‘ai tué un mouton…
2
Pour peu que vous soyez un utilisateur ne serait-ce qu’occasionnel d’Internet et des réseaux sociaux, vous avez forcément vu passer à un moment ou autre l’un des nombreux articles pro-vegan ou anti-viande qui circulent sur la toile. Vous avez apprécié la voix lancinante du Moz sur Meat is Murder. Vous avez peut être aussi un ami qui vous fait les gros yeux quand vous achetez un kebab, ou cette personne qui cherche à vous convaincre que bien cuisiné, le tofu, c’est carrément meilleur qu’un steak tartare.
J’ai toujours aimé la viande. Voire Aimé, avec la majuscule, pour ceux qui se rappellent de mes articles sur la définition de l’Amour, il y a longtemps dans une galaxie lointaine (et avec une CSS différente). Dans mes pérégrinations culinaires, j’ai mangé du bison, de l’autruche, du serpent, du zèbre, la maman de Bambi, et même une fois, dans un pays étranger, du chien (si, si). Mais depuis un certain nombre d’années (disons six ou sept ans, à la louche), étant du genre à me remettre sans cesse en question, et à écouter les arguments des gens qui les expliquent posément, même quand à priori je ne suis pas d’accord avec, j’ai un petit conflit mental intérieur qui a commencé à pointer le bout de son nez, et à grandir, grandir, grandir, jusqu’à devenir carrément prépondérant et pénible il y a un an ou deux.
Même si de nombreuses vidéos extrémistes pro-vegan sont bourrées d’arguments scientifiques fallacieux au moins aussi cohérents qu’un argumentaire politique dans un programme FN, je pense qu’il est difficile de regarder une vidéo sur les abattages à la chaine ou l’impact écologique des élevages de masse sans, a minima, se poser un minimum de questions. Du coup voilà votre baron préféré, depuis quelques années, tiraillé entre l’amour gustatif et le plaisir d’une pièce de viande bien préparée, et le désir intellectuel, moral, et spirituel de devenir végétarien. Pour ceux qui ont déjà eu la chance de venir à la casa de Senquisse en mode « arche de Noe » ou qui m’ont déjà vu avec un lapin sur les genoux, vous le comprendrez aisément. Alors j’ai réfléchi, pensé, pesé le pour et le contre. Je me suis documenté, sur les deux côtés de la barrière, et j’ai fait une checklist mentale des choses qui me gênaient dans un camp comme de l’autre.
N’étant pas du genre à prendre une décision à la légère, même si l’hédoniste que je suis a tendance, dans le doute, à se ranger du côté du plaisir (et donc ici, le bonheur d’une épaule d’agneau au four), je ne pouvais pas faire fi de toutes ces choses qui me gênent dans le rapport « normal » (dans le sens norme, pas dans le sens naturel) de l’homme à la viande. Je trouve que dans notre société de consommation, il est trop « facile » de ne pas être végétarien. On achète sa viande au supermarché, c’est prédécoupé, prélavé, préemballé, c’est propre, il n’y a pas une goutte de sang, on passe à la cuisson et on déguste, yum yum. C’est terriblement simple d’imaginer les supermarchés comme des producteurs magiques de viande, avec les barquettes de hachis qui apparaissent d’elles-même dans la chambre froide, ou les escalopes de poulet qui poussent sur les arbres et cueillies par de jolies demoiselles avec un sourire d’ange. Il y a une distance entre l’humain et la nourriture qui est, je le pense, déplorable, et contribue à ce comportement « tête d’autruche dans le sable » qui aide les industriels les moins scrupuleux à pouvoir se permettre les pires excès dans leur chaine de production sans qu’on les remette trop en cause, parce que le consommateur final ne veut pas la voir, cette chaîne. J’ai beau être résolument pro-progrès, et je n’échangerais pour rien au monde les mégalopoles modernes contre un retour au « temps d’avant » et aux fermes à basse-cour, mais quand ton oncle ou ta grand mère égorgent une poule ou un cochon, il est plus difficile de se convaincre que ton steak haché a poussé dans le jardin entre les patates et les tomates.
Du coup, je me suis posé une sorte d’ultimatum pour résoudre le conflit en moi. Si je voulais continuer à manger de la viande, il fallait que j’assume ma place dans la chaine alimentaire. Et, avec l’aide d’un complice paysan, je suis donc allé tuer un mouton.
Bon, c’est un bien grand mot. J’ai tenu un mouton pendant que le paysan faisait son office, et plus largement passé une partie de la journée avec, depuis le choix de la bête jusqu’au découpage final. C’était une expérience unique pour le citadin que je suis. J’ai bien dans ma famille distante quelques anciens paysans, et je me souviens des poules et des clapiers à lapin chez ces derniers quand j’étais môme, mais ma facilité de manier les mots est inversement proportionnelle à ma facilité de gérer la vision de la souffrance et du sang en général. Dès six ou sept ans, j’avais bien compris que j’avais déjà certainement dû voir préalablement gambader certaines des poules au pot du dimanche avant de les manger, mais je n’avais jamais assisté à une mise à mort. Trop sensible (te moque pas, fanfaron lecteur, insensible lectrice, te moque pas).
Expérience unique, donc, et importante. Plusieurs de mes idées reçues ont été balayées par cette journée. Déjà, la rapidité de la chose. Je n’ai pas chronométré, mais du mouton qui gambade à l’alignement de pièces comestibles, il s’est passé quoi… une heure, peut être? Grand maximum. Et si je m’attendais à voir une longue agonie (surtout dans un contexte de petite ferme plutôt que d’abattage industriel), il y a eu moins de dix secondes entre le mouton en pleine forme et les derniers soubresauts. Le sang, ensuite. Je m’attendais naïvement à ce que le sang soit plus sombre « en vrai » que dans les films ou quand je me coupe, mais c’était tout le contraire. Le sang du mouton était vermillon, presque rouge fluo, et épais, on aurait dit de la peinture. La taille de l’estomac de mouton, aussi. Ce sont vraiment des machines à bouffer de l’herbe. Points bonus pour le fermier qui, plutôt que de mettre ça dans une poubelle, abandonne l’estomac et autres viscères dans la forêt « pour nourrir les renards » . Toi, mon gars, je t’aime bien. La peau qui se décalotte comme celle d’un lapin. Et le geste précis du couteau qui transforme, petit à petit, Shaun le mouton en futur méchoui. La seule chose qui m’a vraiment retourné le bide n’a rien à voir avec la mise à mort en elle même ou le découpage, mais sur sa localisation. J’explique. Il y avait dans la ferme, donc, un enclos à mouton, où le futur repas avait été marqué et pré-selectionné par le fermier. L’abattage et la découpe ont été réalisés à moins de cinq mètres dudit enclos, sous le regard médusé de tous les anciens potes de Shaun le méchoui. Je n’exagère même pas quand je parle de regard médusé. En dépit de l’espace et de la grande taille de l’enclos, les six ou sept autres moutons étaient les uns à côté des autres, en rang d’oignon, serrés contre la barrière, à regarder fixement le fermier, sans bouger, sans bêler, sans rien dire. Ça m’a vraiment perturbé.
Mais au final, c’était une expérience extrêmement positive et importante pour moi. C’était très triste d’une certaine manière, et pourtant à la fois très « juste » . Et je n’ai pas honte de dire qu’une fois que tout était fini et découpé, en regardant l’épaule du mouton que j’avais vu trotter une heure plus tôt, j’avais envie d’un méchoui. Humainement et spirituellement, je me suis réconcilié avec moi même et mis un terme à ce tiraillement grandissant végétarien/pas-végétarien qui prenait de telles proportions en moi que sans cela, je pense que ça aurait fini par littéralement m’empêcher de dormir. Au final, je pense que le choix d’être, ou non, végétarien, est quelque chose qui doit rester avant tout une décision personnelle et pas imposée par la société, mais que toute personne faisant le choix de la consommation de viande animale devrait avoir le courage d’assumer ce choix et de vivre au moins une fois ce genre d’expérience, sans faire le choix de la solution de facilité, de la technique de l’autruche, et du steak Charal qui pousse sur les arbres. Et je pense aussi que se poser ce genre de questions aide à adopter un comportement plus responsable. Fruit de l’habitude prise chez mes parents, quand j’étais jeune adulte indépendant je continuais par réflexe à manger de la viande « au moins une fois par jour ». Aujourd’hui, j’ai un comportement beaucoup plus « eco-responsable » , je mange de la viande une à trois fois par semaine en moyenne, et j’essaie toujours de faire attention à la provenance de tout produit animal (pas d’élevage intensif, oeufs de poules élevées en plein air, etc.) même si j’avoue que parfois je ne peux pas m’en assurer à 100%. J’ai appris à apprécier énormément la nourriture non-carnée, et à apprécier plus encore la nourriture carnée, à la respecter, sur le plan intellectuel, moral, et spirituel, ce qui la rend encore meilleure. Aujourd’hui, je suis en paix avec mes habitudes alimentaires. Je continue à adorer le steak tartare, mais je peux l’apprécier sans avoir à rougir lorsque j’y pense et que je croise mon regard dans la glace. Je me considère donc comme un omnivore responsable.
Et vous?
*****
La citation du jour: « T’as déjà vu un champignon essayer de péter sa boite de petri? »
La chanson du jour: Meat is Murder, The Smiths, « This beautiful creature must die… »
Même si j’aimerais recevoir plus de SMS, la vie est belle !
Mot-Dièse: LeGouvernementBogue
1
Oh, Internet, tu es coquin ce matin. Après que je me lève, tranquille, naïf, et sors mon ordinateur de son état de veille d’un élégant déplacement de Magic Mouse pendant que je sors du mien un café à la main, je tombe sur un article qui a bien failli me faire recracher ledit café. Ce qui, puisqu’il s’agit d’un excellent cappuccino préparé avec brio par ma nouvelle machine magique, aurait été fort contrariant, tu vois. Quel est donc cet article, me demande-tu, curieux lecteur, intriguée lectrice? Le « Top 10 des mots d’internet que vous allez oser dire en français » …
J’ai beau être un anglophile qui s’assume et qui le vit très bien, je n’en suis pas moins tout autant amoureux de la langue de Molière, et le moindre « voire même » ou « malgré que » dans vos propos me fait bondir aussi haut que quand je lis « their » au lieu de « they’re ». Nombreux sont ceux qui, parmi mes proches, me prennent d’ailleurs pour un « grammar nazi » ou un conservateur extrémiste de la langue. Ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est pas tout à fait vrai non plus. Le français (et l’anglais d’ailleurs) diffère du latin ou du grec ancien en ce sens qu’il s’agit d’une langue VIVANTE. Et qui donc évolue et change au rythme de la société qui la porte et l’utilise. Rien de mal là dedans. En revanche, je suis il est vrai conservateur dans ce sens qu’une évolution de la langue qui va dans un sens cherchant au contraire à l’appauvrir, à la simplifier inutilement, ou à la détruire sémantiquement parlant, est à mes yeux Le Mal ™ . Lorsqu’on crée un nouvel objet, un nouveau courant de pensée, une nouvelle habitude, ou que la science découvre de nouvelles choses, il est normal et essentiel de les nommer. Mais se reposer sur le côté vivant de la langue pour utiliser sans cesse le « plus petit dénominateur commun » cérébral et vivre avec 200 mots de vocabulaire, c’est non. Utiliser un mot à la mode pour lui faire dire ce qu’il ne veut pas dire alors qu’il existe un autre mot pour désigner exactement ce qu’on veut lui faire dire, c’est non. Et si tu utilises encore « rapetisser » alors que tu as plus de 7 ans, prépares toi à sauter dans ta baffe.
Se pose alors le problème des barbarismes, néologismes, et autres emprunts d’une langue à une autre. C’est là que mon navire linguistique commence à nager en eaux troubles. Je me suis soigné depuis (ça n’a pas été simple), mais quand je suis tombé amoureux de la langue anglaise il y a une vingtaine d’années, ma surconsommation d’icelle a débordé dans ma pratique du français, et j’avais la fâcheuse tendance durant mes premières « années fac » à parler comme un étrange hybride, une sorte de Jean-Claude Van Damme distribuant des camouflets cyniques plutôt que des coups de pied retournés. J’ai depuis réussi à rebâtir un petit muret entre l’anglais et le français dans les sombres méandres de mon cerveau mais tu comprendras donc aisément, tolérant lecteur, aimable lectrice, qu’il me soit plus ardu de jeter la première pierre dans de telles conditions.
Arrive donc le sujet du jour, et ces dix « mots d’internet » que Le Gouvernement ™ nous encourage à franciser. Sur le papier, c’est typiquement le genre d’initiative que je pourrais accueillir bras ouverts, ou tout du moins avec un scepticisme prudent mais bienveillant. Après tout, nous sommes pile-poile dans l’une des zones d’évolution de langue que j’ai soulignées un peu plus haut. De nouvelles choses qu’il faut nommer.
SAUF QUE.
Sauf que c’est un peu tard, monsieur Gouvernement. Je sais que tu as fait tout ton possible sous les traits de France Telecom pour endiguer l’arrivée de la toile en France et préserver ton précieux Minitel, mais Internet, pour un large contingent d’ « early adopters » (tu préfères que je dise « parent adoptif précoce » ?) et d’informaticiens francophones dont je faisais partie, il est arrivé dans les années 90. Chez monsieur tout le monde, c’était au début des années 2000. En 2015, même madame Michu, retraitée de Bourgeoille-les-Maurilles, a très probablement une connexion internet. Il n’y a bien qu’en Meuse, dans les Vosges, ou à Montluçon, probablement, qu’on compte encore en pis de vaches plutôt qu’en Mb/s, et encore? Pas sûr. L’idée n’est pas bête sur le papier, Gouvernement, mais tu te réveilles un peu après la bataille, voire après la guerre. C’est bien gentil d’avoir un excellent tacticien chevalier qui vient donner des conseils pour gagner à coup sûr la bataille d’Azincourt, mais s’il arrive en 1435, vingt ans après la déculottée, ça ne sert à rien qu’à agacer ceux qui y étaient. Ce n’est pas vingt ans après que le monde francophone se mette à utiliser les termes anglais, faute d’une quelconque autre option, qu’il faut se réveiller. C’est TROP TARD. La langue, comme dit au dessus, est vivante, et ces usages sont déjà adoptés. À un moment il faut être bon joueur et le reconnaître, et ajouter les mots tel quel dans le dictionnaire de l’académie, parce que c’est une bataille qui va te demander une énergie folle pour rien, gouvernement, et que tu te bas contre des générations plus jeunes, dynamiques et réactives que toi, donc c’est un peu aussi fair-play et passionnant à regarder qu’un combat de catch entre The Rock et Woody Allen.
Tu veux un conseil, pour éviter un tel fiasco à l’avenir ? Embauche une paire de « d’jeun’s » rien que pour ça (en CDD de deux ans renouvelables une fois, avant de les remplacer par les prochains « d’jeun’s »), pour être à l’affut des nouvelles technologies, des innovations techniques, et pour pouvoir proposer un mot dès qu’elles apparaissent. C’est ta seule chance de combattre à armes égales. Quand un chercheur japonais aura perfectionné des nanobots qui se cachent dans ton cuir chevelu pour te coiffer aussi bien qu’un acteur d’Hollywood quand tu te lèves avec la tête dans le pâté le matin, c’est au moment où il est introduit qu’il faut que tu proposes ton « iTif » au lieu de son « iHair ». Pas 10 ans plus tard, quand tout le monde et son chien utilise déjà iHair dans le monde de la francophonie.
Et tant qu’on y est, emploies-en aussi quelques uns pour faire des suggestions de mots. Parce qu’indépendamment du fait que tu arrives après la guerre, non mais sérieusement, tu as regardé la gueule de tes suggestions? Juste pour rire, en tir rapide, pour ceux qui ont eu la flemme (ou peur !) de cliquer sur le lien au dessus:
1. Smiley ==> Frimousse / 2. Webcam ==> Cybercaméra / 3. Pop-up ==> Fenêtre intruse / 4. Hacker ==> Fouineur / 5. SPAM ==> Arrosage / 6. Mail ==> Courriel / 7. Bug ==> Bogue / 8. Chat ==> Dialogue en ligne / 9. Hashtag ==> Mot-dièse / 10. Cloud ==> Nuage
Y’a rien qui te choque, Gouvernement ? Nous vivons en 2015, bientôt 2016, au moment où j’écris ces lignes. Nous vivons dans un monde où la surcommunication est petit à petit en train de dépasser la surconsommation. Tout va vite, très vite, de plus en plus vite, nous somme dans le domaine de l’instantané, et de l’éphémère. Et toi, alors que les amoureux des lettres et langues à travers le monde ont déjà du mal à supplier les enfants, les ados, et les amateurs de télé-réalité d’utiliser « parce que » au lieu de « psk » ou « je t’aime » au lieu de « jtm », tu nous offres des suggestions de remplacement qui sont plus longues et pompeuses qu’un train de prostituées victoriennes? Sérieux, la moitié de tes suggestions rajoutent un nombre irréaliste de syllabes dans ce qui est censé être une communication brève et efficace. Essaie, juste pour rire. Je sais que tu fais peut être partie des 479 personnes encore répertoriées en France sans webcam, mais essaie de dire à haute voix « Attends, je branche la webcam ». Et maintenant, tu dis « Attends, je branche la cybercaméra ». T’as vu comme c’est plus long et désagréable en bouche? Et, sans déconner, « Cyber » ? En dépit de toute l’admiration sincère que je porte à cette artiste, même quand Zazie chantait qu’on était « Cyber », ce mot était déjà has-been. Et c’était en 1998…
Donc t’es gentil, Gouvernement, mais tu arrêtes, maintenant. STAHP. C’est mon devoir de te le dire, un peu comme quand tu vois ta meilleure pote sortir du pub en titubant, clef de voiture à la main, c’est ton devoir de lui piquer ses clefs. Là tu as déjà publié ton site ridicule, tu es déjà en train de rouler sur l’autoroute à contresens. Alors fais gaffe aux gens qui te font des grand signes, tu ralentis, tu te gares sur le bas côté, et tu dessaoules. Tu propose des jolies (et COURTES) alternatives francophones pour les prochaines innovations, et promis, on écoutera. En attendant, cesse de te battre contre des moulins à vent, et plutôt que de chercher à ce que les gens ne disent plus « SPAM » mais « Arrosage » (le fan des Monty Python en moi en pleure), envoie plutôt quelques crédits de plus à l’Éducation Nationale pour t’assurer que dans les collèges, on écrive « ne t’inquiètes pas » plutôt que « tkt », au moins sur papier, et qu’on continue à dire « croire » plutôt que « croiver », parce que ça je veux croire que c’est une bataille que tu peux encore gagner. Mais pas si tu ne te réveille qu’en 2035…
*****
La citation du jour: « Ben autant que le handicap social serve pour une fois ! »
La chanson du jour: Cyber, Zazie, « Cyber, et si fiers de ne plus être humains »
Même s’il faut attendre une semaine de plus pour quelques câlins, la vie est belle !
Je te raconterai le silence…
2 Quand je t’inviterai
_______________ sans un bruit
À me suivre vers l’horizon
Aux promesses fertiles
_________________ de ces nuits
Aussi longues que des saisons
*****
Nous serons libres et sauvages
Sans jamais un regret,
________________ ingénus
Nous envolant vers les rivages
De mes élans tactiles,
________________ ta peau nue
*****
Je te raconterai
___________ le silence
Et les couleurs de la pénombre
Nos regards immobiles
_________________ en cadence
L’espoir patient sous nos décombres
*****
Distillant l’air que tu respires
J’écrirai tes secrets,
______________ ton odeur,
La mélodie de tes soupirs
À l’encre indélébile
______________ sur mon cœur
Nombril #80 : Amanda
0Premier nombril made in USA pour inaugurer la relance du Nombriloscope après des années de stagnation (d’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore importé tous les nombrils dans la nouvelle architecture du blog… mais ça va venir! Ne vous inquiétez pas, les nombrils 47 à 79 ne sont pas perdus, ils arrivent !)
Amanda est donc l’une des 3 charmantes cosplayer de la New York Comic Con 2015 qui ont accepté de participer au ‘scope!
New York, New York
4Depuis ma plus tendre enfance, je rêve de cette ville de la côte est, quintessence de ce que représentent les USA pour moi. Ce multiculturalisme dans sa forme la plus primaire, distillé au compte goutte entre les Américains venus ici depuis tous les Etats, du distant Washington au proche New Jersey, et les autres non-natifs qui ont fait de la grosse pomme leur terre d’adoption, à moyen ou à long terme. En dépit de ce statut de parangon du rêve de liberté, et de nombreux voyages aux États-Unis il y a quelques années lorsque je gravitais de l’autre côté du miroir du monde du jeu, j’avais réussi bien malgré moi à ne jamais y mettre les pieds.
Maintenant que j’y suis, je découvre la ville de manière organique, comme lorsque je m’étais rendu à London en solitaire pour la première fois, refusant tout itinéraire préparé et déambulant de rue en rue au hazard, à l’instinct. Je ne l’ai jamais regretté, et aujourd’hui je connais mieux London et ses recoins que la ville où j’habite la majorité du temps…
New York tiens ses promesses. C’est une ville de constrastes, où un simple changement de rue fait tomber un quartier réservé aux millionnaires en boui-boui insalubre où il vaut mieux ne pas s’aventurer après minuit… Où l’odeur de pisse froide qui te prend à la gorge se transformera soudain en fumet épicé d’un marchand de burritos à la sauvette.
Toujours à l’instinct, je suis tombé sur un bar / salle de concerts live où j’ai dansé avec une jolie blonde au rythme de la voix d’un artiste extrêmement talentueux dont je n’avais jamais entendu parler, j’ai trouvé des magasins de comics, ou d’esotérisme, et passé de nombreuses heures dans des cafés, où je rédige ces mots en ce moment même.
New York est une maîtresse exigeante. Elle est belle, et intense, et exotique, mais telle une escort de luxe, elle marchande ses faveurs à un prix fou. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai déjà dépassé mon « budget maximum » de plus de 500 euros, et je suis seulement à la moitié de mon séjour. Tout est cher ici. L’hôtel, la nourriture, les loisirs… et première réelle déception, beaucoup de musées et de centre culturels sont gérés de manière privée, nécessitant un droit d’accès oscillant entre 15 et 30 dollars. Habitué à London et à son accès gratuit à la culture, partout, tout le temps, je me vois ici forcé de faire des choix pour ne pas revenir en France en ayant dépensé en dix jours le budget de toute une année (j’exagère à peine). Je remercie néanmoins la fée Serendipity d’avoir mis sur ma route, au sein de la fantastique bibliothèque/musée Morgan, une exposition merveilleuse sur l’Alice de Lewis Carroll, l’une de mes passions littéraires. Timing karmique.
La Comic Con, raison principale de mon déplacement à cette période, était une entreprise folle, immense, démesurée, géniale, épuisante, et malgré tout terriblement commerciale. J’en garde à la fois un goût doux et amer, des rencontres merveilleuses au milieu d’un mercantilisme transformant le fantastique en salon de l’agriculture. J’en reviens néanmoins des étoiles plein les yeux, quelques originaux en poche, ayant croisé Nathan Fillion, Felicia Day, Seth Green, Alan Tudyk, Marjorie Liu, Chris Claremont, Kieron Gillen, et tant d’autres… Je reviens aussi avec quelques nombrils américains en poche. Oui, impatient lecteur, futur-contributrice lectrice, j’ai bel et bien l’intention de relancer le Nombriloscope…
Le moment le plus intense du séjour aura bien évidemment été ma journée sur Liberty Island. Assidu lecteur, fidèle lectrice, tu sais que la liberté est une telle obsession pour moi que j’en fais presque de la rétention anale, pour franciser cette expression anglophone qui m’a toujours fait sourire. Au pied de la Liberté Illuminant le Monde, j’ai posé le genou à terre et versé quelques larmes. Je pense qu’il est difficile de ne pas être touché par le symbole, alors quand il fait écho à une part si importante de mon coeur… C’était un moment intense, oui. Une part de moi ne peut s’empêcher de penser que c’est parce que j’ai un peu trahi cet idéal de liberté qui était le mien avec ce « oui » il y a plus d’un an, que tout s’est si rapidement effondré par la suite. Après une reconstruction difficile, je me retrouve, je la retrouve, et la dame de cuivre vert était un peu aussi le symbole de ce retour vers celui que je suis vraiment, que je n’aurais jamais dû chercher à étouffer. Alors quelques larmes, mais le sourire aux lèvres, devant cette imposante dame offerte au monde, car comme l’a rappelé le ranger qui nous a servi de guide, ni son nom, ni son image ne sont protégés par aucun copyright, « because she belongs to the people of the world. »
A New York, je suis également devenu apprivoiseur (pointilleux lecteur, littéraire lectrice, j’invente toujours des mots si je veux, je suis toujours chez moi, et « dompteur » est trop violent) d’écureuils. Au fur et à mesure de l’empilement de mes dépenses, je passai de moins en moins de temps dans des musées différents chaque jour, et de plus en plus à lire et à absorber l’énergie urbaine de la grosse pomme au sein de ses nombreux parcs et espaces verts. Parmi ceux qui avaient ma préférence, comme le petit mais chaleureux parc de l’Hôtel de Ville, les petits rongeurs du parc ont appris à me connaître et à me reconnaitre, et lors de mes derniers jours sur place, certains des plus téméraires restaient même sur mes genoux pour y grignoter les graines que je leur apportait quotidiennement.
Après un retour mouvementé et un avion annulé, je termine cet article depuis la casa de Senquisse, bien au chaud, ayant dû re-brancher mon chauffage de manière quotidienne dès mon retour, la température moyenne ici étant plus de dix degrés inférieure à celle du doux climat de New York. Je suis rentré la tête pleine d’images et de souvenirs, avec l’impression d’avoir laissé une part de moi-même sur place, mais d’avoir embarqué avec moi un morceau d’elle au moins aussi gros, à la place. Avec une semaine de recul au moment où je m’apprête à publier ces lignes sur le blog, je pense pouvoir dire que si je préfère toujours, et de loin, les USA au Royaume Uni, c’est pour l’instant toujours London qui a ma préférence, dans mon classement intérieur des meilleures villes du monde. Le côté cosmopolite de la grosse pomme, le fait qu’elle ne dorme jamais, et la présence de Lady Liberty ne détrônent pas la chaleur des pubs de Camden et la possibilité d’y entrer seul et de ressortir chaque soir au bras de 5 ou 6 nouveaux amis. Mais New York est clairement très, très proche sur la seconde marche du podium, et ce classement peut être amené à changer, après tout ce n’était que notre première danse, elle et moi. Certainement pas la dernière…
*****
La citation du jour: « Tu me lis toujours aussi bien »
La chanson du jour: Fire, Noah Gundersen, « Hey, I am looking for freedom in the wild eyes of the dancing girls… Hey, I am looking for freedom in the open arms of America »
Même si elle m’apprend la patience, la vie est belle !
SPOILER ALERT!!!
3
L’été à laissé place à l’automne, et je ne suis pas fâché de voir s’achever celle qui est sans conteste la saison que j’aime le moins de l’année. L’arrivée de l’automne, avec le retour du chauffage et des pulls, annonce aussi le retour des saisons des séries annuelles ou de rentrée. Momifié lecteur, fidèle lectrice, tu sais si tu es là depuis le début que pendant très très longtemps, je n’étais pas particulièrement friand des séries télé. Déjà, ayant abandonné tout antenne ou abonnement télé en 2004, regarder une série télé impliquait donc soit un téléchargement illicite (et tu sais que je n’aime « pas trop beaucoup » ça…), soit d’acheter des coffrets entiers. Ce qui, sans avoir vu la série au préalable, présupposait de faire énormément confiance au pitch, ou aux amis/journalistes/bloggers partageant mes goûts et m’en vantant les mérites. Mention spéciale à Ninik ici, qui a toujours été très utile pour ça, en mode Alice Through the Looking Glass: s’il était fin fan d’un truc, je savais que je pouvais passer mon tour, et s’il trouvait quelque chose à chier, j’allais probablement trouver ça génial. Bref, sorti de grands classiques incontournable des années 90 comme X-Files ou Buffy, ma consommation de séries télé était en général limitée à une série par an, rarement deux, et je préférais consacrer mon temps à la lecture, à l’écriture, ou aux autres sorties sociales entre amis ou avec, à l’époque, mes papillons.
L’arrivée de ma futur-ex-femme dans ma vie a un peu chamboulé tout ça, elle était friande de séries et l’une de nos activités régulières à deux était de binge-watch ensemble de nombreuses productions made in L.A. Parfois, bonne pioche (Big Bang Theory, Game of Thrones, Salem), parfois, bof (Desperate Housewives, Merlin, Penny Dreadful), parfois elle se retrouvait à terminer certaines séries seule (Dexter, Breaking Bad) ou l’inverse (Arrow, Flash). Mais nous avions pris l’habitude de regarder pas mal de séries ensemble, et du coup même après son départ j’avoue toujours m’adonner régulièrement à ce petit vice sur canapé, et à profiter d’un divertissement juste pour me divertir et pas particulièrement pour me faire réfléchir ou en ressentir grandi. Je sais que je t’étonnes, surpris lecteur, étonnée lectrice, mais bon, je prends de l’âge, aussi, alors on va dire que j’ai le droit !
Bien sûr, qui dit diffusion épisodique, dit risque de spoiler. Sur Internet, surtout pour les séries ayant le plus gros succès (je te regarde droit dans les yeux, Game of Thrones), à moins de regarder chaque épisode en quasi direct lors de la première diffusion US, réussir à éviter les spoilers est un travail particulièrement difficile et demandant beaucoup d’énergie. Ma meilleure amie mène d’ailleurs une croisade sans relâche contre les spoilers, elle est le Richard Lionheart du Spoiler Saladin, elle est le Luke Skywalker du Spoilperor Palpatine, elle est le paquet de Granola du Spoileight-Watchers, bref, si vous ne l’avez jamais vu se mettre en colère, oubliez les insultes ou les coups dans le dos, il suffit de lui révéler ce qui se passe dans le prochain épisode de Arrow. Je me souviens aussi de l’une de mes premières conversations avec l’un de mes dinosaures, du temps où il me vendait des comics (maintenant, 20 ans plus tard, on les achète ensemble…), et où ne réalisant pas que j’avais déjà lu un numéro américain normalement non arrivé en France (et que lui avait déjà lu aussi), m’avait délibérément menti sur son contenu en me disant que je me trompais sur ce que j’avais « deviné » rien que pour que je sois surpris en le lisant dans ce futur qu’il imaginait et qui faisait en fait partie de mon passé…
Mais pour ma part, curieux lecteur, intriguée lectrice, laisse moi te révéler mon terrible secret: les spoilers? A titre personnel, je n’en ai absolument rien à foutre. (Dun dun duuuuuuuuuuuun…) Bien sûr, je ne suis pas SI cruel et insensible, et quand je tombe sur un spoiler, non seulement j’essaie de ne pas le propager, mais en plus je préviens en amont toute personne parmi mes proches que ça pourrait frustrer d’éviter de visiter tel lien ou de regarder telle vidéo. Mais pour mon petit bonheur personnel, savoir « en avance » ce qui va se passer, même si c’est censé être une putain de méga surprise, ne changera rien à mon appréciation (ou non) de l’épisode, du film, ou du livre en question. C’est à la fois un avantage et un inconvénient de mon cerveau qui carbure un peu trop vite, que je tiens depuis ma toute petite enfance, et qui s’est encore empiré avec ma formation universitaire littéraire et mon métier d’écrivain. Donnez moi des personnages et un contexte? 99 fois sur 100, j’arriverai à prédire en amont le (ou les) plus probable développements de l’histoire. C’est entre autre l’une des raisons pour laquelle je suis un aussi mauvais public pour la littérature fantastique, dont l’intérêt réside souvent plutôt dans l’histoire que dans sa réalisation… et forcément un tel postulat est souvent voué à l’échec vis à vis de moi.
Ce qui me grise, que ce soit dans une série, un livre, ou un film, c’est moins ce qui se passe que la manière dont cela se passe, la façon dont le style de l’auteur sublime ce qui est écrit, dont un réalisateur va jouer avec les couleurs et les lumières pour donner un ton et une ambiance à son message, dont un acteur ou une actrice remplira son rôle d’émotion et aura une diction touchante et naturelle. La dernière fois que j’ai été vraiment surpris par une oeuvre, c’était The Sixth Sense, et ça commence à dater… Ma FEF, à qui j’expliquais cela et qui avait du mal à me croire, a eu droit à un épisode entier de Desperate Housewives où, scène après scène, je lui prédisait la scène suivante et ce qui allait s’y passer. Donc, oui, ce qui compte pour moi, c’est plus la forme que le fond. Et vous savez quoi? C’EST PAS GRAVE. Je le vis très bien (la plupart du temps), j’ai des goûts du coup un peu différents parfois des « classiques », mais ça ne m’empêche pas d’apprécier certains livres ou certaines séries, et surtout je les apprécie tout autant MÊME quand avant de regarder un épisode ou de lire un chapitre, je suis tombé sur un meme ou un article révélant que Luke Skywalker est en vérité l’amant secret de Wesley Crusher, ou que dans la saison 6 Jon Snow a le cancer et doit vendre de la meth à Harry Potter parce qu’il n’y a pas de CMU à la Night’s Watch. Ce qui a l’avantage de m’économiser une énergie folle à ne pas chercher à les éviter à tout prix.
Moralité, impatient lecteur, bouillante lectrice, si un jour un secret te brûle les lèvres après avoir regardé l’épisode secret de Game of Dreadful Arrows où Flash meurt en sauvant la vie de Captain America? Tu peux toujours venir m’en parler, même si je ne l’ai pas encore vu, et je serai ravi d’en discuter avec toi. Juste, n’oublie pas de le faire en message privé, de peur que ma meilleure amie ne te trucide ou te réduise en bouillie d’une prise de krav maga…
*****
La citation du jour: « Je me souviens des plumes de paon dans le coin en haut à gauche »
La chanson du jour: Girls Just Want To Have Fun, Cyndi Lauper, « Some boys take a beautiful girl and hide her away from the rest of the world. I want to be the one to walk in the sun »
Même si je me demande si j’ai bien fait de prendre un billet retour, la vie est belle !
Idées noires
0Où chaque pas que je fais m’avance un peu plus loin
Dans les contrées de ceux qui n’ont plus de chemin
Comme des âmes en peine au milieu des décombres
Où tout n’est qu’illusion lorsqu’on vous tend la main
Où l’on perd toute idée et du mal, et du bien
Où mes gloires passées ont fait de moi une ombre
Comme une bile acide qui ronge tout espoir
Et offrirait des larmes en place de sourires
Et face à l’apathie qui sans cesse me ronge
Je sens au fond de moi cette envie…
… de lumière.
Mathilde-Madeleine
0« Dis, tu te souviens de tous les messages qu’on s’envoyait, au début, par SMS ? »
La petite princesse trottine à mes côtés, avec le même enthousiasme et la même énergie intérieure qu’il y a dix ans, en dépit des cernes sous ses yeux et du poids de la fatigue physique de devoir jongler avec ses cours, son job, et les balles multicolores de ses cent mille projets. Bien sûr que je m’en souviens. Apprendre à écrire toujours plus vite en appuyant plusieurs fois sur la même touche numérotée, bien avant les iPhones. Les échanges entre nous qu’il soit cinq heures du soir ou cinq heures du matin, vouloir combler par le réseau le manque de temps physique entre nous. J’acquiesce.
« J’ai tout gardé. Quand j’ai changé de téléphone, j’ai tout recopié, à la main dans un carnet, pour ne pas perdre. »
Elle a toujours trouvé les mots, sans le savoir. Trouvé les phrases qui me touchent. Ces petites attentions pour lesquelles je passe mon temps à retomber amoureux d’elle depuis plus de dix ans à chaque instant passé à ses côtés. J’ai toujours su que mes amours étaient éternelles, qu’il n’y avait pas de bouton « off » en moi. Mais avec elle, c’est comme si je n’avais jamais su trouver le mode de lecture continue, comme si elle m’offrait périodiquement à son insu un nouveau commencement, avec la régularité d’un horloger suisse. Je la regarde, comme si je la voyais à nouveau pour la première fois, et je ne sais quoi répondre. Moi qui me flatte de ma verve et de mon aisance avec les mots, je bredouille. Voile pudique.
Notre histoire s’étale sur tant de temps maintenant… « La moitié de ma vie » me disait-elle hier en riant et en me prenant dans ses bras avant de me serrer, fort. Mélange de nostalgie et d’amertume, penser qu’on s’est sans doute connus trop tôt pour que notre relation ait eu une quelconque chance de ressembler à un conte de fées, plutôt qu’à ces montagne russes en bois qui grincent dans les virages, qui donnent l’impression de pouvoir causer un accident à tout moment, mais sur lesquelles on remonte tout de même pour un autre tour, encore et encore, comme pour défier le sort, la vie, ou le regard des autres. Parfois j’aurais aimé que notre histoire soit plus simple. Elle est bancale et imparfaite. Mais en tout cas c’est la notre. Se promettre, avec le petit doigt, de ne plus être bêtes, de ne plus laisser quoi ou qui que ce soit nous tenir loin de l’autre. Mes doigts qui dansent sur son dos nu pendant que nous refaisons le monde à voix basse pour ne pas réveiller les dormeurs de la chambre à côté. Mes doigts qui se rappellent, chaque ligne, chaque courbe, chaque fossette, leçon apprise il y a tant d’années et encore connue. Par cœur.
Hier nous nous sommes endormis ensemble, mais ce soir elle dort déjà lorsque je la rejoins entre les draps. La soirée a été rude, et on sait par avance que le réveil sera cruel. Je vois défiler en moi le souvenir de toutes ces nuits partagées à la protéger des mauvais rêves et à veiller sur son sommeil, peau contre peau. Nouvelle vague de nostalgie, que je laisse doucement me bercer en fermant les yeux. Quelques heures plus tard, elle met fin à mon sommeil léger en se tournant vers moi, à demi-nue, pour se blottir contre mon torse et me tendre ses lèvres. Ses yeux sont clos, et paisibles. Je murmure doucement son prénom à son oreille. Pas de réponse. Se souvient-elle que c’est bien moi, à ses côtés, ou est-elle emportée par un rêve d’autres bras, d’autre cœur ? Quelle est l’identité de la chimère onirique qu’elle cherche à embrasser ? Nouveau murmure qui reste lui aussi orphelin. Alors je souris, plein de tendresse, pendant que mon cœur explose d’amour pour un petit bout de femme un peu usé par les cernes, un peu cassé par les épreuves de l’existence, mais qui se relève toujours lorsque la vie la blesse, ce mélange de fougue, de passion et de liberté qui m’a toujours séduit en elle. Est-ce l’âge, le temps, la distance, qui m’ont rendu plus sage ? La vie et les épreuves que j’ai subi moi aussi qui ont rendu cet amour plus pur encore ? Toujours en souriant, je détourne mon corps et ma tête de ses lèvres offertes. Pas comme ça. Je remonte un peu la couette sur ses épaules et sa gorge nue, embrasse tendrement son front, puis glisse ma main dans la sienne. Elle sourit. Même six ans plus tard, visiblement, je sais toujours être le gardien de ses rêves. Visiblement, elle sait toujours être ma muse…
*****
La citation du jour: « Mais imaginons que t’es le chat et qu’elle est la pâte »
La chanson du jour: Françis Cabrel, Encore et encore, « Et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord… »
Même si mes lèvres m’en veulent d’avoir su être sage, la vie est belle !





