Paul de Senquisse
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Posts by Paul de Senquisse
Penser, parler, et être libre. Deux poids, deux mesures ?
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Cela fait aujourd’hui une semaine, jour pour jour, que des déséquilibrés fous de dieu se sont introduits dans les locaux d’un organe de presse satirique en France pour y effectuer le massacre que l’on sait (et dont je parlais un peu ici la semaine dernière). Plusieurs évènements se sont enchaînés, allant d’évènements graves, et tristement prévisibles (des forces de police prises pour cible par les terroristes et autres sympathisants d’yceux, les terroristes en questions abattus après une prise d’otage), aux évènements qui auraient pu être futiles mais se sont révélés d’agréables surprises pour le cynique que je suis, parfois, dans ce genre de cadre médiatique (près de 4 millions de personnes en France dimanche, et des slogans réclamant plus de liberté et de tolérance plutôt que ceux auxquels ont aurait pu s’attendre, plus de sécuritaire ou de rejet du bouc émissaire facile à montrer du doigt). On a tout de même eu le droit à des choses inquiétantes. Un boom prévisible des requêtes internet cherchant à se FN-iser un peu, au cas où. Des politiques de tout bord cherchant à récupérer l’affaire pour se mettre en avant, chacun cherchant à être « encore plus Charlie » que le voisin, certain n’hésitant pas à parler de la nécessité d’un Patriot Act à la française (ou comment ne RIEN comprendre au message du peuple dimanche dernier). Jusqu’à l’indécence quand un ancien président au nom de son ego encore plus enflé que le mien n’a pas hésité à bousculer le protocole défini et à jouer des coudes entre d’autres chefs d’état pour arriver au premier rang pendant quelques instants et être sur l’une des photos amenées à faire le tour du monde. A vomir.
L’une des meilleures choses à retenir de ces évènements tragiques est qu’ils ont remis le dialogue autour de la liberté d’expression sur le devant de la scène. Fidèle lecteur, habituée lectrice, tu sais que c’est un peu l’une de mes marottes (si ce n’est *LE* concept idéaliste auquel je me sens le plus accroché dans ma vie) et j’ai pendant de nombreuses années été presqu’un extrémiste du « on DOIT pouvoir dire tout, et tout le temps, et à n’importe qui ». Voir ce débat mis en avant, et des personnalités ainsi que des anonymes à travers le monde scander les principes d’une liberté d’expression inviolable m’a forcément fait plaisir. Et puis le retour de bâton prévisible s’est abattu sur ma liesse lorsque pour des propos totalement déplacés (voire carrément abjects) un certain humoriste anti-sioniste habitué des tribunaux en France se retrouve actuellement en garde à vue. Depuis, nouvelle effervescence sur les réseaux sociaux, et ceux qui hier scandaient l’inviolabilité de la liberté d’expression s’empressent ce matin de féliciter le travail de la justice en France, contents de voir Dieudonné incarcéré pour ses propos. Tu le vois venir gros comme une maison, le déséquilibre dont je vais te parler, là, maintenant, tout de suite, curieux lecteur, intriguée lectrice ?
Mais avant de te mettre le nez dans le discours à deux vitesses des chevaliers blancs anonymes d’Internet et de cette espèce d’ostracisme public et de bien-pensance écoeurante qui fait vibrer le pouls des flux électroniques sociaux, en espérant que tu n’en fasses pas partie, il faut que je t’avoue une chose. Depuis mes derniers billets sur le sujet, j’ai moi même évolué vis à vis de ce que je pense. Si, si, je te promets, incrédule lecteur, bouche bée lectrice. J’ai beau être un égocentrique histrionique assumé, et avoir des idées bien arrêtées sur la vie, l’univers, et le reste (42), dont je peux débattre avec fougue et ferveur de la plume ou de la langue en face à face, je me considère néanmoins comme intellectuellement intègre et je me remets sans cesse en question à titre personnel et idéologique. La vie est un chemin où chaque pas est une nouvelle information, un nouveau savoir, une nouvelle donnée, et si à un moment donné je défendrai telle ou telle position bec et ongles, je la défends aussi vis à vis de moi même et mes idées ne sont pas gravées dans le marbre, dans un coin de mon cerveau. Depuis de nombreuses années, j’ai toujours été un extrémiste de la liberté d’expression, mais depuis quelques mois (un peu avant l’affaire Charlie, tout à commencé lors d’un repas avec deux amis autour d’une flamm’ et de quelques bières, même si les évènements récents m’ont aidé à ancrer mes nouvelles positions dans le réel et à tester leur cohérence) je conçois qu’il n’est pas forcément mauvais que la loi définisse un certain cadre à la liberté d’expression.
Ne t’emballe pas et ne monte pas sur tes grands chevaux, outré lecteur, choquée lectrice habituée de mon discours habituel. Ma position est toujours bien plus laxiste que la loi française actuelle, je te rassure. Mais. Oui, il y a maintenant un « mais« . Voici ma Nouvelle Version ™ de ce que la liberté d’expression devrait être dans une société utopique (et plus précisément dans MA société utopique). Déjà, et c’est SENCÉ être le cas en France, les limites de la liberté d’expression devraient toujours être répressives et non préventives. En gros, on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, sans être inquiété par la loi en amont mais devoir en assumer les éventuelles conséquences légales en aval. En pratique, actuellement en France, c’est dans les textes mais concrètement ce n’est pas toujours appliqué, et pour des raisons fumeuses certains fonctionnaires ont pu récemment faire interdire, par exemple, certaines représentations du dernier spectacle de Dieudonné avant qu’elles aient lieu, « par sécurité », « pour préserver l’ordre public », et j’en passe, dans une version hallucinante d’un Minority Report idéologique, on te tape dessus pour ce que tu allais probablement dire, et sur les probables réactions du public face aux probables réactions des anti… Bref, hallucinant au XXIème siècle selon moi, je sais que tout le monde ne partage pas cet avis, mais c’est mon opinion.
En revanche, si j’affirme toujours qu’on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, je reconnais que même vis à vis de la loi (et non plus seulement vis à vis d’un contexte social, qui était ma position précédente), la liberté d’expression n’est pas un blanc-seing lavant l’auteur d’un propos de ses conséquences légales. Et pour moi il y a deux cas où des conséquences d’un cadre légal doivent être considérées dans une société idéale. Le premier cas est la manipulation délibérée d’une information présentée comme factuelle. On tombe ici dans l’exemple classique du négationnisme qui est interdit en France par exemple, mais sans forcément se cantonner à la seconde guerre mondiale. Si un historien se met à publier un livre sur Charlemagne par exemple où il affirme que ce dernier organisait des partouses dans son palais et s’est suicidé pendant l’une d’elles en se plantant une dague dans la gorge, et qu’il le présente comme factuel, il devrait y avoir des conséquences légales pour conserver une trace de réalité historique. L’autre cas nécessitant des conséquences selon moi (et c’est sur ce point que la conversation mentionnée plus haut a commencé à faire fléchir mes positions autrefois inébranlables) est l’incitation à commettre un crime ou un délit. Quand une personne (que ce soit un politicien célèbre ou un blogger anonyme) incite quelqu’un à aller voler la voiture de Michel ou à aller égorger Samantha, la loi devrait prévoir des conséquences en cas de mise en application par autrui de cette injonction.
C’est sur ce point, par exemple, que je me démarque de l’actuelle législation française punissant l’incitation et l’apologie de divers crimes et délits (avec toute une ribambelles de circonstances aggravantes en fonction du lieu, de la portée du message, et de celui ou celle qui le profère) et qui me semble trop répressive. C’est « grâce » à la portée de cette loi que Dieudonné a passé la nuit en cellule, accusé d’avoir fait l’apologie de l’un des preneurs d’otages dans un statut Facebook (était-ce une apologie délibérée, était-ce de la provoc, le statut en question peut-il vraiment être considéré comme une apologie ou comme une tentative d’humour pas drôle et d’ailleurs retirée par le principal intéressé au bout de quelques minutes…? Ça sera à la justice de trancher, et ce n’est pas le propos ici), pour la plus grande joie des forces armées de la morale et du bon goût. Moi ça me donne plutôt envie de vomir. Si je concède que la loi doit punir une incitation à un crime ou un délit lorsque ce délit est en effet commis (la fin de cette affirmation est importante, pour moi quelqu’un qui dit « vous devriez tuer Samantha » n’a pas à être inquiété si personne n’a essayé de tuer la dite Samantha depuis que les propos ont été proférés), je trouve que punir au nom de la loi quelqu’un faisant juste l’apologie d’un crime (sans l’avoir incité) est complètement hallucinant. Si Bob assassine Nicolas, quelqu’un qui va dire « ouais, bravo Nicolas » ou « Bob c’est mon nouveau héros » ne devrait pas avoir à être inquiété par la JUSTICE et par la LOI. En revanche, qu’il soit en conséquence ridiculisé pour cette apologie sur internet, que ses amis se détournent de lui, ou que sa famille lui crache à la gueule pour ses propos de mauvais goût, c’est « normal ». Mais jusqu’à preuve du contraire toute personne a le DROIT d’être un connard, le DROIT d’avoir des idées de merde (sinon il n’y aurait pas tant de voix FN aux diverses élections), et puisqu’on a le droit de PENSER ces choses de merde, on devrait aussi avoir le droit de les DIRE sans être inquiété, voire ARGUMENTER pour une modification en conséquence de telle ou telle loi si on la trouve inique. Ne serait-ce que pour éviter les effets sous-marins, les groupuscules secrets se réunissant dans l’ombre pour dire du mal de X ou encenser Y, et tout simplement parce que ça permet aussi de faire un tri sélectif de ses contacts. J’ai beau être contre la peine de mort, j’ai déjà sans sourcillé appliqué la « peine de merde » à certains de mes contacts pour infraction répétée au bon sens et diffusion éhontée à répétition d’idées nauséabondes. Je suis trop gentil (ne ris pas) pour le faire systématiquement, mais quand c’est argumenté avec véhémence ou répété à longueur d’année, j’atteins de plus en plus rapidement mon point de saturation. Mais c’est une « peine » sociale. Quand je retire Jean-Michel de mes contacts Facebook et que je supprime son numéro de téléphone de mon GSM, il n’y a pas de conséquence légale. C’est juste que je trouve que c’est un gros con. Mais si j’affirme toujours que ce droit à l’apologie, morale ou amorale, devrait tomber sous le sens, je suis maintenant plus strict vis à vis de l’incitation au crime ou au délit, même dans le cadre de ma sacrosainte liberté d’expression : si Jean-Michel affirme « Va tuer Robert parce que c’est un homo » et qu’un déséquilibré l’écoute et s’exécute, ce déséquilibré devrait finir devant les tribunaux, mais Jean-Michel aussi.
Se pose ensuite la notion de proportion, et le type de peine encourue. Comme la légitime défense, je trouve qu’il faut raison garder, et que la peine doit être proportionnée aux actes. Même dans le cas d’une incitation flagrante au délit ou au crime (« Va tuer Robert! »), la personne principale à juger pour le crime lui-même est son auteur, et si je considère que l’incitateur devrait être puni par la loi, il faudrait que ce soit une peine d’intérêt général, ou juste une amende proportionnelle à la gravité du crime ou du délit, et du degré auquel cette incitation a été menée à bien. Foutre quelqu’un en taule pour quelque chose qu’il a pensé ou dit… quelle que soit le niveau d’horreur ou d’inconscience des propos, c’est juste complètement stupide à mes yeux (je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais c’est mon opinion personnelle, et sur ce point elle n’a pas bougé… Après tout tu viens ici pour connaître mon opinion, alors laisse moi aller jusqu’au bout, indigné lecteur, outrée lectrice). Dans un cas très particulier je peux reconnaitre un certain degré lorsque l’incitation devient un ordre, dans un système hiérarchique (ex : un général d’armée qui ordonne a ses hommes d’abattre Robert sans raison valable), et encore. Et encore. Nul n’est censé ignorer la loi, et un ordre contraire à la loi devrait être systématiquement ignoré par un subalterne, même à l’armée. Mais je n’ai jamais été très copain avec les militaires, et je pense qu’on ne se comprendra jamais sur ce point.
Tout ça pour dire. Pour dire que si j’ai trouvé le statut-éclair de Dieudonné complètement déplacé, pas drôle, et carrément de mauvais goût (et que le bisounours que je suis préfère croire qu’il s’en est rendu compte de lui même et que c’est pour ça qu’il l’a supprimé presque immédiatement), je trouve ça absolument effarant et lamentable qu’il ait été placé en garde à vue pour ça. On ne devrait jamais incarcérer quelqu’un pour une parole, aussi odieuse soit-elle. Mais je trouve encore plus lamentable que certains des « Charlie » d’hier, défenseurs de la liberté d’expression, crayon géant à la main, défilant dans les rues en chantant « liberté », se félicitent aujourd’hui de la peine encourue par l’humoriste, ou applaudissent virtuellement en apprenant que certains des jeunes et moins jeunes ayant ouvertement et cette fois sans doute possible applaudi les terroristes sur Twitter ou Facebook soient aujourd’hui recherchés et mis face à leurs propos devant la justice, sans voir combien leur propos est aujourd’hui à deux vitesses, ni voir la vitesse à laquelle ils ont changé leur fusil d’épaule lorsqu’ils ont dû faire face au côté obscur de la morale. Même si j’admet que – surtout pour les internautes mentionnés plus haut pour lequel aucun doute ni prétention comique n’est possible – au regard de la loi française, l’apologie de crimes étant punie, c’est tristement compréhensible de faire appliquer cette loi, même si je la trouve atterrante. Je trouve néanmoins terriblement cynique de voir cette loi appliquée dans le cadre du combat de la liberté d’expression, et de voir tant de gens réclamer de la prison plutôt qu’une amende. C’est « facile » de défendre la liberté d’expression de quelqu’un qu’on approuve ou qui est, tragiquement, devenue une victime d’un zélote avide de sang. Facile de s’indigner quand quelqu’un use de force pour faire taire quelqu’un d’autre, parfois de manière définitive. Mais c’est beaucoup plus difficile, et pourtant autrement plus important, de défendre aussi la liberté d’expression de ceux qui s’en servent pour dire des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, voire pour dire des choses odieuses, moralement indéfendables, voire criminelles (et d’utiliser plutôt son propre cerveau et son propre comportement pour donner une réponse intellectuellement juste à un ramassis d’excréments). Mais mon avis est clairement tranché (et si tu n’es pas d’accord, véhément lecteur, implacable lectrice, soit gentil de bien vouloir me jeter tes étrons fumants en pleine djeule si tu le souhaites, mais de ne pas me mettre en prison) : si vous vous prétendez un minimum intellectuellement cohérents, il ne peut pas, ou en tout cas il ne devrait pas, y avoir deux poids et deux mesures.
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(pour mémoire, voici un lien vers l’un de mes articles de 2009 sur le sujet, et un autre de 2010 avec une thématique similaire avec notamment un essai traduit de Neil Gaiman sur le droit de dire des choses horribles)
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La citation du jour: « Le blasphème est un droit extrêmement précieux »
La chanson du jour: Motorcycle Emptiness, Manic Street Preachers, « Living life like a comatose, ego loaded and swallow, swallow, swallow… Under neon loneliness, motorcycle emptiness, […] everlasting nothingness »
Même si vous avez parfaitement le droit de trouver que ma société idéale serait trop tolérante du droit de dire de la merde, la vie est belle !
Où est Charlie ?
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Sans déconner, tu le fais exprès, monde de merde ?
Je reste silencieux pendant presque deux ans, je reviens timidement, et en moins de deux semaines tu me balances le gros évènement de merde qui tape pile là où ça fait mal dans mes valeurs et dans ce qui compte pour moi ? J’aurais tendance à dire, « vaut mieux en rire », mais curieusement, là, j’ai le sourire qui a du mal a venir.
Je n’ai jamais été un grand « fan » de Charlie Hebdo. J’aimais beaucoup Cabu, et avec Wolinski c’était un peu du pile ou face. J’ai acheté Charlie seulement une fois dans ma vie, il y a quelques années, quand ils avaient sorti leur numéro spécial Mahomet « Charia Hebdo », pour soutenir la démarche de liberté d’expression dans l’indignation générale, à l’époque, certains media et politiques qui affirmaient qu’ils feraient mieux de s’abstenir, à l’époque (les mêmes, avides de temps-caméra, qui sont des « fans de la première heure » depuis ce matin), et les menaces d’attentat, déjà à l’époque. Parce qu’en général quand on fait du bruit, dans les media, et qu’on cherche à limiter la liberté d’expression (déjà TRÈS limitée, en France, malheureusement, contrairement à ce qu’on croit… Il y a toujours quelques dizaines de livres interdits à la vente, chaque année, et depuis quelques mois le droit de censurer des pans du web sous décision de l’Intérieur, sans avoir à le justifier, à le faire valider par un juge, ou ne serait-ce qu’à publier la liste pour savoir ce qu’on nous interdit de voir, au cas où ça ne serait pas légitime… que du bonheur !) j’ai tendance à soutenir la démarche inverse, à mon échelle (oui je sais, fervent lecteur, admirative lectrice, on ne dirait pas comme ça, mais mon échelle est tout de même réduite).
Sauf qu’aujourd’hui, les menaces ont été mises à exécution, et des détraqués au cerveau trop mal lavé d’intégrisme plutôt que de raison et d’humanisme ont fait une descente à Charlie pour y descendre, justement, une bonne partie de l’équipe, et agents des forces de l’ordre cherchant à les protéger ou arrêter les coupables. Cabu, Charb… Y’a pas de mots, bordel. Un acte totalement stupide, qui ne sert à rien qu’à donner plus de visibilité à un message que les fanatiques voulaient taire, qu’à attirer la haine par effet de bord sur une minorité déjà bien malmenée chez nous, qui ne sert à rien qu’à faire souffrir, et à vouloir faire peur. Manque de bol, ça ne fera probablement peur qu’à ceux qui avaient déjà peur, ceux qui ont tout aussi peu de culture ou de jugeote et qui ont l’amalgame facile.
Dans un monde libre et sain, on devrait devoir pouvoir tout dire, même ce qui dérange et ce qui blesse. SURTOUT ce qui dérange et ce qui blesse, parce que ça pousse à se remettre en question, toujours, tout le temps. Quand on est gêné, blessé, ou pas d’accord avec une idée, on se contente de l’ignorer (il y a déjà plein de gens qui non-achetaient Charlie, c’est facile, il suffisait de se non-abonner ou de non-aller au buraliste du coin pour le non-choisir sur l’étalage), voire au mieux, si l’on est convaincu de sa propre bonne foi, on y répond avec une idée contraire mieux argumentée, et on la défend, debout, avec la même conviction que ceux de Charlie gardaient en eux. Face à ce genre d’étron fumant de l’actualité, il ne devrait y avoir qu’une seule réponse, un mouvement qui fait bloc, des gens qui se rassemblent, bras dessus bras dessous, qu’ils soient blancs, blacks, ou bronzés, catholiques, musulmans ou pastafariens, croyant, athées ou agnostiques. A la mémoire de journalistes, de dessinateurs et de policiers abattus par des zélotes qui préfèrent la violence au dialogue.
J’aimerais croire à une belle réponse collective de la France, comme celle de la Norvège après la fusillade d’Utøya : « Nous ne devons pas abandonner nos valeurs face au terrorisme. La réponse à la violence est encore plus d’ouverture, plus de démocratie, mais pas de naïveté. ». J’aimerais y croire, naif lecteur, espérante lectrice. J’aimerais y croire, mais le cynique amer misanthrope qui se cache au fond de moi et à tendance à pointer encore plus fort le bout de son nez face à ce genre d’évènements est plutôt convaincu qu’après les manifestations timides de ce soir, la réponse française sera plutôt un renforcement de la « sécurité », quelques militaires qui paradent en famas pour faire plaisir à mémé, quelques caméras de surveillance en plus, une loi votée en urgence saccageant encore un peu plus de nos libertés individuelles au profit d’une illusion de sécurité ne trompant que les plus naïfs (ou les fanatiques politiques, dont certains ont au moins autant de mauvaise foi et d’aveuglement que les fanatiques religieux ou les Apple-addict), une recrudescence des anti-muslim et des anti-roms (ouais, je sais, rien à voir, mais vous allez voir qu’ils vont nous trouver un lien, dans le PMU du coin), des prêcheurs du « c’est toujours les islamistes les terroristes » (depuis 2009, sur 109 attentats en France, il y en a 5 par des islamistes. Moins de 5%, donc, mais ce sont ceux dont les media parlent le plus et le plus longtemps, ça fait vendre, plus qu’un attentat en Corse ou dans le midi…), et encore 10% de plus à la France Marron-Marine à la prochaine élection. J’aimerais me tromper. Mais j’en doute. Il suffit de voir, déjà maintenant, les commentaires des courageux anonymes d’internet dans les commentaires des articles traitant de l’affaire sur le Point, le Figaro, et autres remugles électroniques cachant la lie de la population française, la France de la mesquinerie, du rejet, et de l’intolérance, cette France qui grandit un peu plus chaque jour, chaque fois que les journaux remuent la merde, chaque fois qu’un Cabu se fait fusiller. Cabu, putain… l’un des premiers souvenirs illustrés de mon enfance est le nez immense et pointu avec lequel il avait immortalisé Dorothée.
Je termine cet article avec une citation de l’une des victimes, Charb, en 2012: « Je suis sous protection policière depuis un an, depuis l’affaire “Charia Hebdo”. C’est lourd au quotidien, surtout à Paris, d’être sans arrêt sous surveillance. Mais je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » La vie l’aura pris au mot. Fauché, avec ses collègues, par la vague nauséabonde de l’illettrisme et de l’intégrisme vicieux qui se repaît des esprits faibles pour en faire des moutons à tuer.
Fauchés, certes, mais comme ils l’avaient voulu : debout.
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La citation du jour: « J’peux quand même pas pleurer devant ma fille… »
La chanson du jour: Mourir pour des Idées, Georges Brassens, « Des idées réclamant le fameux sacrifice, les sectes de tout poil en offrent des séquelles et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand il les voit venir, avec leur gros drapeau, le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente »
Même si c’est le genre d’article qu’on aimerait ne jamais avoir à écrire, la vie est belle !
‘Pinouyirre, tout ça tout ça, le retour
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Poussiéreux lecteur, fossilisée lectrice, bonne année à toi!
Je sais que cela fait longtemps que je ne t’ai plus vraiment donné de nouvelles, mais on va faire comme si de rien, lève donc ton verre et trinquons. 2014 était bien partie pour être l’une des plus belles années de ma vie, le genre d’année magique à laquelle on repense lorsqu’on est vieux et fripé, tout ridé, à moitié paralysé dans un fauteuil, et quand les perspectives de sourires se cherchent en regardant derrière soi plutôt que devant. Que nenni ! Oui, il y a eu de très beaux et très intenses moments, notamment durant la première moitié de l’année, mais malheureusement contrebalancés par une descente aux enfers assez fulgurante durant les deux derniers trimestres. Au final, j’aurais tendance à dire que tout finit (toujours) par s’équilibrer, mais disons qu’en 2014, plutôt qu’un long fleuve tranquille, ma vie a plutôt ressemblé à ça:

J’ai touché le fond, en septembre dernier. Vraiment. J’ai même commencé à creuser. Et puis je me suis souvenu des paroles de Bill Hicks. « It’s just a ride« . Quand la descente va si vite et qu’on s’approche du sol avec le vent dans la figure, c’est difficile de ne pas hurler, surtout la première fois qu’on teste une telle descente. Et puis un jour, un déclic, on se rend compte qu’on est encore sur le manège, et que finalement, quelque part, tout a l’air déjà calculé, et on peut se dire que tout ira bien, et profiter du voyage. Ceux qui ont eu la chance de partager une ou plusieurs journées en ma compagnie dans un parc d’attraction (littéral, pas figuré) savent que j’ai un tic assez amusant sur les manèges à sensation : j’ai le fou rire. Certaines personnes ont peur, d’autres lèvent les mains, d’autres hurlent… moi je me bidonne nerveusement. Une journée réussie dans un parc pour moi, c’est quand j’ai mal aux abdos le soir. Du coup j’ai décidé d’utiliser ce tic aussi dans la vraie vie (dans le manège figuré, pour ceux qui suivent), et j’ai pu donner le coup de talon dont j’avais besoin pour rebondir.
Et j’ai rebondi. J’ai pu voir un certain nombre de choses qui avaient échappé à mon champ de vision dans ma vie, certaines choses que j’avais oublié et retrouvé avec plaisir, d’autres que je ne soupçonnais pas et que je m’évertue depuis à éradiquer, et enfin quelques bonheurs et quelques blessures cachés au fond, en général un peu emmêlés, et que j’ai décider d’assumer et d’accueillir les bras ouverts. Et tel le phénix, je me suis reconstruit brique par brique, comme je le fais toujours lorsque je trébuche et que je casse quelques bouts de moi. Au creux de la vague, je me suis fait bercer et porter par un torrent de soutien et d’amitié venu des quatre coins de France (et même ailleurs), avec une force que je ne soupçonnais pas, et sans ça je ne sais pas où je serais aujourd’hui. Tout comme je ne sais pas non plus où je serais sans ma meilleure amie et les soirées passées à se soutenir l’un l’autre quand nous n’avions que des larmes en guise de mots, même si à cause de ça je me retrouve maintenant à (re) (re) donner sa chance à Harry Potter auquel je suis pourtant allergique. Ça se paiera, jeune fille, ça se paiera !
L’une des choses que je suis le plus content d’avoir retrouvé en touchant le fond est l’une des raisons pour lesquelles je reviens ici. Pas l’écriture, non, je n’ai jamais cessé d’écrire. Mais l’amour littéro-narcissique de ce que j’écris. J’ai souvent dis (même ici) que j’étais au meilleur de mon écriture quand j’étais au plus mal dans ma vie, et force est de constater qu’il y a en effet un surplus d’émotions quand je vais mal qui arrive à couler de mes doigts sur la feuille ou l’écran, et qui me plait (j’ai toujours eu un faible pour les poètes maudits et les écrivains torturés). Mais maintenant que ça va mieux, (si si, inquiet lecteur, concernée lectrice, ça va mieux, promis !) je surfe encore sur cette vague où j’apprécie mes mots et j’ai bien l’intention de la mettre à profit. C’est ma seule et unique bonne résolution de 2015: produire, chaque semaine, 5 000 mots destinés à la publication. La majorité ira (normalement) dans les divers projets littéraires en cours (certains vieux projets en jachère dépoussiérés, d’autres plus nouveaux), mais je me laisse le blog comme porte de sortie pour avoir un autre moyen de m’exprimer sans forcément être à 100% dans ces projets là et néanmoins tenir ma résolution.
Alors voilà, heureux lecteur, fébrile lectrice, me revoilou. Je ne sais pas encore à quel rythme, ou sous quelle forme, mais en tout cas il est fort probable que je ne passe plus deux ans sans rien produire ici. Tu peux rebrancher ton flux RSS, ou me suivre sur Twitter ou Facebook. Après les heures les plus sombres de sa vie, et la renaissance tel l’oiseau mythique, le baron de Senquisse is back, baby!
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La citation du jour: « Mais comment je peux matcher avec des canons pareils ? »
La chanson du jour: Anything Could Happen, Ellie Goulding, « Letting darkness grow, as if we need its palette and we need its colour, but now I’ve seen it through and now I know the truth »
Même si y’a des hauts et des bas, la vie est belle !
‘il y a encore du monde…
1Visiblement il y a des gens qui guettaient la lumière en dépit de la poussière ici… On va y aller doucement, alors, et pas tout de suite attaquer avec de la poésie, un coup de gueule de société, un article politique, ou un compte-rendu des montagnes russes qu’ont été l’année 2014 pour moi… (Re)commençons simple, avec ce qui vient sans trop réfléchir : des comics.
Attends, attends, fragile lecteur, agacée lectrice, reste, même si tu n’aimes pas trop les comics, cet article est aussi fait pour TOI (*regard de lover, doigt tendu*)
Le petit monde des comics (de plus en plus petit, d’ailleurs, si l’on ignore les blockbusters annuels ou bi-annuels pondus par Marvel Studios ou DC et le gazillion de séries à thème « comic books » qui fleurissent sur toutes les chaines (américaines) depuis quelques années. Le sexisme parfois profondément ancré dans certains titres (et certain fans…), les histoires répétitives, la difficulté pour un néophyte de naviguer sans clefs dans les vastes multivers Marvel et DC découragent aisément toute curiosité si elle ne se double pas d’un grand pavé de motivation. Pourtant, chaque génération, un héros se lève pour la justice une série sortie de nulle part est magnifiquement bien écrite, équilibrée, accessible, et sert de point d’entrée dans le monde des fascicules mensuels illustrés pour des milliers de nouveaux fans. L’exemple le plus frappant est sans doute le Sandman de Neil Gaiman à la fin des années 80, qui apporta tout un nouveau public (et pour la première fois sans doute, un public avec une part représentative de lectRICES) dans les échoppes mal éclairées habituellement réservées aux geeks et social outcasts débattant de la taille du MARTEAU de Thor, et remplaçant l’éléphant et l’hippopotame par Superman et Spider-Man dans l’éternel jeu du « qui c’est le plus fort ». Il y en a eu d’autres. Citons notamment le merveilleux Locke & Key de Joe Hill ces dernières années (série maintenant terminée et disponible en recueils, en VO comme en VF pour les quelques anglophobes parmi vous).
Curieux lecteur, intriguée lectrice, laisse moi te présenter le Sandman des années 2010 :
Ceux qui ont la chance, le privilège, que dis-je ? L’HONNEUR de me fréquenter dans la vraie vie m’auront sans doute déjà entendu dire beaucoup de bien de cette fabuleuse saga de Kieron Gillen, « The Wicked + The Divine ». Cette série est absolument fantastique, et je la recommande chaudement à… bah à tout le monde, en fait. Sauf si vous n’aimez pas lire et que vous n’avez aucune culture, mais dans ce cas, qu’est-ce que vous foutez ici, déjà ? BREF. Cette série cumule tous les bons points. Elle n’est pas sexiste, elle ne nécessite aucune « pré-lecture » de 70,000 pages, les personnages sont tous travaillés avec soin et détail, et c’est bourrés de clins d’oeil et de références à la pop culture. Pour apprécier « WicDiv », nul besoin d’avoir appris par coeur tout le passé de Spider-Man ou de savoir comment Superman réussit à se changer maintenant qu’il n’y a presque plus de cabines téléphoniques, il suffit d’être vivant et d’être un minimum sorti (ou d’avoir regardé la télé/internet) dans sa vie.
Tu vas me dire, « Bon, l’accessibilité, les références, c’est sympa mon baron, mais de quoi ça parle ? » Et tu auras raison. Laisse moi te vendre le pitch. La légende veut que tous les 90 ans, « Le Panthéon » s’incarne dans des mortels. Le Panthéon, ce sont 12 dieux/divinités/assimilées, toutes tirées de mythologies variées (du Lucifer chrétien à la Morrigan irlandaise en passant par Baal ou Amaterasu), qui – toujours selon la légende – disparaissent ensuite mystérieusement au bout de deux ans. C’est bien beau, les légendes, dans le passé, quand on doit se fier aux récits oraux ou à des livres obscurs, sauf qu’à la fin du dernier cycle de 90 ans, on a fini par arriver en 2014, dans une période remplie de caméras de surveillance, de stars, et de smartphones. Donc forcément, la légende devient sacrément plus tangible. Les divinités du panthéon ne gèrent pas tous cette époque de la même manière. Certains restent dans l’ombre, d’autres montent des sociétés secrètes, d’autres deviennent chef d’entreprise, jusqu’à Amaterasu qui devient peu ou prou la nouvelle Britney/Miley du moment. Le lecteur suit l’histoire de ce panthéon à travers les yeux d’une simple mortelle fan de cette dernière, et qui se retrouve mêlée aux déboires de certains membres du panthéon. Quels déboires ? Menacée par un sniper, devant témoin, Lucifer (une splendide androgyne ressemblant à un croisement entre Annie Lennox et David Bowie période Thin White Duke) claque des doigts et fait exploser la tête du dit sniper. S’en suit un procès rocambolesque ou ni le juge, ni les jurés ne savent sur quel pied danser. Si on l’accuse, c’est que l’on croit en la magie et aux miracles, et dans ce cas, de quel droit accuse t’on un dieu ? Et si l’on n’y croit pas, de quoi l’accuse t’on exactement ? Pour montrer l’absurde de la situation, Lucifer demande, avec beaucoup d’humour, si le juge aurait peur qu’elle claque des doigts, là, maintenant, tout de suite, droit dans les yeux. Visiblement, oui… « Lucy » veut désamorcer la situation par l’absurde, et claque des doigts, affirmant qu’il ne se passera rien.
La tête du juge explose.
Gros plan sur Lucy, bouche bée, qui ne s’attendait pas à ça.
Scene.
Pour moi, ce pitch est le meilleur premier numéro de comics depuis LOOOOOOOOOOONGTEMPS, avec un putain de cliffhanger, et le mieux ? C’est que ça continue, de numéro en numéro, et que ça ne faiblit pas d’un pouce. Franchement, si ça ne vous donne pas envie de lire le truc, même par curiosité, je rends mon tablier ! (ou alors c’est que vous n’êtes vraiment pas fait pour les comics)
Vous pouvez trouver The Wicked + The Divine dans tous les bons marchands de comics, ou l’acheter en version numérique sur votre app préférée (Comixology ou autres). Si vous voulez entendre d’autres avis que le mien, j’ai bassiné les copains du Comics Outcast (bon, OK, surtout Eric) pendant des SEMAINES, et quand ils ont fini par le lire, ils ont visiblement tous adoré. Vous pouvez écouter leur podcast (le numéro 5, donc) en cliquant sur l’image juste en dessous.
La citation du jour: « Je vais la ligoter au dessus de la baignoire »
La chanson du jour: Station to Station, David Bowie, « The return of the Thin White Duke, throwing dart in lovers’ eyes »
Même si c’est terrible d’attendre un mois entre chaque numéro, la vie est belle !
*cough cough cough*
2Eh bien, y’a beaucoup de poussière ici…
*prend une grand inspiration*
*****
La citation du jour: « Coucou ! »
La chanson du jour: Home Again, Blackmore’s Night, « Dancing in the moonlight, singing in the rain, oh, it’s good to be back home again! »
Même s’il ne doit plus rester grand monde ici pour voir ce micro-article, la vie est belle !
‘accuser tout le monde de misogynie ?
1
Avant de commencer le fond de cet article, je me dois par honnêteté intellectuelle de préciser que je dispose d’un pénis et d’une paire de testicouilles ce qui, malheureusement (ou pas) risque de décrédibiliser le contenu de mon message aux yeux de certaines militantes féministes (qui ne représentent fort heureusement pas la majorité des féministes, mêmes si elles sont très présentes médiatiquement).
Ce matin, comme tous les matins, je commence ma journée par un tour d’horizon des media et de ce qui se passe dans le monde. L’une des news qui tombe sur mon plateau petit-dej entre ma pomme et mon bol de céréales est si aberrante qu’elle est à la limite de me faire arracher les cheveux. Je peste, la bouche pleine de pétales de mais et de pépites de chocolat, je m’indigne, je retweet. Je ne détaille pas encore cette news pour l’instant pour ne pas gâcher la surprise, j’y reviendrai plus tard, je pose juste le décor (ouais, t’as vu, béat lecteur, impressionnée lectrice, je suis le Spielberg de l’article de blog).
Puis je commence ma journée de bouquinage travail en gardant un oeil sur Twitter.
Et je tombe soudain sur un gazillion de tweets sur un journaliste misogyne ayant agressé une ministre en lui demandant si elle était ministre parce qu’elle était jolie. 95% des tweets reprennent en intitulé le titre de l’article qu’ils link : « Misogynie bonjour : êtes-vous ministre « parce que vous êtes une belle femme » ?« . En lisant les tweets et le titre de l’article, je trouve en effet la question absolument SCANDALEUSE, déplacée venant d’un journaliste professionel, et complètement malpolie.
Puis, j’ai cliqué sur le lien.
Surprise, je me rend compte que cet article et celui ayant failli me faire cracher des bouts de pomme à moitié mâchés ce matin ciblent la même personne… En l’occurrence, la ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique : Fleur Pellerin. Du coup, je relis attentivement l’article sur la misogynie que, j’avoue, j’avais uniquement survolé (mais j’ai une excuse, comme dit plus tôt j’étais en train de bouquiner travailler), et j’écoute l’interview de ce matin et la fameuse question… jusqu’au bout. Et là je me rend compte que les retweets (et le titre de l’article) tronquent une partie de cette question. Ce qu’à demandé le journaliste (de bout en bout) est « Savez-vous vraiment pourquoi vous avez été choisie ? Parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité ? Parce que vous appartenez à une minorité peu visible ? Que vous êtes la preuve de ce qu’est une adoption réussie ? Que vous êtes un signal fort donné aux marchés asiatiques ? Peut-être aussi parce que vous êtes compétente ? Est-ce que vous le savez vraiment ?« . A la première question, on se dit qu’il est misogyne. A la seconde, on se dit qu’en plus, ce con est raciste. Et quand il parle d’adoption réussie et de signal aux marchés asiatiques, on hallucine pendant trente secondes, on se demande ce qu’il a fumé, on se dit que sa question est ABSURDE…
Et là, quand on réfléchit trente secondes, ça fait tilt. Oui, c’est une question absurde. Qui en devient du coup, après réflexion, légitime. En effet, je reviens au début de mon article (tu as vu, assidu lecteur, patiente lectrice, Spielberg, je te dis) parce que l’article qui m’a fait bondir ce matin concerne aussi Fleur Pellerin, et ses déclarations d’hier sur la neutralité du net. Vous pouvez les retrouver dans cet article ==> « Fleur Pellerin annonce la mise à mort de la neutralité du net« . Dans cet article, et dans ses déclarations d’hier aux rencontres de Petrarque, on voit que la ministre ne maitrise absolument pas l’un des dossiers majeurs de l’économie numérique du moment (la neutralité du net, donc), qu’elle se trompe intégralement sur la définition de ce concept (pour le ministre qui doit travailler dessus, ça fait tache) et que là encore, en conséquence, elle semble n’être qu’un pantin fantoche agité devant les caméras et avec le tampon « Made in Government » pour faire propre, mais dont le discours est dicté par les intérêts économiques des gros acteurs industriels français, aux dépens du consommateur et du bon sens. En gros, elle démontre que (comme certains de ses prédécesseurs de droite, hein, pas de teinte partisane de ma part ici, c’est juste que plus ça « change », plus c’est la même chose) c’est une ministre qui ne maitrise absolument pas les concepts du ministère qu’elle représente, et par conséquent il est logique de se poser des questions quant à sa légitimité et sa compétence. Et ça, c’est lié uniquement à ses DÉCLARATIONS, pas à son sexe, son origine, sa religion, ou la marque de ses sous-vêtements.
Que la question du journaliste soit maladroite, je suis le premier à l’admettre. A sa place, j’aurais probablement commencé par les éléments les plus IMPROBABLES à toute question sérieuse (genre le signe aux marchés asiatiques), ou j’en aurais fait 3 caisses de plus (« Parce que vous vous appelez Fleur et que le premier ministre adore les bouquets ? Parce qu’il ne restait plus que ce ministère quand les postes ont été distribués au hasard ? »), mais il semble évident que ce que cherchait surtout à faire ce journaliste, c’était de mettre en question l’incompétence de son interlocutrice au vu de ses déclarations de la veille. Très, très, très maladroitement. D’autant plus que, lourdement partagé sur les réseaux sociaux, ce buzz négatif en vient à totalement noyer l’autre information liée à l’intéressée qui avait commencé à tourner dès hier, et qui me semble autrement plus grave et « digne d’indignation »… Masquer une information grave et inquiétante en faisant beaucoup de bruit sur autre chose ? Attaquer la forme pour surtout, SURTOUT faire oublier le fond ? Check. Ça me rappelle les années Sarko… Et j’avoue que quand je vois une élue de la majorité réclamer la tête du journaliste, ça me fait froid dans le dos et je trouve ça indécent, beaucoup plus indécent que sa maladresse.
A quand un monde où les postes seront distribués en fonction des COMPÉTENCES des candidats, et où les gens seront jugés sur leurs déclarations et leurs actes, indépendamment de leur sexe, de leur couleur, de leurs croyances, de leur orientation sexuelle, ou de leur image ? On peut toujours rêver…
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La citation du jour: « Il faut savoir que quand le sein pousse, le téton gratte ! »
La chanson du jour: As I roved out, Loreena McKennitt, « And who are you, me pretty fair maid, and who are you, me honey? »
Même si j’en connais une paire qui ne vont pas aimer cet article, la vie est belle !
Le mec qui lisait des comics
2
Que l’on considère ou non que cela soit un élément essentiel de notre Moi, quelque chose qui nous définit et aide à la construction de notre identité, une immense majorité d’entre nous possède au moins un hobby plus ou moins ostentatoire et connu de notre entourage plus ou moins proche. Si pour ma part beaucoup savent que je pratique les jeux de rôles (sur table) et que j’aime les jeux de combats sur ma PS3, si la lecture de classiques et de romans fait presque partie de mon métier, et donc hors concours, je pense que l’un des hobbies qui me définit le plus au sein de mon cercle de relation est que je suis « le type qui lit des comics« .
Je suis tombé dans le monde des comics américains lorsque j’avais quatre ans, et à part un petit break pendant ma crise de pré-adolescence, cela a été une passion non-stop dans ma vie. A l’heure actuelle, si je revendais ma collection à sa valeur estimée, je pourrais presque rembourser l’intégralité du prêt immobilier avec lequel j’ai acheté ma maison. Je dépense, chaque mois, entre 100 et 200 euros de comics neufs. Et je rachète régulièrement d’anciens numéros et des pièces de collection.
Et pourtant, depuis quelques mois, je remet un peu en question ce hobby qui est le mien. Si j’apprécie toujours la lecture des comics et si je connais mieux la vie de certains personnages que celle de certains membres de ma famille, les évolutions « politiques » du media américain et les choix commerciaux guidant leur ligne éditoriale ont de plus en plus tendance à me prendre à rebrousse-poil et à me rendre frileux du portefeuille. Ou, plus précisément, les décisions éditoriales de Marvel Comics me donnent de plus en plus envie de vomir, et en tout cas de ne plus les soutenir avec mes deniers (pour info, mes dépenses en comics Marvel représentent actuellement 70-75% des 200 euros mensuels sus-cités).
Des éditeurs de comics, Marvel a toujours été le plus « pognon-centrique« , parfois (souvent) aux dépens de leurs propres créateurs (cf Kirby et les autres, l’absence de clin d’oeil aux créateurs – sans même parler de petit chèque ! – dans les dernières superproductions hollywoodiennes ayant toutes rapporté des MILLIONS de dollars), et cette tendance va en accélérant depuis dix ans, sans doute par peur de la faillite après avoir frôlé la banqueroute dans les années 90.
Néanmoins depuis un an en moyenne, cette tendance s’accélère encore, comme si nous avions atteint un certain point de non-retour dans une courbe à croissance exponentielle. Les prix de la majorité des titres ont été gonflés d’un dollar. Une hausse représentant +30-35% par fascicule par rapport au prix précédent. Comme si cela ne suffisait pas, la plupart des « gros » titres (Avengers, X-Men, et leurs nombreuses séries dérivées) sortent maintenant à un rythme quasi bimensuel, nous sommes passés de 12 à 20 numéros par an. Si la qualité des histoires le justifiait, passe encore, mais là, la plupart des séries sont passées d’un budget mensuel de 3 euros à un budget mensuel de 8 euros pour des histoires devenues horriblement diluées par le nombre de pages, répétitives, et aux dialogues discutables. Il y a toujours d’excellentes séries (Invincible Iron Man) ou séries limitées (Children’s Crusade, ou Punisher MAX, énorme et agréable surprise alors que je ne suis pas particulièrement fan du personnage) mais ce sont malheureusement devenues de rares exceptions plutôt que la norme. Même les auteurs « stars » de chez Marvel (Fraction, Bendis, Brubaker…) produisent maintenant tellement de pages par mois que leur écriture est devenu mécanique et lisse, insipide dans 9 comics sur 10 qu’ils produisent.
Autre chose qui me chiffonne, Marvel tente de surfer sur le succès de leurs films en tordant la continuité de leur univers papier pour que ce dernier se conforme plus à celui des blockbusters hollywoodiens. Si le changement du costume iconique de Hawkeye est déjà très mal passé, c’est leur pirouette absolument débile pour introduire dans l’univers Marvel « normal » un Nick Fury black, borgne, ressemblant à Samuel Lee Jackson pour replacer le « vrai » Nick Fury, et avoir le culot de l’appeler AUSSI… « Nick Fury »… qui a été la goutte d’eau de la crédibilité.
Bref, face à ce constat, depuis plusieurs mois je suis tiraillé entre l’envie de « sanctionner » Marvel pour leurs choix débiles, de ne plus dépenser d’argent pour soutenir une entreprise dont je désapprouve les choix, et mon côté collectionneur qui ne veut pas mettre un terme à certaines séries que je suis fidèlement depuis plus de 25 ans.
Et puis, « Marvel NOW! ».
Il y a un an, DC Comics a lancé une bombe dans le milieu en se servant de leur gros évènement en date, « Flashpoint », pour remettre à zéro (ou presque) leur univers. Ce n’est pas inhabituel pour DC, abonné depuis les années 80 et le fameux « Crisis on infinite earth » à ces méga crossovers chamboulant leur continuité. En revanche, ce qui a changé, c’est leur manière de le gérer, en remettant TOUT à plat et en recommençant au numéro 1 l’intégralité de leurs séries, y compris les iconiques et « increvables » Batman, Superman, Action Comics et Detective Comics. Ce coup de poker a porté ses fruits, tout le monde en a parlé dans les media, de nombreux anciens lecteurs sont revenus (avec QUELQUES nouveaux lecteurs, mais malheureusement pas beaucoup) et DC a pour la première fois depuis loooooooongtemps repris la tête des ventes (et du buzz!) à Marvel. Et si, à titre personnel, j’ai été déçu de la disparition de certains titres ou personnages (Stephanie Brown!!!), je dois reconnaitre que la qualité des productions est largement au dessus de celle des titres pré-Flashpoint, et que l’essai a été transformé pour la plupart des séries et des personnages.
Du coup, un an plus tard, ça ne rate pas, après diverses tentatives ratées de Marvel de reprendre la tête du buzz (la fin injustifiée et incompréhensible d’Uncanny X-Men par exemple), les studios lancent « Marvel NOW! » où, sur trois mois, la plupart des séries phare du groupe (Captain America, Avengers, Iron Man, Thor, Fantastic Four, et même le nouveau titre Uncanny X-Men lancé il y a moins d’un an, que c’est intelligent!) vont être arrêtées et relancées avec un numéro 1 et une adaptation de la continuité. Oh, tiens, ça me rappelle quelque chose. Sauf que là où l’initiative de DC comics était culottée et EXACTEMENT ce dont le marché avait besoin l’an dernier, Marvel NOW! apparait comme une tentative a peine voilée de surfer sur le succès de DC d’un ensemble de créateurs qui ne sait plus quoi faire pour se rendre intéressants.
Marvel NOW! aura donc tranché pour moi et me fournit une excuse pour faire ce que je n’osais pas faire : arrêter de leur donner tant d’argent pour des productions de qualité médiocre et des gimmicks tire-pognon. Je ne rachèterai aucune des nouvelles séries relancées, et je vais en profiter pour arrêter également la plupart des autres. Je vais concentrer mon budget comics sur les productions de qualité de chez DC comics ou des autres indépendants qui ont certainement plus besoin de mes deniers que Marvel (pour qui de plus en plus l’activité papier n’est plus qu’un « tremplin à films » plutôt qu’une véritable oeuvre de divertissement à part entière). Une page se tourne, Marvel c’est peut être « NOW! », mais ça sera now sans moi.
*****
La citation du jour: « Ça manque de cimetière, là, dans le jardin, tu ne trouves pas ? »
La chanson du jour: Want it back, Amanda Palmer, « Hearts on a string like an older fashioned phone can »
Même si ça me fait quand même un peu mal au coeur, la vie est belle!
Il faut un début à tout…
2
Quel que soit le résultat du second tour de la présidentielle, demain 6 mai 2012, on pourra dire que cette élection aura marqué les esprits. Entre échanges plus ou moins musclés des militants de l’un et l’autre bord sur les réseaux sociaux, Twitter en tête, entre montages et vidéos diverses pour défendre son poulain (ça, c’était plutôt Facebook), l’élection aura également amené un sur-décryptage de chacun des meetings des candidats presque en temps réel, là où la télévision restait la source principale d’informations et d’analyses ne serait-ce qu’en 2007 pour la majorité des électeurs. On peut également dire que cette élection aura marqué un nouveau stade atteint dans les coups bas et les attaques déplacées sur les candidats, leur physique, leur famille, leur famille politique, leurs contacts, et leur passé, bref, tout plutôt que leur programme.
Vous le savez si vous me fréquentez dans « la vraie vie », sur Twitter, ou tout simplement si vous avez lu l’article Démocratie Imparfaite du 2 février ici même, pour le second tour de l’élection j’avais l’intention de m’abstenir, le vote blanc n’étant toujours pas plus reconnu dans le score final (et donne plus de boulot aux gens qui ouvrent les bulletins, pour rien), et refusant de choisir entre Charybde et Scylla, entre la peste et le choléra, entre celui qui allait ruiner la France et celui qui allait faire un Etat du tout sécuritaire à la limite du totalitarisme.
Sauf que ça, c’était avant. Avant le premier tour, donc, les quasi 20% du Front National (lamentable, mais peu étonnant), et surtout avant la modification d’entre deux tours du programme et du discours de Sarkozy. Voyant dans les voix du FN son seul espoir de victoire pour une élection considérée comme pliée par les media et les sondeurs, nous avons assisté sous les conseils de Patrick Buisson à une extrême-droitisation du candidat UMP. J’ai déjà dit ici maintes fois combien je trouvais qu’à part certains (Juppé, Barouin, Borloo…), beaucoup des cadres de l’UMP semblaient avoir oublié ce qu’étaient censées être les valeurs de la « droite » (= liberté individuelle comme valeur principale) pour faire leur contraire, le tout sécuritaire, quitte à ce que Benjamin Franklin se retourne dans sa tombe. Là, depuis le premier tour, meeting après meeting, discours après discours, Sarkozy s’est muté d’un candidat de « droite ayant oublié ce que sont les valeurs de droite » en candidat d’ « extrême droite s’étant trompé d’étiquette pour son parti ». Reprise verbatim de certaines théories développées par un dictateur allemand tristement célèbre du XXème siècle (la frontière comme « espace vital« , c’était à Longjumeau, quelques mois après avoir déclaré que « c’est par le travail qu’on devient libre« , paraphrasant la devise d’un camp bien connu dudit dictateur, ou faisant des meetings aux relents Pétainistes), des clips de campagne dont plus de la moitié du temps imparti est alloué à « y’a trop d’immigrés en France, on a accueilli trop de monde, on va diviser ça par 2 » (au karcher?), menace antieuropéenne de fermeture des frontières, amalgames indécents suggérant pendant le débat de mercredi dernier que tous les étrangers sont des musulmans et qu’ils sont dangereux, et le double langage d’une transparence insultante pour toute personne ayant plus de 2 de Q.I. consistant à dire qu’il n’y aura aucun accord avec le FN, tout en modifiant son programme pour y ajouter des mesures copiées collées mot pour mot du site de Marine Le Pen comme la présomption de légitime défense pour les policiers.
Jour après jour, on a vu les plus modérés de l’UMP (ceux qui devaient se souvenir qu’ils étaient de droite, malgré leur parti) devenir de plus en plus silencieux. Certains se sont même affirmés comme « dissidents », quitte à se faire remonter les bretelles en interne. Et jour après jour, le discours de l’actuel président se faisait de plus en plus dur. Aujourd’hui, à la veille du scrutin, il faut se rendre à l’évidence : le second tour ne sera pas un combat de la « droite » contre la gauche, mais bien un duel gauche/extrême droite, en dépit des étiquettes, triste miroir déformant de ce second tour de 2002. Face à cela, il n’y a pour moi aucun autre choix pour tout électeur de DROITE (et je dis bien de droite, pas « UMP »), démocrate et amoureux de liberté mais surtout d’un état républicain : se pincer le nez, et aller voter Hollande. Je comprends maintenant amèrement le sentiment qui a dû être celui des gens de gauche qui sont allés voter Chirac en 2002 pour faire barrage à Jean-Marie. La campagne de Sarkozy a été tellement odieuse qu’il mériterait un score tout aussi humiliant que celui de l’ex-leader du FN pour cette page sombre de l’histoire de France. Cela n’arrivera pas, malheureusement. Je me contenterai, je l’espère, d’une défaite.
Sarkozy récolte ce qu’il a semé. Je sais que je ne suis pas le seul qui, initialement décidé à s’abstenir (voire, pour d’autres, décidés à voter pour lui), a changé d’avis face à cette campagne nauséabonde, cette vague brune au sein du parti majoritaire, et a décidé d’aller voter contre. Car ne vous méprenez pas : je reste de droite. Je suis convaincu que la politique économique de Hollande va être une catastrophe pour le pays si elle est appliquée telle qu’elle est décrite dans son programme. Mais – et j’en suis le premier surpris – il semble qu’il me reste un minimum de morale humaniste personnelle au dessus de mon propre bon sens, car il y a des idées qui, remuées, sont tellement nocives et délétère que leur faire barrage justifie TOUS les sacrifices, même un risque de ruine économique pour le pays. En 1987, du temps du RPR, Michel Noir avait écrit dans Le Monde cette phrase célèbre : « Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme. » Comme l’a très bien souligné Renaud Dely dans le Nouvel Observateur, Sarkozy est en passe de réussir les deux. Il a trahi les siens et déshonoré toute une partie des gens de droite qui vont maintenant, par amalgame, se retrouver associés à ces idées puantes.
La leçon à tirer de tout cela est qu’il n’est pas forcément une bonne idée de se rouler dans la merde pour attirer ceux qui aiment voter pour des idées qui puent (car oui, il n’y a rien de plus nauséabond que le populisme du rejet de l’autre, de la politique du bouc émissaire, et du jeu de la peur des différences pour apparaître comme un sauveur). Même les soutiens traditionnels de la droite ont massivement fait bloc contre cette dérive, avec les interventions successives des deux têtes politique du centre-droite, Douste-Blazy et Bayrou. Face à ces déclarations, certains des petits soldats FN à l’étiquette UMP s’étonnent, s’en plaignent, et s’affirment scandalisés que Bayrou ait « viré à gauche ». Calcul politique ou aveuglement ? Il est évident qu’ils n’ont pas « viré à gauche » (Bayrou ayant même expliqué qu’il serait membre d’une opposition farouche à Hollande en cas d’élection) mais Sarkozy qui a viré tellement à l’extrême droite qu’il est devenu incompatible avec un vote républicain. J’aurais aimé voir Juppé faire une déclaration similaire à celle de Bayrou, se souvenant de la ligne de conduite morale exemplaire de Chirac vis à vis de la vague brune. J’avoue que son mutisme et son approbation tacite de cette ligne Sarkopeniste m’a beaucoup déçu, et j’ai maintenant du mal à continuer à le voir comme celui qui pourrait sauver la droite.
J’ai discuté avec beaucoup de militants UMP continuant à soutenir « visiblement » Sarkozy durant l’entre deux tours. Neuf sur dix en moyenne m’ont tous tenu le même discours en « off » : Sarkozy déconne, le virage extrême droite est puant, mais c’est « juste » stratégique, il ne peut pas gagner sans les voix du FN, c’est un mauvais moment à passer, de toutes façons il n’appliquera jamais cette politique, et c’est le seul moyen de sauver l’économie française. Peut-être, oui. Mais sauver l’économie ne justifie pas TOUS les sacrifices. Et quand bien même le président-bis Sarkozy serait différent du candidat-bis Sarkozy, rien que cette campagne, en cas de victoire, serait une approbation tacite des thèses nauséabondes du FN. Ce serait les justifier, voire les rendre légitimement moralement défendables, surtout aux yeux des militants les plus défavorisés, les moins éduqués et les plus malléables, les proies rêvées des populismes divers. Et rien que cette approbation tacite est déjà de trop, même si le contenu n’était jamais appliqué. Le mal est fait. Et il n’aura, probablement, servi à RIEN.
Bref, tout ça pour dire que demain, pour la première (et je l’espère la dernière) fois de ma vie d’électeur, je vais aller voter délibérément à gauche. Non, je ne suis pas un gauchiste. Oui, je suis de ceux qui sont convaincus qu’appliqué tel quel la politique économique de Hollande peut transformer la France en nouvelle économie grecque. Mais comme l’a dit avec brio Julien Crouzet (un autre militant UMP ayant choisi de dire non à la vague brune et d’appeler à voter Hollande demain), je préfère que la France devienne une autre Grèce plutôt qu’une autre Autriche. L’économie est capitale dans un pays. Mais pas au prix de son honneur, de sa morale, et d’une quelconque approbation du petit racisme ordinaire. Et puis soyons fous, espérons que ces 5 ans de gauche permetront au moins de faire quelques avancées essentielles que la droite semble trop frileuse (ou trop gangrénée par certains de ses conservateurs extrémistes du catholicisme comme religion d’Etat) pour prendre, comme le mariage gay, l’homo-parentalité, l’indépendance de la justice, le transfert du problèmes des stupéfiants du pénal à la santé publique. Et dans 5 ans, espérons, un retour a une vraie droite qui n’oublie pas que les seules frontières qui comptent sont les frontières de la morale humaniste sur lesquelles Sarkozy semble prompt à déféquer et pour lesquelles il ne veut pas abroger Schengen.
Gens de gauche ? (Si si, je sais qu’il y en a au moins deux qui me lisent) Ne croyez pas cette élection pliée. Ne faites pas l’erreur de sous estimer le racolage des idées nauséabondes. Demain, votez en masse pour votre poulain, ne restez pas chez vous en pensant que c’est de toutes façons gagné d’avance.
Gens de droite ? De la VRAIE droite ? Si vous vous rappelez que la droite, c’est la liberté individuelle, l’ouverture des frontières et des marchés, la tolérance plutôt que le rejet, alors demain vous ferez comme moi (et comme les gauchistes en 2002). On se met une pince à linge sur le nez, on se rappelle qu’il y a des valeurs morales sur lesquelles on REFUSE de s’assoir, et on met un bulletin Hollande dans l’enveloppe, pour faire barrage à la vague brune et à ce candidat désespéré et désespérant qui nous salit, nous injurie en se prétendant de droite et en défendant une politique d’extrême droite. On envoie un message fort aux acteurs de la droite républicaine que même nous, on ne mangera pas de ce pain là. Et pendant les cinq années qui vienne, on donne de la voix pour freiner Hollande (s’il est comme je l’espère élu) dans ses délires budgétaires, et on reconstruit une opposition forte, mais républicaine et PROPRE.
Gens d’extrême droite déguisés en gens de droite et portant une carte UMP ? Récoltez, je l’espère, les fruits de ce que vous avez semé. Vous avez perdu votre honneur et votre âme. Je n’ai jamais autant souhaité vous voir perdre l’élection.
J’espère que demain m’apportera cette victoire amère du candidat de gauche.
NON À LA VAGUE BRUNE.
*****
La citation du jour: « C’était entre le cul de la poule et la mimolette donc c’était difficile à retenir. »
La chanson du jour: Porcherie, Bérurier Noir, « La jeunesse emmerde le Front Nationale ! La jeunesse emmerde tous les Nazis ! »
Même si ça me fait un peu mal au cul d’aller voter délibérément à gauche demain, la vie est belle !
Méluche président!
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Si vous suivez régulièrement mes petites larmes nocturnes (ou tout du moins mon Twitter, vu qu’en ce moment, des larmes nocturnes, je n’ai pas vraiment le temps d’en écrire), vous n’êtes pas sans savoir que depuis plusieurs mois je suis dans l’errance politique vis à vis de mon vote du premier et du second tour de l’élection présidentielle qui nous tombe avec imminence sur le coin de la djeule. Jadis résolument de droite et libertaire, j’étais assez… navré, dépité, désolé, de ne voir aucun candidat répondre vraiment à mes aspirations politiques (et si j’en vois un dans l’assistance pour prétendre que Sarkozy est de droite, je vous envoie au coin avec le bonnet d’âne et comme punition une dissertation en trois copies doubles minimum expliquant comment selon vous un candidat militant et agissant pour Hadopi, Loppsi, ACTA, les peines plancher, et le fichier biométrique des gens honnêtes peut correspondre à un programme de droite dont la valeur principale est, rappelons le, la liberté individuelle.)
Bref, libertaire et désabusé, je ne savais pas vraiment pour qui voter, si ce n’est pour ce candidat de mes rêves, « Déménagement 2012« , dont le programme est la fuite de ce pays si joli et à la culture jadis si forte devenu aujourd’hui une usine à intolérance, à repli sur soi, à rejet de l’autre, et à la PEUR d’autrui. A quoi bon la justice, quand on a la vengeance. Ma seule certitude était, quoi qu’il arrive, de ne pas vouloir voter Sarkozy. Cinq ans, j’ai déjà donné.
Fort heureusement pour moi, j’ai la chance d’avoir dans ma timeline Twitter – entre deux Sarkozystes et trois pro-Hollande (et un quatrième pro-Hollande aussi, mais pas le même, c’est juste un fumeur de cannabis) – un couple d’amis ayant été si radicalement convaincus par les discours du candidat communiste à la mode (enfin, à la mode partout sauf à la télé, il parait qu’il est boudé, mais moi je m’en fiche, je n’ai plus la télé depuis 2004) qu’ils sont devenus tout deux une espèce de couple-sandwich (comme un homme sandwich, mais en couple) du candidat du front de gauche. Front de gauche ! « Pensez vous, un communiste ! » tremblait déjà le libertaire capitaliste que je suis j’étais. J’ai même été personnellement prompt aux trolls à leur égard pour les taquiner pendant quelques semaines, la demoiselle du couple étant une ancienne de droite convaincue avant de virer récemment de bord (mais gentil lecteur, aimable lectrice, ne lui en veut pas et pardonne lui, elle ne sait pas ce qu’elle fait : elle a cru, comme 99% de la France, que la droite, c’était ce que représentait Sarkozy).
Et puis j’ai décidé d’arrêter la critique facile et de réfléchir, un peu. De lire VRAIMENT le programme de ce Méluche dont ils me vantaient les mérites. D’écouter avec intelligence et attention ses 9 meetings par jour enregistrés et retweetés par le couple, postés sur leurs murs Facebook (et, je suppose, sur Google +, mais étant malheureusement pour moi quelqu’un de civilisé, Google + est un endroit que je ne fréquente pas, donc je ne peux pas vérifier).
Et là, le déclic.
En quelques minutes de parole, le candidat du peuple m’avait convaincu. J’affirme donc maintenant avec force et conviction : OUI, je vais voter Mélenchon au premier tour (et, croisons les doigts, au second !). Parce qu’avant d’être un beau parleur et un magnifique manipulateur de masse, Mélenchon est avant tout leur candidat, ton candidat, mon candidat, NOTRE candidat, bref, le candidat du peuple, mais surtout le candidat d’un programme. C’est avec ce programme qu’il convainc les gens. Et c’est avec celui ci (enfin des extraits, hein, je ne veux pas faire de copier coller, j’aurais des problèmes avec la Hadopi vu que Mélenchon ne l’a pas encore abrogée à l’heure où j’écris ces lignes) que je veux aujourd’hui moi aussi tenter de vous convaincre, et de nous rejoindre dans le prochain grand rassemblement citoyen comme leur récente « prise de la Bastille » si émouvante, et qui me met encore les larmes aux yeux (d’autant plus que, ayant du sang noble, l’image de la prise de la Bastille est particulièrement chère à mon coeur et représentative de mes valeurs) :
* Le SMIC à 1700 euros. Il l’a dit, il le fera. Mélenchon prend son stylo bic dès qu’il est président et, quitte à ce que ce soit sur un coin de table, il écrit « SMIC : 1700Euros », et il dédicace. Oh, je vois que tu es en train de te moquer, économiste lecteur, hautaine lectrice. Tu vas me dire que systématiquement en France, toutes les grosses hausses du salaire minimum (25% en 1981, et 35% en 1968 par exemple) ont été accompagnées d’une énorme inflation des prix du quotidien (prix du pain, des fruits et légumes, des loyers, de la viande) d’une valeur proportionnellement supérieure à l’augmentation du salaire en question, pour une balance finale d’un pouvoir d’achat MOINS élevé pour les ménages les plus en difficulté. Tu vas me dire que cette « règle » (comme s’il pouvait y avoir des règles en économie) se retrouve à l’identique dans absolument tous les pays du monde avec un salaire minimum (en Angleterre par exemple, ou même en Chine à l’heure actuelle où la hausse des salaires moyens dans les usines fait s’envoler l’inflation). Tu vas même me prétendre, chiffres économiques à l’appui, que plus le salaire minimum est élevé dans un pays, plus la proportion de population active se retrouvant en effet condamnée à toucher ce salaire minimum est large. Oui, peut être. Mais ces lois n’avaient pas été signées avec le stylo de Mélenchon. Et ça, grâce à ce stylo, tout peut changer.
* Salaire maximum et revenu maximum. Au dessus d’un certain seuil, le taux d’imposition passe à 100%. C’est le fameux « travailler plus pour gagner autant » scandé dans les grands rassemblements citoyens de Méluche, fédérateur au possible, et donnant envie de faire toujours plus. C’est la logique même : ceux qui touchent plus de 30 000 euros par mois sont taxés à 100% de ce qui dépasse. Cela concerne environ 15 000 personnes en France, donc finalement peu de voix dans les urnes, on peut se permettre de les sacrifier politiquement sans baisser dans les sondages, et surtout, merde, avec autant de pognon, ils ne vont pas nous chier une pendule si on leur laisse déjà leur 30k. Tu saurais quoi faire toi, avec plus d’argent que 30k ? Moi non plus. En plus, l’avantage c’est que ces gens (les grands patrons du CAC 40 pour la plupart) ont un esprit patriote et seront heureux et ravis de se séparer de cet argent pour le bien du peuple. Et puis après tout, avec autant d’argent, ce n’est pas comme si ils pouvaient tout simplement déménager et fuir le pays pour payer leurs impôts ailleurs, ou tout simplement investir dans d’autres pays que la France. Certaines rumeurs prétendent que Mélenchon voudrait d’ailleurs faire voter des lois contre les exilés fiscaux, mais vu que dans son programme il y a écrit noir sur blanc qu’il est contre les lois liberticides, ça doit être une rumeur. Et tout cas pour voir un bel exercice de rhétorique, je vous conseille la vidéo où Mélenchon explique sa mesure de la taxe à 100% à Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, elle vaut le coup d’être regardée ==> clic ici <== !
* Rupture du traité de Lisbonne, dénonciation du MES : L’Europe est une force, mais elle fait chier, quand même, un peu, parfois. Sous prétexte que l’Europe se cadre dans une économie mondiale, avec des capitaux transitant aussi par l’Amérique et l’Asie, les institutions européennes s’estiment en droit de réclamer certaines garanties économiques de la part des pays, outrepassant honteusement la souveraineté nationale. Mélenchon a le courage de dire stop, et je suis maintenant convaincu que s’il devient président, il saura faire un doigts d’honneur au MES et continuer à endetter le pays (pour son bien). Le charisme de l’homme et le rayonnement international actuel de la France font que tous les autres chefs d’Etats Européens seront séduits et applaudiront des deux mains ce mépris des règles qu’ils ont émis ensemble. Après tout, on se souvient tous que Margaret Thatcher, cette grande communiste, avait également été applaudie à chaque fois qu’elle avait tourné le dos (et les deniers) à l’Europe. Croire que l’Europe pourrait, en rétribution, couper les vivres de la France et cesser de financer son agriculture, par exemple, serait ridicule : qui en Europe pourrait en vouloir au paysan français avec sa moustache pittoresque et ses veaux si mignons ?
* Emprunter plus pour endetter plus. Equilibrer un budget ne fait pas partie de notre culture, et ça, Mélenchon a le courage de l’avoir compris. Mais quitte à emprunter à tour de bras et à creuser d’année en année un déficit qui sera remboursé, si si, un jour, quand la croissance reviendra à 20%, autant le faire à des taux préférentiels. Plutôt que d’emprunter aux banques (à des taux de plus en plus élevés avec la perte du AAA par les agences de notations qui ont le culot de sous entendre qu’on ne sera bientôt plus capables de rembourser quoi que ce soit), Mélenchon va emprunter à la BCE au même taux que les banques, à 1%. Et ce qui est génial, c’est que comme Mélenchon ne dira pas « s’il vous plait », mais l’écrira noir sur blanc avec le fameux stylo (voire ci dessus), la BCE sera forcément d’accord, et tous les autres pays européens aussi. C’est ça qui est cool, et qui rend cette mesure crédible, beaucoup plus que, oh, équilibrer un budget. En France, voyons. Vous n’y pensez pas.
* Les référendums: Place au peuple ! C’est cette mesure qui a fini de me convaincre du bien fondé de la candidature de Mélenchon. La démocratie est trop « représentative » en France, on ne demande pas assez son avis au peuple. Nous sommes un peuple fort de soixante cinq millions d’experts pluridisciplinaires en économie, en droit, en justice et en morale. Il est important que le peuple ait son mot à dire dans les grandes décisions affectant la France de tous les jours. L’avantage, c’est que comme le taux d’abstention est toujours extrêmement bas dans nos élections, ces décisions seront VRAIMENT représentatives du peuple. Et le peuple, dans sa masse, est plus intelligent et plus juste que les élites fascistes qui nous dirigent. Souvenez, grâce au peuple et au référendum, nous avons pu dire non à la Constitution Européenne, laissant toute latitude aux pays individuels à gérer avec brio la crise économique qui s’est abattue sur nous il y a quelques années. Et n’oublions jamais que si on avait pris plus souvent l’habitude de consulter le peuple, nous n’aurions jamais ratifié des lois aussi stupides que l’abolition de la peine de mort en 1981 (63% de la France étaient contre) ou la dépénalisation de l’IVG en 1975. Après tout, ces lois à l’époque faisaient de nous, internationalement, des pays progressistes, et essayer de proposer des lois intelligentes et progressistes contre l’avis du peuple (homoparentalité, transfert des capitaux de la lutte contre les stupéfiants d’un terrain pénal répressif à un terrain médical de santé publique, privilégier l’hôpital psychiatrique à la prison) pourrait nuire à l’image déplorable du pays à l’étranger que nous avons méticuleusement construit durant 5 ans de Sarkozysme.
Ce ne sont là que les mesures qui me semblent les plus importantes et les plus crédibles du programme de Mélenchon, en tout cas ce sont celles qui m’ont convaincu de voter pour lui et de militer maintenant pour lui, pour une belle France du peuple. Une France qui emprunte, une France qui préfère penser « France » plutôt que « Europe » ou « Monde », une France qui favorise l’inflation pour que même les ménages bourgeois se retrouvent au même niveau de précarité que les ménages les plus modestes pour plus d’égalité dans notre pays, une France Robin des Bois qui prend l’argent des riches pour les donner aux fonctionnaires, une France qui sait que Madame Michu est la mieux placée pour prendre de grandes décisions économiques, bref, ta France, ma France, NOTRE France de demain. Pour les curieux qui veulent en savoir plus, écoutez ses meetings, contrairement aux autres candidats vous n’y entendrez ni langue de bois, ni tentatives de manipulation (il le dit lui même, c’est donc que c’est vrai!), je vous conseille juste la lecture préalable d’un magnifique petit livre d’exercices pratiques qui vous aidera encore mieux à les comprendre et à les décripter, vous verrez, chacune de ses ficelles sont expliquées dans le livre, chacun de ses meetings en est un cas d’école. Lien Amazon vers le livre d’aide à la lecture de meetings Méluchiens.
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La citation du jour: « Le point noir, c’est comme un bigorneau ! »
La chanson du jour: L’internationale, Eugène Pottier, « Ouvriers, Paysans, nous sommes le grand parti des travailleurs. La terre n’appartient qu’aux hommes, l’oisif ira loger ailleurs! C’est de nos chairs qu’ils se repaissent ! Si les corbeaux, si les vautours un de ces matins disparaissent…. La terre tournera toujours.»
Même si Mélenchon a quand même quelques vraies bonnes idées au milieu de son programme catastrophiquement irréaliste et que c’est dommage, la vie est belle !
Démocratie Imparfaite
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Au cas où certains d’entre vous se réveilleraient à peine d’une cuite épique du réveillon de la Saint Sylvestre, nous sommes en 2012.
Au cas où certains d’entre vous reviennent à peine d’un exil en ermite au fin fond d’une cave, et découvrent à leur retour Internet et mon blog, 2012 est l’année des présidentielles, aux Etats-Unis, certes, en Novembre prochain, mais surtout en France.
Bien que j’aie relativement calmé le jeu au niveau des articles vaguement politiques (je n’ai jamais été particulièrement « militant » ici), fidèle lecteur, régulière lectrice, tu sais si tu fréquentes ces lieux depuis plusieurs années que mon coeur est à droite (notez que j’ai dit « droite » hein, pas UMP, faut pas confondre, il n’y a aucun parti de droite en France), plutôt libéral mais à petite doses, mais en revanche complètement libertaire. Si le permis de conduire est clairement le facteur numéro un m’ayant fait attendre ma majorité lorsque j’étais mineur (a long time ago, in a galaxy far far away…), le combat au finish a été serré avec le numéro deux, ma carte d’électeur. Depuis l’obtention de cette carte il y a bientôt quinze ans, j’ai suivi religieusement tous les appels au vote, et me suis déplacé pour aller voter même aux élections gagnées (ou perdues) d’avance, même pour celles qui me semblaient insignifiantes. En quinze ans, j’ai manqué en tout et pour tout DEUX élections, et dans les deux cas malgré ma légendaire procrastination ce n’était pas par flemme, c’était par choix « politique » et surtout *MORAL*, et dans les deux cas je m’en suis expliqué ici longuement à l’époque (et pesant dans la balance le fait qu’en France, le vote blanc n’est toujours pas reconnu comme suffrage exprimé, et que RIEN ne change en pratique dans les chiffres nationaux entre un électeur qui vote blanc et un électeur qui reste chez lui, ce qui reste à mon humble avis un scandale). Le fait de voter est important pour moi parce que malgré mon égo sur-dimensionné, je suis convaincu par le régime politique de la Démocratie (même si utiliser ce mot est un abus de langage : nous ne somme pas en « Démocratie » mais en « Démocratie REPRÉSENTATIVE », qui en pratique fonctionne comme une oligarchie assumée).
Sauf que.
Sauf que, en ce moment, j’ai mal au pays. Et je ne suis pas le seul, d’ailleurs. Et ça se voit, même (surtout!) à l’extérieur. Depuis 2006, le brillant magazine The Economist (dont mes anciens élèves, s’ils passent encore dans le coin, doivent bien se souvenir vu le nombre de textes tirés de ce journal sur lesquels je les ai fait bosser!) dresse un indice mondial des démocraties, notées de 1 (Régime autoritaire) à 10 (« Vraie » démocratie), et concernant 167 pays. Actuellement, le pays le moins bien classé est, ô surprise, la Corée du Nord (note de 1,08 / 10) et le mieux classé est la Norvège (9,80 / 10). La France, lors du dernier classement, a été rétrogradée à la 29 ème place, derrière l’Afrique du Sud, et a perdu son rang de « Démocratie » au profit du titre de « Démocratie Imparfaite« . Et ça vois tu, effaré lecteur, étonnée lectrice, ça m’importune beaucoup plus que la perte du AAA dans les agences financières. (source: ici ou encore ici pour les anglophobes)
Le pays, politiquement, va très mal. Système social complètement bancal (Bonne couverture sociale + beaucoup d’impots ça fonctionne, comme en Suède. Peu de couverture sociale mutualisée par l’état + peu d’impôts ça fonctionne, comme aux USA. Bonne couverture sociale + peu d’impôts, on ne voit ça qu’en France à travers le monde et OH SURPRISE ! Ça ne fonctionne pas!!!), régression au quotidien des libertés individuelles, défense des intérêts des lobbys plutôt que de ceux de la culture et du peuple (Hadopi et la tentative de l’exporter, soutien unilatéral du traité ACTA), instauration petit à petit d’un état policier à la limite du totalitarisme (fin de l’indépendance de la Justice, sommée d’obéir aux ordres du ministère, vote dans l’indifférence la plus totale d’un fichier biométrique de 60 millions d’innocents présumés), muselage de la liberté d’expression *ET* de l’art (articles de blogs et commentaires censurés à la demande de ministres, instauration du délit d’outrage au drapeau, filtrage invisible en amont de certains sites forcé aux ISP) bref, ça sent le pâté.
Vous allez me dire : tant mieux ! Bientôt les élections !
Sauf que je ne sais pas si vous suivez un peu les médias ou ce qui se trouve dans le panier à salade, mais qu’il y ait ou pas une passation de pouvoir en 2012, nous irons de Charybde en Scylla, les candidats actuellement déclarés étant plus ou moins bonnet blanc et blanc bonnet pour le pays. Si l’UMP (notez que je ne dis pas « la droite » hein. Droite ça veut dire « liberté » en valeur principale, et relisez le paragraphe précédent et ma remarque sur le totalitarisme avant d’essayer de me convaincre sans succès que l’UMP est encore un parti de droite) reste au pouvoir, la probabilité d’avoir une économie A PEU PRÈS stable est raisonnable, mais il y a fort à parier que la pente glissante vers le totalitarisme se transforme en glissement de terrain. Si le PS prend le pouvoir (notez que je n’ai pas dit « la gauche » non plus) le pays court à la ruine économique, et si certaines avancées humaines sont probables (je pense notamment au mariage gay pour lequel la France fait figure de mauvais élève mondial, même si elle n’est pas seule dans ce cas), son candidat a déjà prouvé qu’il se moque des notions d’indépendance et de liberté en ne voulant pas abroger Hadopi et en incluant dans son programme de nombreuses mesures coercitives qui caressent ma fibre libertaire à rebrousse poils.
Et les autres, me direz vous ? S’il est possible, voire probable, que malgré ses nombreuses démonstrations publiques de son incompétence Marine Le Pen se retrouve au second tour, elle ne sera JAMAIS élue. Un ficus rempoté avec un carton « ne votez pas pour moi ! » gagnerait au second tour contre Marine Le Pen. Quant aux « petits » candidats, si certains sont moins terribles que les favoris en course, aucun n’a actuellement le potentiel réaliste d’aller au second tour.
En conséquence de quoi, révulsé par ce que Sarko, Besson, Morano, Pecresse et autres Hortefeux ont fait de l’UMP depuis la fin de l’ère Juppé, écoeuré par les perspectives d’une « Team Hollande » remplie des éléphants du PS et toute aussi esclave des lobbys que l’UMP actuel, je songe sérieusement, délibérément, à ne pas voter en 2012.
Oh, j’irai certainement voter au premier tour. Pour le principe, déjà. Pour un petit candidat, un peu par dépit, sans conviction de le voir passer au second tour. J’aurais probablement voté Borloo si la machine UMP ne lui avait pas fait le coup de la mafia italienne, tuant sa candidature dans l’oeuf. En son absence, je voterai sans doute Villepin ou Bayrou. Mais quelles que soit les configurations de second tour actuellement considérées comme « probables », je ne pense pas que je m’y déplacerai. Un peu comme si on me demandait de choisir entre la mort par éviscération et la mort par suffocation, quoi. Les deux ont la même conséquence et sont toutes aussi douloureuses, alors à quoi bon choisir ? Il n’y a pas de bonne solution. Et ça me bouffe.
Si je vivais seul, tel la noblesse de France à l’aube de l’été 1789, j‘aurais fui. Angleterre, Etats-Unis, voire – plus proche – Luxembourg, tout sauf ici. Mais je suis fiancé et malheureusement – seul et immense point négatif à mon bonheur – l’étoile qui donne de la lumière à mes nuits (c’est beau hein ? Attendri lecteur, émue lectrice, je sais que tu viens aussi ici pour mes jolies métaphores) se retrouve bloquée en France pour ses études (étudier à l’étranger lui fait peur) et il est hors de question que je m’éloigne d’elle. Du coup je me retrouve bloqué dans un pays qui, jour après jour, me révulse de plus en plus, voire commence à me faire PEUR, pour plusieurs années encore, et c’est une douleur permanente *ET* grandissante pour moi, que seul mon amour pour elle rend acceptable. Mais croyez moi que ça me fait mal de payer autant d’impôts quand je vois (et désapprouve) ce à quoi ils servent. On devrait pouvoir être objecteur de conscience fiscal, et refuser de payer l’impôt (et de recevoir toute aide, donnant/donnant) lorsqu’on le trouve mal employé. Mais on ne peut pas, alors je paye.
Mais cette année, au second tour, qu’on ne me demande pas de me déplacer pour choisir entre la peste et le choléra.
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La citation du jour: « Au moins il dort tout le temps, sauf quand il ne dort pas ! »
La chanson du jour: La Mauvaise Réputation, Georges Brassens, « Le jour du Quatorze Juillet je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. »
Même si ça fait mal au coeur de me dire que de plus en plus mon pays deviens un pays de merde, la vie est belle !




