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Articles de base

New York, New York

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Depuis ma plus tendre enfance, je rêve de cette ville de la côte est, quintessence de ce que représentent les USA pour moi. Ce multiculturalisme dans sa forme la plus primaire, distillé au compte goutte entre les Américains venus ici depuis tous les Etats, du distant Washington au proche New Jersey, et les autres non-natifs qui ont fait de la grosse pomme leur terre d’adoption, à moyen ou à long terme. En dépit de ce statut de parangon du rêve de liberté, et de nombreux voyages aux États-Unis il y a quelques années lorsque je gravitais de l’autre côté du miroir du monde du jeu, j’avais réussi bien malgré moi à ne jamais y mettre les pieds.

Maintenant que j’y suis, je découvre la ville de manière organique, comme lorsque je m’étais rendu à London en solitaire pour la première fois, refusant tout itinéraire préparé et déambulant de rue en rue au hazard, à l’instinct. Je ne l’ai jamais regretté, et aujourd’hui je connais mieux London et ses recoins que la ville où j’habite la majorité du temps…
New York tiens ses promesses. C’est une ville de constrastes, où un simple changement de rue fait tomber un quartier réservé aux millionnaires en boui-boui insalubre où il vaut mieux ne pas s’aventurer après minuit… Où l’odeur de pisse froide qui te prend à la gorge se transformera soudain en fumet épicé d’un marchand de burritos à la sauvette.
Toujours à l’instinct, je suis tombé sur un bar / salle de concerts live où j’ai dansé avec une jolie blonde au rythme de la voix d’un artiste extrêmement talentueux dont je n’avais jamais entendu parler, j’ai trouvé des magasins de comics, ou d’esotérisme, et passé de nombreuses heures dans des cafés, où je rédige ces mots en ce moment même.

New York est une maîtresse exigeante. Elle est belle, et intense, et exotique, mais telle une escort de luxe, elle marchande ses faveurs à un prix fou. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai déjà dépassé mon « budget maximum » de plus de 500 euros, et je suis seulement à la moitié de mon séjour. Tout est cher ici. L’hôtel, la nourriture, les loisirs… et première réelle déception, beaucoup de musées et de centre culturels sont gérés de manière privée, nécessitant un droit d’accès oscillant entre 15 et 30 dollars. Habitué à London et à son accès gratuit à la culture, partout, tout le temps, je me vois ici forcé de faire des choix pour ne pas revenir en France en ayant dépensé en dix jours le budget de toute une année (j’exagère à peine). Je remercie néanmoins la fée Serendipity d’avoir mis sur ma route, au sein de la fantastique bibliothèque/musée Morgan, une exposition merveilleuse sur l’Alice de Lewis Carroll, l’une de mes passions littéraires. Timing karmique.

La Comic Con, raison principale de mon déplacement à cette période, était une entreprise folle, immense, démesurée, géniale, épuisante, et malgré tout terriblement commerciale. J’en garde à la fois un goût doux et amer, des rencontres merveilleuses au milieu d’un mercantilisme transformant le fantastique en salon de l’agriculture. J’en reviens néanmoins des étoiles plein les yeux, quelques originaux en poche, ayant croisé Nathan Fillion, Felicia Day, Seth Green, Alan Tudyk, Marjorie Liu, Chris Claremont, Kieron Gillen, et tant d’autres… Je reviens aussi avec quelques nombrils américains en poche. Oui, impatient lecteur, futur-contributrice lectrice, j’ai bel et bien l’intention de relancer le Nombriloscope

Le moment le plus intense du séjour aura bien évidemment été ma journée sur Liberty Island. Assidu lecteur, fidèle lectrice, tu sais que la liberté est une telle obsession pour moi que j’en fais presque de la rétention anale, pour franciser cette expression anglophone qui m’a toujours fait sourire. Au pied de la Liberté Illuminant le Monde, j’ai posé le genou à terre et versé quelques larmes. Je pense qu’il est difficile de ne pas être touché par le symbole, alors quand il fait écho à une part si importante de mon coeur… C’était un moment intense, oui. Une part de moi ne peut s’empêcher de penser que c’est parce que j’ai un peu trahi cet idéal de liberté qui était le mien avec ce « oui » il y a plus d’un an, que tout s’est si rapidement effondré par la suite. Après une reconstruction difficile, je me retrouve, je la retrouve, et la dame de cuivre vert était un peu aussi le symbole de ce retour vers celui que je suis vraiment, que je n’aurais jamais dû chercher à étouffer. Alors quelques larmes, mais le sourire aux lèvres, devant cette imposante dame offerte au monde, car comme l’a rappelé le ranger qui nous a servi de guide, ni son nom, ni son image ne sont protégés par aucun copyright, « because she belongs to the people of the world. »

A New York, je suis également devenu apprivoiseur (pointilleux lecteur, littéraire lectrice, j’invente toujours des mots si je veux, je suis toujours chez moi, et « dompteur » est trop violent) d’écureuils. Au fur et à mesure de l’empilement de mes dépenses, je passai de moins en moins de temps dans des musées différents chaque jour, et de plus en plus à lire et à absorber l’énergie urbaine de la grosse pomme au sein de ses nombreux parcs et espaces verts. Parmi ceux qui avaient ma préférence, comme le petit mais chaleureux parc de l’Hôtel de Ville, les petits rongeurs du parc ont appris à me connaître et à me reconnaitre, et lors de mes derniers jours sur place, certains des plus téméraires restaient même sur mes genoux pour y grignoter les graines que je leur apportait quotidiennement.

Après un retour mouvementé et un avion annulé, je termine cet article depuis la casa de Senquisse, bien au chaud, ayant dû re-brancher mon chauffage de manière quotidienne dès mon retour, la température moyenne ici étant plus de dix degrés inférieure à celle du doux climat de New York. Je suis rentré la tête pleine d’images et de souvenirs, avec l’impression d’avoir laissé une part de moi-même sur place, mais d’avoir embarqué avec moi un morceau d’elle au moins aussi gros, à la place. Avec une semaine de recul au moment où je m’apprête à publier ces lignes sur le blog, je pense pouvoir dire que si je préfère toujours, et de loin, les USA au Royaume Uni, c’est pour l’instant toujours London qui a ma préférence, dans mon classement intérieur des meilleures villes du monde. Le côté cosmopolite de la grosse pomme, le fait qu’elle ne dorme jamais, et la présence de Lady Liberty ne détrônent pas la chaleur des pubs de Camden et la possibilité d’y entrer seul et de ressortir chaque soir au bras de 5 ou 6 nouveaux amis. Mais New York est clairement très, très proche sur la seconde marche du podium, et ce classement peut être amené à changer, après tout ce n’était que notre première danse, elle et moi. Certainement pas la dernière…

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La citation du jour: « Tu me lis toujours aussi bien »
La chanson du jour: Fire, Noah Gundersen, « Hey, I am looking for freedom in the wild eyes of the dancing girls… Hey, I am looking for freedom in the open arms of America »

Même si elle m’apprend la patience, la vie est belle !

SPOILER ALERT!!!

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L’été à laissé place à l’automne, et je ne suis pas fâché de voir s’achever celle qui est sans conteste la saison que j’aime le moins de l’année. L’arrivée de l’automne, avec le retour du chauffage et des pulls, annonce aussi le retour des saisons des séries annuelles ou de rentrée. Momifié lecteur, fidèle lectrice, tu sais si tu es là depuis le début que pendant très très longtemps, je n’étais pas particulièrement friand des séries télé. Déjà, ayant abandonné tout antenne ou abonnement télé en 2004, regarder une série télé impliquait donc soit un téléchargement illicite (et tu sais que je n’aime « pas trop beaucoup » ça…), soit d’acheter des coffrets entiers. Ce qui, sans avoir vu la série au préalable, présupposait de faire énormément confiance au pitch, ou aux amis/journalistes/bloggers partageant mes goûts et m’en vantant les mérites. Mention spéciale à Ninik ici, qui a toujours été très utile pour ça, en mode Alice Through the Looking Glass: s’il était fin fan d’un truc, je savais que je pouvais passer mon tour, et s’il trouvait quelque chose à chier, j’allais probablement trouver ça génial. Bref, sorti de grands classiques incontournable des années 90 comme X-Files ou Buffy, ma consommation de séries télé était en général limitée à une série par an, rarement deux, et je préférais consacrer mon temps à la lecture, à l’écriture, ou aux autres sorties sociales entre amis ou avec, à l’époque, mes papillons.

L’arrivée de ma futur-ex-femme dans ma vie a un peu chamboulé tout ça, elle était friande de séries et l’une de nos activités régulières à deux était de binge-watch ensemble de nombreuses productions made in L.A. Parfois, bonne pioche (Big Bang Theory, Game of Thrones, Salem), parfois, bof (Desperate Housewives, Merlin, Penny Dreadful), parfois elle se retrouvait à terminer certaines séries seule (Dexter, Breaking Bad) ou l’inverse (Arrow, Flash). Mais nous avions pris l’habitude de regarder pas mal de séries ensemble, et du coup même après son départ j’avoue toujours m’adonner régulièrement à ce petit vice sur canapé, et à profiter d’un divertissement juste pour me divertir et pas particulièrement pour me faire réfléchir ou en ressentir grandi. Je sais que je t’étonnes, surpris lecteur, étonnée lectrice, mais bon, je prends de l’âge, aussi, alors on va dire que j’ai le droit !

Bien sûr, qui dit diffusion épisodique, dit risque de spoiler. Sur Internet, surtout pour les séries ayant le plus gros succès (je te regarde droit dans les yeux, Game of Thrones), à moins de regarder chaque épisode en quasi direct lors de la première diffusion US, réussir à éviter les spoilers est un travail particulièrement difficile et demandant beaucoup d’énergie. Ma meilleure amie mène d’ailleurs une croisade sans relâche contre les spoilers, elle est le Richard Lionheart du Spoiler Saladin, elle est le Luke Skywalker du Spoilperor Palpatine, elle est le paquet de Granola du Spoileight-Watchers, bref, si vous ne l’avez jamais vu se mettre en colère, oubliez les insultes ou les coups dans le dos, il suffit de lui révéler ce qui se passe dans le prochain épisode de Arrow. Je me souviens aussi de l’une de mes premières conversations avec l’un de mes dinosaures, du temps où il me vendait des comics (maintenant, 20 ans plus tard, on les achète ensemble…), et où ne réalisant pas que j’avais déjà lu un numéro américain normalement non arrivé en France (et que lui avait déjà lu aussi), m’avait délibérément menti sur son contenu en me disant que je me trompais sur ce que j’avais « deviné » rien que pour que je sois surpris en le lisant dans ce futur qu’il imaginait et qui faisait en fait partie de mon passé…

Mais pour ma part, curieux lecteur, intriguée lectrice, laisse moi te révéler mon terrible secret: les spoilers? A titre personnel, je n’en ai absolument rien à foutre. (Dun dun duuuuuuuuuuuun…) Bien sûr, je ne suis pas SI cruel et insensible, et quand je tombe sur un spoiler, non seulement j’essaie de ne pas le propager, mais en plus je préviens en amont toute personne parmi mes proches que ça pourrait frustrer d’éviter de visiter tel lien ou de regarder telle vidéo. Mais pour mon petit bonheur personnel, savoir « en avance » ce qui va se passer, même si c’est censé être une putain de méga surprise, ne changera rien à mon appréciation (ou non) de l’épisode, du film, ou du livre en question. C’est à la fois un avantage et un inconvénient de mon cerveau qui carbure un peu trop vite, que je tiens depuis ma toute petite enfance, et qui s’est encore empiré avec ma formation universitaire littéraire et mon métier d’écrivain. Donnez moi des personnages et un contexte? 99 fois sur 100, j’arriverai à prédire en amont le (ou les) plus probable développements de l’histoire. C’est entre autre l’une des raisons pour laquelle je suis un aussi mauvais public pour la littérature fantastique, dont l’intérêt réside souvent plutôt dans l’histoire que dans sa réalisation… et forcément un tel postulat est souvent voué à l’échec vis à vis de moi.

Ce qui me grise, que ce soit dans une série, un livre, ou un film, c’est moins ce qui se passe que la manière dont cela se passe, la façon dont le style de l’auteur sublime ce qui est écrit, dont un réalisateur va jouer avec les couleurs et les lumières pour donner un ton et une ambiance à son message, dont un acteur ou une actrice remplira son rôle d’émotion et aura une diction touchante et naturelle. La dernière fois que j’ai été vraiment surpris par une oeuvre, c’était The Sixth Sense, et ça commence à dater… Ma FEF, à qui j’expliquais cela et qui avait du mal à me croire, a eu droit à un épisode entier de Desperate Housewives où, scène après scène, je lui prédisait la scène suivante et ce qui allait s’y passer. Donc, oui, ce qui compte pour moi, c’est plus la forme que le fond. Et vous savez quoi? C’EST PAS GRAVE. Je le vis très bien (la plupart du temps), j’ai des goûts du coup un peu différents parfois des « classiques », mais ça ne m’empêche pas d’apprécier certains livres ou certaines séries, et surtout je les apprécie tout autant MÊME quand avant de regarder un épisode ou de lire un chapitre, je suis tombé sur un meme ou un article révélant que Luke Skywalker est en vérité l’amant secret de Wesley Crusher, ou que dans la saison 6 Jon Snow a le cancer et doit vendre de la meth à Harry Potter parce qu’il n’y a pas de CMU à la Night’s Watch. Ce qui a l’avantage de m’économiser une énergie folle à ne pas chercher à les éviter à tout prix.

Moralité, impatient lecteur, bouillante lectrice, si un jour un secret te brûle les lèvres après avoir regardé l’épisode secret de Game of Dreadful Arrows où Flash meurt en sauvant la vie de Captain America? Tu peux toujours venir m’en parler, même si je ne l’ai pas encore vu, et je serai ravi d’en discuter avec toi. Juste, n’oublie pas de le faire en message privé, de peur que ma meilleure amie ne te trucide ou te réduise en bouillie d’une prise de krav maga

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La citation du jour: « Je me souviens des plumes de paon dans le coin en haut à gauche »
La chanson du jour: Girls Just Want To Have Fun, Cyndi Lauper, « Some boys take a beautiful girl and hide her away from the rest of the world. I want to be the one to walk in the sun »

Même si je me demande si j’ai bien fait de prendre un billet retour, la vie est belle !

Idées noires

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Photo par Jean Jacques Andre

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Je marche dans un monde où tout devient plus sombre
Où chaque pas que je fais m’avance un peu plus loin
Dans les contrées de ceux qui n’ont plus de chemin
Comme des âmes en peine au milieu des décombres

Je marche dans un monde où tout cherche à me rompre
Où tout n’est qu’illusion lorsqu’on vous tend la main
Où l’on perd toute idée et du mal, et du bien
Où mes gloires passées ont fait de moi une ombre

Le sang bleu de mes veines pourrit et devient noir
Comme une bile acide qui ronge tout espoir
Et offrirait des larmes en place de sourires

Je marche dans un monde où j’ai perdu mes songes
Et face à l’apathie qui sans cesse me ronge
Je sens au fond de moi cette envie…
… de lumière.

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Mathilde-Madeleine

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« Dis, tu te souviens de tous les messages qu’on s’envoyait, au début, par SMS ? »

La petite princesse trottine à mes côtés, avec le même enthousiasme et la même énergie intérieure qu’il y a dix ans, en dépit des cernes sous ses yeux et du poids de la fatigue physique de devoir jongler avec ses cours, son job, et les balles multicolores de ses cent mille projets. Bien sûr que je m’en souviens. Apprendre à écrire toujours plus vite en appuyant plusieurs fois sur la même touche numérotée, bien avant les iPhones. Les échanges entre nous qu’il soit cinq heures du soir ou cinq heures du matin, vouloir combler par le réseau le manque de temps physique entre nous. J’acquiesce.

« J’ai tout gardé. Quand j’ai changé de téléphone, j’ai tout recopié, à la main dans un carnet, pour ne pas perdre. »

Elle a toujours trouvé les mots, sans le savoir. Trouvé les phrases qui me touchent. Ces petites attentions pour lesquelles je passe mon temps à retomber amoureux d’elle depuis plus de dix ans à chaque instant passé à ses côtés. J’ai toujours su que mes amours étaient éternelles, qu’il n’y avait pas de bouton « off » en moi. Mais avec elle, c’est comme si je n’avais jamais su trouver le mode de lecture continue, comme si elle m’offrait périodiquement à son insu un nouveau commencement, avec la régularité d’un horloger suisse. Je la regarde, comme si je la voyais à nouveau pour la première fois, et je ne sais quoi répondre. Moi qui me flatte de ma verve et de mon aisance avec les mots, je bredouille. Voile pudique.

Notre histoire s’étale sur tant de temps maintenant… « La moitié de ma vie » me disait-elle hier en riant et en me prenant dans ses bras avant de me serrer, fort. Mélange de nostalgie et d’amertume, penser qu’on s’est sans doute connus trop tôt pour que notre relation ait eu une quelconque chance de ressembler à un conte de fées, plutôt qu’à ces montagne russes en bois qui grincent dans les virages, qui donnent l’impression de pouvoir causer un accident à tout moment, mais sur lesquelles on remonte tout de même pour un autre tour, encore et encore, comme pour défier le sort, la vie, ou le regard des autres. Parfois j’aurais aimé que notre histoire soit plus simple. Elle est bancale et imparfaite. Mais en tout cas c’est la notre. Se promettre, avec le petit doigt, de ne plus être bêtes, de ne plus laisser quoi ou qui que ce soit nous tenir loin de l’autre. Mes doigts qui dansent sur son dos nu pendant que nous refaisons le monde à voix basse pour ne pas réveiller les dormeurs de la chambre à côté. Mes doigts qui se rappellent, chaque ligne, chaque courbe, chaque fossette, leçon apprise il y a tant d’années et encore connue. Par cœur.

Sleeping Venus with Cupids and Satyr (1663) by Luca Giordano

Hier nous nous sommes endormis ensemble, mais ce soir elle dort déjà lorsque je la rejoins entre les draps. La soirée a été rude, et on sait par avance que le réveil sera cruel. Je vois défiler en moi le souvenir de toutes ces nuits partagées à la protéger des mauvais rêves et à veiller sur son sommeil, peau contre peau. Nouvelle vague de nostalgie, que je laisse doucement me bercer en fermant les yeux. Quelques heures plus tard, elle met fin à mon sommeil léger en se tournant vers moi, à demi-nue, pour se blottir contre mon torse et me tendre ses lèvres. Ses yeux sont clos, et paisibles. Je murmure doucement son prénom à son oreille. Pas de réponse. Se souvient-elle que c’est bien moi, à ses côtés, ou est-elle emportée par un rêve d’autres bras, d’autre cœur ? Quelle est l’identité de la chimère onirique qu’elle cherche à embrasser ? Nouveau murmure qui reste lui aussi orphelin. Alors je souris, plein de tendresse, pendant que mon cœur explose d’amour pour un petit bout de femme un peu usé par les cernes, un peu cassé par les épreuves de l’existence, mais qui se relève toujours lorsque la vie la blesse, ce mélange de fougue, de passion et de liberté qui m’a toujours séduit en elle. Est-ce l’âge, le temps, la distance, qui m’ont rendu plus sage ? La vie et les épreuves que j’ai subi moi aussi qui ont rendu cet amour plus pur encore ? Toujours en souriant, je détourne mon corps et ma tête de ses lèvres offertes. Pas comme ça. Je remonte un peu la couette sur ses épaules et sa gorge nue, embrasse tendrement son front, puis glisse ma main dans la sienne. Elle sourit. Même six ans plus tard, visiblement, je sais toujours être le gardien de ses rêves. Visiblement, elle sait toujours être ma muse…

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La citation du jour: « Mais imaginons que t’es le chat et qu’elle est la pâte »
La chanson du jour: Françis Cabrel, Encore et encore, « Et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord… »

Même si mes lèvres m’en veulent d’avoir su être sage, la vie est belle !

Penser, parler, et être libre. Deux poids, deux mesures ?

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Cela fait aujourd’hui une semaine, jour pour jour, que des déséquilibrés fous de dieu se sont introduits dans les locaux d’un organe de presse satirique en France pour y effectuer le massacre que l’on sait (et dont je parlais un peu ici la semaine dernière). Plusieurs évènements se sont enchaînés, allant d’évènements graves, et tristement prévisibles (des forces de police prises pour cible par les terroristes et autres sympathisants d’yceux, les terroristes en questions abattus après une prise d’otage), aux évènements qui auraient pu être futiles mais se sont révélés d’agréables surprises pour le cynique que je suis, parfois, dans ce genre de cadre médiatique (près de 4 millions de personnes en France dimanche, et des slogans réclamant plus de liberté et de tolérance plutôt que ceux auxquels ont aurait pu s’attendre, plus de sécuritaire ou de rejet du bouc émissaire facile à montrer du doigt). On a tout de même eu le droit à des choses inquiétantes. Un boom prévisible des requêtes internet cherchant à se FN-iser un peu, au cas où. Des politiques de tout bord cherchant à récupérer l’affaire pour se mettre en avant, chacun cherchant à être « encore plus Charlie » que le voisin, certain n’hésitant pas à parler de la nécessité d’un Patriot Act à la française (ou comment ne RIEN comprendre au message du peuple dimanche dernier). Jusqu’à l’indécence quand un ancien président au nom de son ego encore plus enflé que le mien n’a pas hésité à bousculer le protocole défini et à jouer des coudes entre d’autres chefs d’état pour arriver au premier rang pendant quelques instants et être sur l’une des photos amenées à faire le tour du monde. A vomir.

L’une des meilleures choses à retenir de ces évènements tragiques est qu’ils ont remis le dialogue autour de la liberté d’expression sur le devant de la scène. Fidèle lecteur, habituée lectrice, tu sais que c’est un peu l’une de mes marottes (si ce n’est *LE* concept idéaliste auquel je me sens le plus accroché dans ma vie) et j’ai pendant de nombreuses années été presqu’un extrémiste du « on DOIT pouvoir dire tout, et tout le temps, et à n’importe qui ». Voir ce débat mis en avant, et des personnalités ainsi que des anonymes à travers le monde scander les principes d’une liberté d’expression inviolable m’a forcément fait plaisir. Et puis le retour de bâton prévisible s’est abattu sur ma liesse lorsque pour des propos totalement déplacés (voire carrément abjects) un certain humoriste anti-sioniste habitué des tribunaux en France se retrouve actuellement en garde à vue. Depuis, nouvelle effervescence sur les réseaux sociaux, et ceux qui hier scandaient l’inviolabilité de la liberté d’expression s’empressent ce matin de féliciter le travail de la justice en France, contents de voir Dieudonné incarcéré pour ses propos. Tu le vois venir gros comme une maison, le déséquilibre dont je vais te parler, là, maintenant, tout de suite, curieux lecteur, intriguée lectrice ?

Mais avant de te mettre le nez dans le discours à deux vitesses des chevaliers blancs anonymes d’Internet et de cette espèce d’ostracisme public et de bien-pensance écoeurante qui fait vibrer le pouls des flux électroniques sociaux, en espérant que tu n’en fasses pas partie, il faut que je t’avoue une chose. Depuis mes derniers billets sur le sujet, j’ai moi même évolué vis à vis de ce que je pense. Si, si, je te promets, incrédule lecteur, bouche bée lectrice. J’ai beau être un égocentrique histrionique assumé, et avoir des idées bien arrêtées sur la vie, l’univers, et le reste (42), dont je peux débattre avec fougue et ferveur de la plume ou de la langue en face à face, je me considère néanmoins comme intellectuellement intègre et je me remets sans cesse en question à titre personnel et idéologique. La vie est un chemin où chaque pas est une nouvelle information, un nouveau savoir, une nouvelle donnée, et si à un moment donné je défendrai telle ou telle position bec et ongles, je la défends aussi vis à vis de moi même et mes idées ne sont pas gravées dans le marbre, dans un coin de mon cerveau. Depuis de nombreuses années, j’ai toujours été un extrémiste de la liberté d’expression, mais depuis quelques mois (un peu avant l’affaire Charlie, tout à commencé lors d’un repas avec deux amis autour d’une flamm’ et de quelques bières, même si les évènements récents m’ont aidé à ancrer mes nouvelles positions dans le réel et à tester leur cohérence) je conçois qu’il n’est pas forcément mauvais que la loi définisse un certain cadre à la liberté d’expression.

Ne t’emballe pas et ne monte pas sur tes grands chevaux, outré lecteur, choquée lectrice habituée de mon discours habituel. Ma position est toujours bien plus laxiste que la loi française actuelle, je te rassure. Mais. Oui, il y a maintenant un « mais« . Voici ma Nouvelle Version ™ de ce que la liberté d’expression devrait être dans une société utopique (et plus précisément dans MA société utopique). Déjà, et c’est SENCÉ être le cas en France, les limites de la liberté d’expression devraient toujours être répressives et non préventives. En gros, on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, sans être inquiété par la loi en amont mais devoir en assumer les éventuelles conséquences légales en aval. En pratique, actuellement en France, c’est dans les textes mais concrètement ce n’est pas toujours appliqué, et pour des raisons fumeuses certains fonctionnaires ont pu récemment faire interdire, par exemple, certaines représentations du dernier spectacle de Dieudonné avant qu’elles aient lieu, « par sécurité », « pour préserver l’ordre public », et j’en passe, dans une version hallucinante d’un Minority Report idéologique, on te tape dessus pour ce que tu allais probablement dire, et sur les probables réactions du public face aux probables réactions des anti… Bref, hallucinant au XXIème siècle selon moi, je sais que tout le monde ne partage pas cet avis, mais c’est mon opinion.

En revanche, si j’affirme toujours qu’on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n’importe qui, je reconnais que même vis à vis de la loi (et non plus seulement vis à vis d’un contexte social, qui était ma position précédente), la liberté d’expression n’est pas un blanc-seing lavant l’auteur d’un propos de ses conséquences légales. Et pour moi il y a deux cas où des conséquences d’un cadre légal doivent être considérées dans une société idéale. Le premier cas est la manipulation délibérée d’une information présentée comme factuelle. On tombe ici dans l’exemple classique du négationnisme qui est interdit en France par exemple, mais sans forcément se cantonner à la seconde guerre mondiale. Si un historien se met à publier un livre sur Charlemagne par exemple où il affirme que ce dernier organisait des partouses dans son palais et s’est suicidé pendant l’une d’elles en se plantant une dague dans la gorge, et qu’il le présente comme factuel, il devrait y avoir des conséquences légales pour conserver une trace de réalité historique. L’autre cas nécessitant des conséquences selon moi (et c’est sur ce point que la conversation mentionnée plus haut a commencé à faire fléchir mes positions autrefois inébranlables) est l’incitation à commettre un crime ou un délit. Quand une personne (que ce soit un politicien célèbre ou un blogger anonyme) incite quelqu’un à aller voler la voiture de Michel ou à aller égorger Samantha, la loi devrait prévoir des conséquences en cas de mise en application par autrui de cette injonction.

C’est sur ce point, par exemple, que je me démarque de l’actuelle législation française punissant l’incitation et l’apologie de divers crimes et délits (avec toute une ribambelles de circonstances aggravantes en fonction du lieu, de la portée du message, et de celui ou celle qui le profère) et qui me semble trop répressive. C’est « grâce » à la portée de cette loi que Dieudonné a passé la nuit en cellule, accusé d’avoir fait l’apologie de l’un des preneurs d’otages dans un statut Facebook (était-ce une apologie délibérée, était-ce de la provoc, le statut en question peut-il vraiment être considéré comme une apologie ou comme une tentative d’humour pas drôle et d’ailleurs retirée par le principal intéressé au bout de quelques minutes…? Ça sera à la justice de trancher, et ce n’est pas le propos ici), pour la plus grande joie des forces armées de la morale et du bon goût. Moi ça me donne plutôt envie de vomir. Si je concède que la loi doit punir une incitation à un crime ou un délit lorsque ce délit est en effet commis (la fin de cette affirmation est importante, pour moi quelqu’un qui dit « vous devriez tuer Samantha » n’a pas à être inquiété si personne n’a essayé de tuer la dite Samantha depuis que les propos ont été proférés), je trouve que punir au nom de la loi quelqu’un faisant juste l’apologie d’un crime (sans l’avoir incité) est complètement hallucinant. Si Bob assassine Nicolas, quelqu’un qui va dire « ouais, bravo Nicolas » ou « Bob c’est mon nouveau héros » ne devrait pas avoir à être inquiété par la JUSTICE et par la LOI. En revanche, qu’il soit en conséquence ridiculisé pour cette apologie sur internet, que ses amis se détournent de lui, ou que sa famille lui crache à la gueule pour ses propos de mauvais goût, c’est « normal ». Mais jusqu’à preuve du contraire toute personne a le DROIT d’être un connard, le DROIT d’avoir des idées de merde (sinon il n’y aurait pas tant de voix FN aux diverses élections), et puisqu’on a le droit de PENSER ces choses de merde, on devrait aussi avoir le droit de les DIRE sans être inquiété, voire ARGUMENTER pour une modification en conséquence de telle ou telle loi si on la trouve inique. Ne serait-ce que pour éviter les effets sous-marins, les groupuscules secrets se réunissant dans l’ombre pour dire du mal de X ou encenser Y, et tout simplement parce que ça permet aussi de faire un tri sélectif de ses contacts. J’ai beau être contre la peine de mort, j’ai déjà sans sourcillé appliqué la « peine de merde » à certains de mes contacts pour infraction répétée au bon sens et diffusion éhontée à répétition d’idées nauséabondes. Je suis trop gentil (ne ris pas) pour le faire systématiquement, mais quand c’est argumenté avec véhémence ou répété à longueur d’année, j’atteins de plus en plus rapidement mon point de saturation. Mais c’est une « peine » sociale. Quand je retire Jean-Michel de mes contacts Facebook et que je supprime son numéro de téléphone de mon GSM, il n’y a pas de conséquence légale. C’est juste que je trouve que c’est un gros con. Mais si j’affirme toujours que ce droit à l’apologie, morale ou amorale, devrait tomber sous le sens, je suis maintenant plus strict vis à vis de l’incitation au crime ou au délit, même dans le cadre de ma sacrosainte liberté d’expression : si Jean-Michel affirme « Va tuer Robert parce que c’est un homo » et qu’un déséquilibré l’écoute et s’exécute, ce déséquilibré devrait finir devant les tribunaux, mais Jean-Michel aussi.

Se pose ensuite la notion de proportion, et le type de peine encourue. Comme la légitime défense, je trouve qu’il faut raison garder, et que la peine doit être proportionnée aux actes. Même dans le cas d’une incitation flagrante au délit ou au crime (« Va tuer Robert! »), la personne principale à juger pour le crime lui-même est son auteur, et si je considère que l’incitateur devrait être puni par la loi, il faudrait que ce soit une peine d’intérêt général, ou juste une amende proportionnelle à la gravité du crime ou du délit, et du degré auquel cette incitation a été menée à bien. Foutre quelqu’un en taule pour quelque chose qu’il a pensé ou dit… quelle que soit le niveau d’horreur ou d’inconscience des propos, c’est juste complètement stupide à mes yeux (je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais c’est mon opinion personnelle, et sur ce point elle n’a pas bougé… Après tout tu viens ici pour connaître mon opinion, alors laisse moi aller jusqu’au bout, indigné lecteur, outrée lectrice). Dans un cas très particulier je peux reconnaitre un certain degré lorsque l’incitation devient un ordre, dans un système hiérarchique (ex : un général d’armée qui ordonne a ses hommes d’abattre Robert sans raison valable), et encore. Et encore. Nul n’est censé ignorer la loi, et un ordre contraire à la loi devrait être systématiquement ignoré par un subalterne, même à l’armée. Mais je n’ai jamais été très copain avec les militaires, et je pense qu’on ne se comprendra jamais sur ce point.

Tout ça pour dire. Pour dire que si j’ai trouvé le statut-éclair de Dieudonné complètement déplacé, pas drôle, et carrément de mauvais goût (et que le bisounours que je suis préfère croire qu’il s’en est rendu compte de lui même et que c’est pour ça qu’il l’a supprimé presque immédiatement), je trouve ça absolument effarant et lamentable qu’il ait été placé en garde à vue pour ça. On ne devrait jamais incarcérer quelqu’un pour une parole, aussi odieuse soit-elle. Mais je trouve encore plus lamentable que certains des « Charlie » d’hier, défenseurs de la liberté d’expression, crayon géant à la main, défilant dans les rues en chantant « liberté », se félicitent aujourd’hui de la peine encourue par l’humoriste, ou applaudissent virtuellement en apprenant que certains des jeunes et moins jeunes ayant ouvertement et cette fois sans doute possible applaudi les terroristes sur Twitter ou Facebook soient aujourd’hui recherchés et mis face à leurs propos devant la justice, sans voir combien leur propos est aujourd’hui à deux vitesses, ni voir la vitesse à laquelle ils ont changé leur fusil d’épaule lorsqu’ils ont dû faire face au côté obscur de la morale. Même si j’admet que – surtout pour les internautes mentionnés plus haut pour lequel aucun doute ni prétention comique n’est possible – au regard de la loi française, l’apologie de crimes étant punie, c’est tristement compréhensible de faire appliquer cette loi, même si je la trouve atterrante. Je trouve néanmoins terriblement cynique de voir cette loi appliquée dans le cadre du combat de la liberté d’expression, et de voir tant de gens réclamer de la prison plutôt qu’une amende. C’est « facile » de défendre la liberté d’expression de quelqu’un qu’on approuve ou qui est, tragiquement, devenue une victime d’un zélote avide de sang. Facile de s’indigner quand quelqu’un use de force pour faire taire quelqu’un d’autre, parfois de manière définitive. Mais c’est beaucoup plus difficile, et pourtant autrement plus important, de défendre aussi la liberté d’expression de ceux qui s’en servent pour dire des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, voire pour dire des choses odieuses, moralement indéfendables, voire criminelles (et d’utiliser plutôt son propre cerveau et son propre comportement pour donner une réponse intellectuellement juste à un ramassis d’excréments). Mais mon avis est clairement tranché (et si tu n’es pas d’accord, véhément lecteur, implacable lectrice, soit gentil de bien vouloir me jeter tes étrons fumants en pleine djeule si tu le souhaites, mais de ne pas me mettre en prison) : si vous vous prétendez un minimum intellectuellement cohérents, il ne peut pas, ou en tout cas il ne devrait pas, y avoir deux poids et deux mesures.

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(pour mémoire, voici un lien vers l’un de mes articles de 2009 sur le sujet, et un autre de 2010 avec une thématique similaire avec notamment un essai traduit de Neil Gaiman sur le droit de dire des choses horribles)

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La citation du jour: « Le blasphème est un droit extrêmement précieux »
La chanson du jour: Motorcycle Emptiness, Manic Street Preachers, « Living life like a comatose, ego loaded and swallow, swallow, swallow… Under neon loneliness, motorcycle emptiness, […] everlasting nothingness »

Même si vous avez parfaitement le droit de trouver que ma société idéale serait trop tolérante du droit de dire de la merde, la vie est belle !

Où est Charlie ?

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Sans déconner, tu le fais exprès, monde de merde ?

Je reste silencieux pendant presque deux ans, je reviens timidement, et en moins de deux semaines tu me balances le gros évènement de merde qui tape pile là où ça fait mal dans mes valeurs et dans ce qui compte pour moi ? J’aurais tendance à dire, « vaut mieux en rire », mais curieusement, là, j’ai le sourire qui a du mal a venir.

Je n’ai jamais été un grand « fan » de Charlie Hebdo. J’aimais beaucoup Cabu, et avec Wolinski c’était un peu du pile ou face. J’ai acheté Charlie seulement une fois dans ma vie, il y a quelques années, quand ils avaient sorti leur numéro spécial Mahomet « Charia Hebdo », pour soutenir la démarche de liberté d’expression dans l’indignation générale, à l’époque, certains media et politiques qui affirmaient qu’ils feraient mieux de s’abstenir, à l’époque (les mêmes, avides de temps-caméra, qui sont des « fans de la première heure » depuis ce matin), et les menaces d’attentat, déjà à l’époque. Parce qu’en général quand on fait du bruit, dans les media, et qu’on cherche à limiter la liberté d’expression (déjà TRÈS limitée, en France, malheureusement, contrairement à ce qu’on croit… Il y a toujours quelques dizaines de livres interdits à la vente, chaque année, et depuis quelques mois le droit de censurer des pans du web sous décision de l’Intérieur, sans avoir à le justifier, à le faire valider par un juge, ou ne serait-ce qu’à publier la liste pour savoir ce qu’on nous interdit de voir, au cas où ça ne serait pas légitime… que du bonheur !) j’ai tendance à soutenir la démarche inverse, à mon échelle (oui je sais, fervent lecteur, admirative lectrice, on ne dirait pas comme ça, mais mon échelle est tout de même réduite).

Sauf qu’aujourd’hui, les menaces ont été mises à exécution, et des détraqués au cerveau trop mal lavé d’intégrisme plutôt que de raison et d’humanisme ont fait une descente à Charlie pour y descendre, justement, une bonne partie de l’équipe, et agents des forces de l’ordre cherchant à les protéger ou arrêter les coupables. Cabu, Charb… Y’a pas de mots, bordel. Un acte totalement stupide, qui ne sert à rien qu’à donner plus de visibilité à un message que les fanatiques voulaient taire, qu’à attirer la haine par effet de bord sur une minorité déjà bien malmenée chez nous, qui ne sert à rien qu’à faire souffrir, et à vouloir faire peur. Manque de bol, ça ne fera probablement peur qu’à ceux qui avaient déjà peur, ceux qui ont tout aussi peu de culture ou de jugeote et qui ont l’amalgame facile.

Dans un monde libre et sain, on devrait devoir pouvoir tout dire, même ce qui dérange et ce qui blesse. SURTOUT ce qui dérange et ce qui blesse, parce que ça pousse à se remettre en question, toujours, tout le temps. Quand on est gêné, blessé, ou pas d’accord avec une idée, on se contente de l’ignorer (il y a déjà plein de gens qui non-achetaient Charlie, c’est facile, il suffisait de se non-abonner ou de non-aller au buraliste du coin pour le non-choisir sur l’étalage), voire au mieux, si l’on est convaincu de sa propre bonne foi, on y répond avec une idée contraire mieux argumentée, et on la défend, debout, avec la même conviction que ceux de Charlie gardaient en eux. Face à ce genre d’étron fumant de l’actualité, il ne devrait y avoir qu’une seule réponse, un mouvement qui fait bloc, des gens qui se rassemblent, bras dessus bras dessous, qu’ils soient blancs, blacks, ou bronzés, catholiques, musulmans ou pastafariens, croyant, athées ou agnostiques. A la mémoire de journalistes, de dessinateurs et de policiers abattus par des zélotes qui préfèrent la violence au dialogue.

J’aimerais croire à une belle réponse collective de la France, comme celle de la Norvège après la fusillade d’Utøya : « Nous ne devons pas abandonner nos valeurs face au terrorisme. La réponse à la violence est encore plus d’ouverture, plus de démocratie, mais pas de naïveté. ». J’aimerais y croire, naif lecteur, espérante lectrice. J’aimerais y croire, mais le cynique amer misanthrope qui se cache au fond de moi et à tendance à pointer encore plus fort le bout de son nez face à ce genre d’évènements est plutôt convaincu qu’après les manifestations timides de ce soir, la réponse française sera plutôt un renforcement de la « sécurité », quelques militaires qui paradent en famas pour faire plaisir à mémé, quelques caméras de surveillance en plus, une loi votée en urgence saccageant encore un peu plus de nos libertés individuelles au profit d’une illusion de sécurité ne trompant que les plus naïfs (ou les fanatiques politiques, dont certains ont au moins autant de mauvaise foi et d’aveuglement que les fanatiques religieux ou les Apple-addict), une recrudescence des anti-muslim et des anti-roms (ouais, je sais, rien à voir, mais vous allez voir qu’ils vont nous trouver un lien, dans le PMU du coin), des prêcheurs du « c’est toujours les islamistes les terroristes » (depuis 2009, sur 109 attentats en France, il y en a 5 par des islamistes. Moins de 5%, donc, mais ce sont ceux dont les media parlent le plus et le plus longtemps, ça fait vendre, plus qu’un attentat en Corse ou dans le midi…), et encore 10% de plus à la France Marron-Marine à la prochaine élection. J’aimerais me tromper. Mais j’en doute. Il suffit de voir, déjà maintenant, les commentaires des courageux anonymes d’internet dans les commentaires des articles traitant de l’affaire sur le Point, le Figaro, et autres remugles électroniques cachant la lie de la population française, la France de la mesquinerie, du rejet, et de l’intolérance, cette France qui grandit un peu plus chaque jour, chaque fois que les journaux remuent la merde, chaque fois qu’un Cabu se fait fusiller. Cabu, putain… l’un des premiers souvenirs illustrés de mon enfance est le nez immense et pointu avec lequel il avait immortalisé Dorothée.

Je termine cet article avec une citation de l’une des victimes, Charb, en 2012: « Je suis sous protection policière depuis un an, depuis l’affaire “Charia Hebdo”. C’est lourd au quotidien, surtout à Paris, d’être sans arrêt sous surveillance. Mais je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » La vie l’aura pris au mot. Fauché, avec ses collègues, par la vague nauséabonde de l’illettrisme et de l’intégrisme vicieux qui se repaît des esprits faibles pour en faire des moutons à tuer.

Fauchés, certes, mais comme ils l’avaient voulu : debout.

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La citation du jour: « J’peux quand même pas pleurer devant ma fille… »
La chanson du jour: Mourir pour des Idées, Georges Brassens, « Des idées réclamant le fameux sacrifice, les sectes de tout poil en offrent des séquelles et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand il les voit venir, avec leur gros drapeau, le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente »

Même si c’est le genre d’article qu’on aimerait ne jamais avoir à écrire, la vie est belle !

 

‘Pinouyirre, tout ça tout ça, le retour

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Poussiéreux lecteur, fossilisée lectrice, bonne année à toi!

Je sais que cela fait longtemps que je ne t’ai plus vraiment donné de nouvelles, mais on va faire comme si de rien, lève donc ton verre et trinquons. 2014 était bien partie pour être l’une des plus belles années de ma vie, le genre d’année magique à laquelle on repense lorsqu’on est vieux et fripé, tout ridé, à moitié paralysé dans un fauteuil, et quand les perspectives de sourires se cherchent en regardant derrière soi plutôt que devant. Que nenni ! Oui, il y a eu de très beaux et très intenses moments, notamment durant la première moitié de l’année, mais malheureusement contrebalancés par une descente aux enfers assez fulgurante durant les deux derniers trimestres. Au final, j’aurais tendance à dire que tout finit (toujours) par s’équilibrer, mais disons qu’en 2014, plutôt qu’un long fleuve tranquille, ma vie a plutôt ressemblé à ça:

 


J’ai touché le fond, en septembre dernier. Vraiment. J’ai même commencé à creuser. Et puis je me suis souvenu des paroles de Bill Hicks. « It’s just a ride« . Quand la descente va si vite et qu’on s’approche du sol avec le vent dans la figure, c’est difficile de ne pas hurler, surtout la première fois qu’on teste une telle descente. Et puis un jour, un déclic, on se rend compte qu’on est encore sur le manège, et que finalement, quelque part, tout a l’air déjà calculé, et on peut se dire que tout ira bien, et profiter du voyage. Ceux qui ont eu la chance de partager une ou plusieurs journées en ma compagnie dans un parc d’attraction (littéral, pas figuré) savent que j’ai un tic assez amusant sur les manèges à sensation : j’ai le fou rire. Certaines personnes ont peur, d’autres lèvent les mains, d’autres hurlent… moi je me bidonne nerveusement. Une journée réussie dans un parc pour moi, c’est quand j’ai mal aux abdos le soir. Du coup j’ai décidé d’utiliser ce tic aussi dans la vraie vie (dans le manège figuré, pour ceux qui suivent), et j’ai pu donner le coup de talon dont j’avais besoin pour rebondir.

Et j’ai rebondi. J’ai pu voir un certain nombre de choses qui avaient échappé à mon champ de vision dans ma vie, certaines choses que j’avais oublié et retrouvé avec plaisir, d’autres que je ne soupçonnais pas et que je m’évertue depuis à éradiquer, et enfin quelques bonheurs et quelques blessures cachés au fond, en général un peu emmêlés, et que j’ai décider d’assumer et d’accueillir les bras ouverts. Et tel le phénix, je me suis reconstruit brique par brique, comme je le fais toujours lorsque je trébuche et que je casse quelques bouts de moi. Au creux de la vague, je me suis fait bercer et porter par un torrent de soutien et d’amitié venu des quatre coins de France (et même ailleurs), avec une force que je ne soupçonnais pas, et sans ça je ne sais pas où je serais aujourd’hui. Tout comme je ne sais pas non plus où je serais sans ma meilleure amie et les soirées passées à se soutenir l’un l’autre quand nous n’avions que des larmes en guise de mots, même si à cause de ça je me retrouve maintenant à (re) (re) donner sa chance à Harry Potter auquel je suis pourtant allergique. Ça se paiera, jeune fille, ça se paiera !

L’une des choses que je suis le plus content d’avoir retrouvé en touchant le fond est l’une des raisons pour lesquelles je reviens ici. Pas l’écriture, non, je n’ai jamais cessé d’écrire. Mais l’amour littéro-narcissique de ce que j’écris. J’ai souvent dis (même ici) que j’étais au meilleur de mon écriture quand j’étais au plus mal dans ma vie, et force est de constater qu’il y a en effet un surplus d’émotions quand je vais mal qui arrive à couler de mes doigts sur la feuille ou l’écran, et qui me plait (j’ai toujours eu un faible pour les poètes maudits et les écrivains torturés). Mais maintenant que ça va mieux, (si si, inquiet lecteur, concernée lectrice, ça va mieux, promis !) je surfe encore sur cette vague où j’apprécie mes mots et j’ai bien l’intention de la mettre à profit. C’est ma seule et unique bonne résolution de 2015: produire, chaque semaine, 5 000 mots destinés à la publication. La majorité ira (normalement) dans les divers projets littéraires en cours (certains vieux projets en jachère dépoussiérés, d’autres plus nouveaux), mais je me laisse le blog comme porte de sortie pour avoir un autre moyen de m’exprimer sans forcément être à 100% dans ces projets là et néanmoins tenir ma résolution.

Alors voilà, heureux lecteur, fébrile lectrice, me revoilou. Je ne sais pas encore à quel rythme, ou sous quelle forme, mais en tout cas il est fort probable que je ne passe plus deux ans sans rien produire ici. Tu peux rebrancher ton flux RSS, ou me suivre sur Twitter ou Facebook. Après les heures les plus sombres de sa vie, et la renaissance tel l’oiseau mythique, le baron de Senquisse is back, baby!

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La citation du jour: « Mais comment je peux matcher avec des canons pareils ? »
La chanson du jour: Anything Could Happen, Ellie Goulding, « Letting darkness grow, as if we need its palette and we need its colour, but now I’ve seen it through and now I know the truth »

Même si y’a des hauts et des bas, la vie est belle !

 

‘il y a encore du monde…

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Visiblement il y a des gens qui guettaient la lumière en dépit de la poussière ici… On va y aller doucement, alors, et pas tout de suite attaquer avec de la poésie, un coup de gueule de société, un article politique, ou un compte-rendu des montagnes russes qu’ont été l’année 2014 pour moi… (Re)commençons simple, avec ce qui vient sans trop réfléchir : des comics.

Attends, attends, fragile lecteur, agacée lectrice, reste, même si tu n’aimes pas trop les comics, cet article est aussi fait pour TOI (*regard de lover, doigt tendu*)

Le petit monde des comics (de plus en plus petit, d’ailleurs, si l’on ignore les blockbusters annuels ou bi-annuels pondus par Marvel Studios ou DC et le gazillion de séries à thème « comic books » qui fleurissent sur toutes les chaines (américaines) depuis quelques années. Le sexisme parfois profondément ancré dans certains titres (et certain fans…), les histoires répétitives, la difficulté pour un néophyte de naviguer sans clefs dans les vastes multivers Marvel et DC découragent aisément toute curiosité si elle ne se double pas d’un grand pavé de motivation. Pourtant, chaque génération, un héros se lève pour la justice une série sortie de nulle part est magnifiquement bien écrite, équilibrée, accessible, et sert de point d’entrée dans le monde des fascicules mensuels illustrés pour des milliers de nouveaux fans. L’exemple le plus frappant est sans doute le Sandman de Neil Gaiman à la fin des années 80, qui apporta tout un nouveau public (et pour la première fois sans doute, un public avec une part représentative de lectRICES) dans les échoppes mal éclairées habituellement réservées aux geeks et social outcasts débattant de la taille du MARTEAU de Thor, et remplaçant l’éléphant et l’hippopotame par Superman et Spider-Man dans l’éternel jeu du « qui c’est le plus fort ». Il y en a eu d’autres. Citons notamment le merveilleux Locke & Key de Joe Hill ces dernières années (série maintenant terminée et disponible en recueils, en VO comme en VF pour les quelques anglophobes parmi vous).

Curieux lecteur, intriguée lectrice, laisse moi te présenter le Sandman des années 2010 :

Ceux qui ont la chance, le privilège, que dis-je ? L’HONNEUR de me fréquenter dans la vraie vie m’auront sans doute déjà entendu dire beaucoup de bien de cette fabuleuse saga de Kieron Gillen, « The Wicked + The Divine ». Cette série est absolument fantastique, et je la recommande chaudement à… bah à tout le monde, en fait. Sauf si vous n’aimez pas lire et que vous n’avez aucune culture, mais dans ce cas, qu’est-ce que vous foutez ici, déjà ? BREF. Cette série cumule tous les bons points. Elle n’est pas sexiste, elle ne nécessite aucune « pré-lecture » de 70,000 pages, les personnages sont tous travaillés avec soin et détail, et c’est bourrés de clins d’oeil et de références à la pop culture. Pour apprécier « WicDiv », nul besoin d’avoir appris par coeur tout le passé de Spider-Man ou de savoir comment Superman réussit à se changer maintenant qu’il n’y a presque plus de cabines téléphoniques, il suffit d’être vivant et d’être un minimum sorti (ou d’avoir regardé la télé/internet) dans sa vie.

Tu vas me dire, « Bon, l’accessibilité, les références, c’est sympa mon baron, mais de quoi ça parle ? » Et tu auras raison. Laisse moi te vendre le pitch. La légende veut que tous les 90 ans, « Le Panthéon » s’incarne dans des mortels. Le Panthéon, ce sont 12 dieux/divinités/assimilées, toutes tirées de mythologies variées (du Lucifer chrétien à la Morrigan irlandaise en passant par Baal ou Amaterasu), qui – toujours selon la légende – disparaissent ensuite mystérieusement au bout de deux ans. C’est bien beau, les légendes, dans le passé, quand on doit se fier aux récits oraux ou à des livres obscurs, sauf qu’à la fin du dernier cycle de 90 ans, on a fini par arriver en 2014, dans une période remplie de caméras de surveillance, de stars, et de smartphones. Donc forcément, la légende devient sacrément plus tangible. Les divinités du panthéon ne gèrent pas tous cette époque de la même manière. Certains restent dans l’ombre, d’autres montent des sociétés secrètes, d’autres deviennent chef d’entreprise, jusqu’à Amaterasu qui devient peu ou prou la nouvelle Britney/Miley du moment. Le lecteur suit l’histoire de ce panthéon à travers les yeux d’une simple mortelle fan de cette dernière, et qui se retrouve mêlée aux déboires de certains membres du panthéon. Quels déboires ? Menacée par un sniper, devant témoin, Lucifer (une splendide androgyne ressemblant à un croisement entre Annie Lennox et David Bowie période Thin White Duke) claque des doigts et fait exploser la tête du dit sniper. S’en suit un procès rocambolesque ou ni le juge, ni les jurés ne savent sur quel pied danser. Si on l’accuse, c’est que l’on croit en la magie et aux miracles, et dans ce cas, de quel droit accuse t’on un dieu ? Et si l’on n’y croit pas, de quoi l’accuse t’on exactement ? Pour montrer l’absurde de la situation, Lucifer demande, avec beaucoup d’humour, si le juge aurait peur qu’elle claque des doigts, là, maintenant, tout de suite, droit dans les yeux. Visiblement, oui… « Lucy » veut désamorcer la situation par l’absurde, et claque des doigts, affirmant qu’il ne se passera rien.

La tête du juge explose.

Gros plan sur Lucy, bouche bée, qui ne s’attendait pas à ça.

Scene.

Pour moi, ce pitch est le meilleur premier numéro de comics depuis LOOOOOOOOOOONGTEMPS, avec un putain de cliffhanger, et le mieux ? C’est que ça continue, de numéro en numéro, et que ça ne faiblit pas d’un pouce. Franchement, si ça ne vous donne pas envie de lire le truc, même par curiosité, je rends mon tablier ! (ou alors c’est que vous n’êtes vraiment pas fait pour les comics)

Vous pouvez trouver The Wicked + The Divine dans tous les bons marchands de comics, ou l’acheter en version numérique sur votre app préférée (Comixology ou autres). Si vous voulez entendre d’autres avis que le mien, j’ai bassiné les copains du Comics Outcast (bon, OK, surtout Eric) pendant des SEMAINES, et quand ils ont fini par le lire, ils ont visiblement tous adoré. Vous pouvez écouter leur podcast (le numéro 5, donc) en cliquant sur l’image juste en dessous.

La citation du jour: « Je vais la ligoter au dessus de la baignoire »
La chanson du jour: Station to Station, David Bowie, « The return of the Thin White Duke, throwing dart in lovers’ eyes »

Même si c’est terrible d’attendre un mois entre chaque numéro, la vie est belle !

 

*cough cough cough*

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Eh bien, y’a beaucoup de poussière ici…

*prend une grand inspiration*

Y’a quelqu’un ?

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La citation du jour: « Coucou ! »
La chanson du jour: Home Again, Blackmore’s Night, « Dancing in the moonlight, singing in the rain, oh, it’s good to be back home again! »

Même s’il ne doit plus rester grand monde ici pour voir ce micro-article, la vie est belle !

‘accuser tout le monde de misogynie ?

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Avant de commencer le fond de cet article, je me dois par honnêteté intellectuelle de préciser que je dispose d’un pénis et d’une paire de testicouilles ce qui, malheureusement (ou pas) risque de décrédibiliser le contenu de mon message aux yeux de certaines militantes féministes (qui ne représentent fort heureusement pas la majorité des féministes, mêmes si elles sont très présentes médiatiquement).

Ce matin, comme tous les matins, je commence ma journée par un tour d’horizon des media et de ce qui se passe dans le monde. L’une des news qui tombe sur mon plateau petit-dej entre ma pomme et mon bol de céréales est si aberrante qu’elle est à la limite de me faire arracher les cheveux. Je peste, la bouche pleine de pétales de mais et de pépites de chocolat, je m’indigne, je retweet. Je ne détaille pas encore cette news pour l’instant pour ne pas gâcher la surprise, j’y reviendrai plus tard, je pose juste le décor (ouais, t’as vu, béat lecteur, impressionnée lectrice, je suis le Spielberg de l’article de blog).

Puis je commence ma journée de bouquinage travail en gardant un oeil sur Twitter.

Et je tombe soudain sur un gazillion de tweets sur un journaliste misogyne ayant agressé une ministre en lui demandant si elle était ministre parce qu’elle était jolie. 95% des tweets reprennent en intitulé le titre de l’article qu’ils link : « Misogynie bonjour : êtes-vous ministre « parce que vous êtes une belle femme » ?« . En lisant les tweets et le titre de l’article, je trouve en effet la question absolument SCANDALEUSE, déplacée venant d’un journaliste professionel, et complètement malpolie.

Puis, j’ai cliqué sur le lien.

Surprise, je me rend compte que cet article et celui ayant failli me faire cracher des bouts de pomme à moitié mâchés ce matin ciblent la même personne… En l’occurrence, la ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique : Fleur Pellerin. Du coup, je relis attentivement l’article sur la misogynie que, j’avoue, j’avais uniquement survolé (mais j’ai une excuse, comme dit plus tôt j’étais en train de bouquiner travailler), et j’écoute l’interview de ce matin et la fameuse question… jusqu’au bout. Et là je me rend compte que les retweets (et le titre de l’article) tronquent une partie de cette question. Ce qu’à demandé le journaliste (de bout en bout) est « Savez-vous vraiment pourquoi vous avez été choisie ? Parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité ? Parce que vous appartenez à une minorité peu visible ? Que vous êtes la preuve de ce qu’est une adoption réussie ? Que vous êtes un signal fort donné aux marchés asiatiques ? Peut-être aussi parce que vous êtes compétente ? Est-ce que vous le savez vraiment ?« . A la première question, on se dit qu’il est misogyne. A la seconde, on se dit qu’en plus, ce con est raciste. Et quand il parle d’adoption réussie et de signal aux marchés asiatiques, on hallucine pendant trente secondes, on se demande ce qu’il a fumé, on se dit que sa question est ABSURDE

Et là, quand on réfléchit trente secondes, ça fait tilt. Oui, c’est une question absurde. Qui en devient du coup, après réflexion, légitime. En effet, je reviens au début de mon article (tu as vu, assidu lecteur, patiente lectrice, Spielberg, je te dis) parce que l’article qui m’a fait bondir ce matin concerne aussi Fleur Pellerin, et ses déclarations d’hier sur la neutralité du net. Vous pouvez les retrouver dans cet article ==> « Fleur Pellerin annonce la mise à mort de la neutralité du net« . Dans cet article, et dans ses déclarations d’hier aux rencontres de Petrarque, on voit que la ministre ne maitrise absolument pas l’un des dossiers majeurs de l’économie numérique du moment (la neutralité du net, donc), qu’elle se trompe intégralement sur la définition de ce concept (pour le ministre qui doit travailler dessus, ça fait tache) et que là encore, en conséquence, elle semble n’être qu’un pantin fantoche agité devant les caméras et avec le tampon « Made in Government » pour faire propre, mais dont le discours est dicté par les intérêts économiques des gros acteurs industriels français, aux dépens du consommateur et du bon sens. En gros, elle démontre que (comme certains de ses prédécesseurs de droite, hein, pas de teinte partisane de ma part ici, c’est juste que plus ça « change », plus c’est la même chose) c’est une ministre qui ne maitrise absolument pas les concepts du ministère qu’elle représente, et par conséquent il est logique de se poser des questions quant à sa légitimité et sa compétence. Et ça, c’est lié uniquement à ses DÉCLARATIONS, pas à son sexe, son origine, sa religion, ou la marque de ses sous-vêtements.

Que la question du journaliste soit maladroite, je suis le premier à l’admettre. A sa place, j’aurais probablement commencé par les éléments les plus IMPROBABLES à toute question sérieuse (genre le signe aux marchés asiatiques), ou j’en aurais fait 3 caisses de plus (« Parce que vous vous appelez Fleur et que le premier ministre adore les bouquets ? Parce qu’il ne restait plus que ce ministère quand les postes ont été distribués au hasard ? »), mais il semble évident que ce que cherchait surtout à faire ce journaliste, c’était de mettre en question l’incompétence de son interlocutrice au vu de ses déclarations de la veille. Très, très, très maladroitement. D’autant plus que, lourdement partagé sur les réseaux sociaux, ce buzz négatif en vient à totalement noyer l’autre information liée à l’intéressée qui avait commencé à tourner dès hier, et qui me semble autrement plus grave et « digne d’indignation »… Masquer une information grave et inquiétante en faisant beaucoup de bruit sur autre chose ? Attaquer la forme pour surtout, SURTOUT faire oublier le fond ? Check. Ça me rappelle les années Sarko… Et j’avoue que quand je vois une élue de la majorité réclamer la tête du journaliste, ça me fait froid dans le dos et je trouve ça indécent, beaucoup plus indécent que sa maladresse.

A quand un monde où les postes seront distribués en fonction des COMPÉTENCES des candidats, et où les gens seront jugés sur leurs déclarations et leurs actes, indépendamment de leur sexe, de leur couleur, de leurs croyances, de leur orientation sexuelle, ou de leur image ? On peut toujours rêver…

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La citation du jour: « Il faut savoir que quand le sein pousse, le téton gratte ! »
La chanson du jour: As I roved out, Loreena McKennitt, « And who are you, me pretty fair maid, and who are you, me honey? »

Même si j’en connais une paire qui ne vont pas aimer cet article, la vie est belle !

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