aérienne, Luxair, donc :
* Est incapable de fournir un vol de remplacement
* Remplace le vol par un voyage en bus de cinq heures avec deux heures et demi de délai
* Est incapable de restituer les bagages de leur passager moins de cinq jours après le vol annulé
* Met plus de deux mois à répondre à toute réclamation
Ce n’est pas la LOI qui aurait du les pousser à un quelconque dédommagement. C’est tout simplement la déontologie, et le bon sens commercial. Pour une société aussi prestigieuse que Luxair, je trouve ça absolument lamentable, et j’espère que ce post aura une visibilité énorme, afin qu’un maximum de gens se rendent compte du peu de considération de cette compagnie aérienne pour ses clients. Vous avez un vol à prendre ? Ne choisissez surtout, surtout pas Luxair… Parce que là, même avec la meilleure volonté du monde, avec un tel foutage de gueule ? Je ne souris plus du tout, du tout…
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La citation du jour: « Selon le Règlement Européen (CE) n°261/2004 »
La chanson du jour: Why don’t you find out for yourself, Morrissey, « I’ve been stabbed in the back so many many times I don’t have any skin but that’s just the way it goes »
Même si ce n’était même pas la pire nouvelle du jour, la vie est belle !
Mon vendredi avec Jessica (article sans SPOILER)
1*DISCLAIMER: cet article contiendra quelques infos sur la série Alias ayant inspiré la série Netflix Jessica Jones, mais aucun spoiler sur cette dernière*
Régulier lecteur, fidèle lectrice, à force de venir ici depuis de nombreuses années tu sais que ton baron favori est un grand fan de comic books. Rien d’étonnant, donc, au fait que j’attendais la sortie de la série Jessica Jones depuis plusieurs mois déjà (a fortiori suite à la sortie de l’excellent Daredevil qui s’était avéré bien, bien meilleur que ce que j’en attendais). Etant toujours aussi peu fan du piratage, j’ai donc réactivé mon compte Netflix hier matin. Oui, réactivé. J’avais pris un mois pour Daredevil, puis désactivé Netflix France, ce « Netflix du pauvre » en termes de contenu. Car autant je suis convaincu que ce genre de services numériques à la demande représente le seul avenir viable du divertissement télévisuel, autant l’offre Netflix France – en termes de films et de séries – est laaaaaaaaargement au dessous de l’offre Netflix US, et pour ça on peut dire un grand merci aux fantastiques lois sur l’ « exception culturelle française ». Mais c’est pour protéger la création artistique, tu comprends. Et mon cul, aussi visiblement. Bref. Je réactive Netflix, donc, et je m’apprête à passer un peu de temps avec Jessica. Et là? Wow.
Mais avant de parler de l’adaptation en série, il faut que je parle un peu du matériel source, pour remettre en contexte. Quand même un héros non-blockbuster mais tout de même bien connu comme Daredevil était inconnu du grand public à la sortie de l’adaptation Netflix (voire, pire encore, lié dans la tête des gens à Ben Affleck et Jennifer Gartner…), tu penses bien que pour une bombe sous-marine et underground comme Jessica Jones, il ne va pas y avoir beaucoup de monde capable de répondre aux questions sur ce thème dans un Trivial Poursuit. Jessica Jones est un personnage très particulier dans l’univers de Marvel. En 2001, Marvel Comics décide de s’assoir définitivement sur le moribond Comics Code Authority que les années 90 avaient mortellement blessé, et d’établir leur propre classification. S’ensuit la création de la gamme « MAX« , des comics Marvel mais déconseillés aux mineurs sans accord parental. La première série publiée avec cette étiquette est « Alias », écrite par un certain Brian Michael Bendis, un jeune auteur commençant à faire du bruit avec des séries comme Ultimate Spider-Man et Powers, au tout début de son ascension vers son statut actuel, où Bendis est l’un des écrivains les plus influents de l’univers Marvel et membre du cercle intérieur décidant de l’évolution dudit univers avec les éditeurs.
Dés le premier numéro, dès la première page, dès la première case, Alias annonce la couleur. Le tout premier mot de la série est un bon gros « FUCK! », en grand et en gras, signalant bien que MAX, ce sera pas les même comics que ceux de ton papy. On y retrouve Jessica Jones, aigrie, alcoolique, détective privé à la dérive, et dotée de super pouvoirs. Les thèmes abordés sont plus sombres, conspiration impliquant le président, racisme anti-mutant poussé à l’extrême, traffic de drogue… Alias est thématiquement proche de séries plus vieilles comme Cloak & Dagger, sans être encombrée par le CCA. Et Alias, c’est bien. C’est même très, très bien. C’est du Bendis au sommet de son art, avant que le succès ne finisse par le rendre fainéant et médiocre dans 80% de sa production. C’est sombre, c’est réaliste, c’est moche comme ce que la vie a de plus moche à t’offrir. Et petit à petit, Jessica Jones – personnage créé par Bendis pour cette série, même si elle a été rétroactivement introduite dans la continuité précédente de Marvel – se découvre comme un puzzle complexe, le lecteur cherchant à comprendre ce qui l’a mené là, parce que quand tu voles et que tu es dotée de super-force, en général dans l’univers Marvel tu as plus tendance à sauver le monde qu’à te planquer dans un bureau miteux avec un verre de bourbon. Le mystère est levé lors du story arc final de la série, deux ans après son lancement, « The Secret Origin of Jessica Jones », révélant comment une super héroïne optimiste et acidulée comme un bonbon du nom de Jewel est devenue le Picon amer qu’est Jessica Jones, Détective Privé. Cette sombre histoire de manipulation, de torture psychologique, d’abandon par ses « collègues », offre à Alias un final en apothéose écrit avec un tel talent que plus de dix ans plus tard, cette histoire n’a pas pris une ride.
Et justement, c’est bien évidemment ce dernier story arc qui a été choisi par Netflix par son adaptation. Et si visuellement parlant la série est plus « soft » que le comic book source (après tout on est sur Netflix, pas sur HBO…), la série va au contraire encore plus loin, psychologiquement parlant. Cette série est une descente aux enfers sur 13 épisodes, une exploration des recoins les plus sombres et les plus répugnants de la psychologie humaine, et c’est terrible, et terriblement bien réalisé. Chaque petite lueur d’espoir qui brille au fond du marasme du décor est violemment piétinée par le script. Sur 13 épisodes, on y aborde les thèmes du viol, du traumatisme, de l’avortement, des parents abusifs, de la boulimie, du stress post-traumatique, de l’alcoolisme, de l’esclavage, de la manipulation, du mensonge, de la torture, de l’adultère, du chantage, de la mort, du terrorisme, de la drogue, de la prise de drogue forcée, des troubles du comportement, et d’un nombre incalculable de situations mélant plusieurs de ces éléments ensemble, sinon c’est pas drôle.
Jessica Jones, c’est dur. C’est très, TRÈS dur à regarder. Le bisounours que je suis a dû faire des pauses tous les 3 ou 4 épisodes. Et c’est si dur justement parce que la série est un sans-fautes, extrêmement bien écrite, extrêmement bien jouée, extrêmement extrême. Je m’attendais à ce que David Tennant, dans le rôle du grand méchant de la série, vole la vedette comme Vincent d’Onofrio en Kingpin avait dominé le jeu de tous les autres acteurs dans le Daredevil de Netflix, mais ce n’est pas le cas. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il joue fantastiquement bien, et son Purple Man vous glacera le sang (même s’il est moins purple que dans les comics…), mais la transformation est moins marquante que celle d’Eddie Izzard en Wolfe dans Powers. Non, la révélation de cette série est à mes yeux Mike Colter en Luke Cage, absolument fantastique et impressionnant. Dans chacune des scènes où il est présent, vous ne verrez que lui. Il a réussi l’exploit de me faire attendre avec une réelle impatience la série Luke Cage, alors que c’est un personnage qui me laisse plutôt indifférent dans les comics. Les fans de comics plus attentifs aux easter eggs remarqueront aussi que la série laisse légèrement entrouverte la possibilité d’une série Hellcat et j’avoue que ça serait juste complètement cool. Carrie-Anne Moss est bluffante, Rachael Taylor est criante de vérité, et Krysten Ritter s’approprie avec brio le personnage de Jessica, mais Mike Colter est vraiment LA révélation de cette série.
Je ne veux pas trop en dire, car après tout la série n’est sortie qu’hier, et que j’ai promis dans le titre que cet article serait sans spoiler, mais en dépit des nécessaires pauses que j’ai du prendre pour digérer la violence psychologique de cette série, j’ai avalé les 13 épisodes d’une seule traite hier. Est-ce que je la conseille? Oui, clairement, oui, sans aucune hésitation, sauf peut être si vous faites partie des quelques rares personnes encore plus sensibles et bisounours que moi. Et encore. Oui, cette série est dure, et tape là où ça fait mal, et est remplie de « triggers » pour à peu près tout ce qui aurait pu vous traumatiser à un moment ou l’autre de votre passé, mais c’est traité tellement intelligemment, brillamment, et sur un ton adulte, que la série peut aussi servir de catharsis dans ce cas, mais toujours en restant terriblement réaliste dans son traitement. Jusqu’à la dernière minute du dernier épisode, quand on regarde Jessica Jones, il est clair que l’on n’est pas dans Supergirl ou My Little Pony. Et tout comme Alias en 2001, cette série explore les recoins les plus sombres de la psyche humaine jusqu’à l’excès sans jamais être exagéré, et contribue à créer un univers Marvel organique, où tous les gens doté de pouvoirs ne mettent pas forcément de costume, où les « gentils » ne gagnent pas forcément à tous les coups, et où les victimes, aussi héroïques soient elles, ont autre chose en tête après la bataille que d’aller partager un Shawarma entre potes… Jessica Jones c’est sombre, violent, amer, et ça pique. Et ça pique autant parce que clairement, en tout cas à mes yeux, la réalisation de cette série est un sans fautes.
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La citation du jour: « Mais que j’aimerais rêver de fromage ! »
La chanson du jour: Blackstar, David Bowie, « I see right, so wide, so open-hearted pain, I want eagles in my daydreams, diamonds in my eyes… I’m a blackstar »
Même si j’ai un pneu crevé après avoir roulé sur une vis en rentrant de chez la petite princesse, la vie est belle !



